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"Beaucoup d'idées reçues
circulent sur la SNCF"

Publié le 24 juillet 2017 à 17:07

Après son essai politique "Que faire de la SNCF ?" (éd. Tallandier, 2016) coécrit avec Pierre Messulam, François Regniault, ancien journaliste dans la presse économique et ancien directeur national de la communication de crise chez SNCF, livre cette fois un ouvrage didactique présentant une synthèse extrêmement documentée des évolutions et des enjeux du groupe public ferroviaire. Rencontre.


Comment est né le projet de ce livre ?

L’idée m’est venue à l’époque où je travaillais au service de la communication de crise. J’étais très souvent en relation avec des journalistes et j’ai été régulièrement frappé par l’ignorance dont certains faisaient preuve concernant la SNCF. À travers les medias, notamment, l’activité du groupe se résume à faire circuler des trains en France et c’est tout. Or, les journalistes sont d’une certaine manière une manifestation de l’opinion publique. La littérature sur la SNCF est certes abondante et de qualité. Mais il m’a semblé intéressant, cette fois, de privilégier une approche qui s’adresse au plus grand nombre, de la façon la plus claire et la plus pédagogique possible. L’objectif, c’est que le lecteur se forge sa propre opinion à partir d’informations fiables et complètes. La collection First, à ce titre, est formidable.

Combien de temps a nécessité ce travail ?

La rédaction a pris neuf mois. Pour l’enquête, je me suis notamment appuyé sur des notes rédigées et des expériences vécues quand je travaillais dans le groupe et j’ai surtout rencontré plusieurs centaines de salariés avec lesquels j’ai parfois passé plusieurs heures d’entretiens.

Certaines parties de l’ouvrage ont-elles été plus difficiles que d’autres à écrire ?

La partie historique a demandé beaucoup de temps et de documentation. J’ai d’ailleurs appris beaucoup sur l’histoire du train avant que la SNCF ne soit créée.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

J’ai notamment découvert que tous les débats autour du transport ferroviaire et du rôle politique des chemins de fer existaient déjà au XIXe siècle ! Depuis le début, c’est un transport d’utilité publique qu’il faut réguler, contrôler, etc. Quant à la SNCF, elle est depuis sa création multimodale et en concurrence avec les autres modes de transport que sont les voies navigables puis la route. En étudiant plus finement la situation, on se rend compte que l’ouverture à la concurrence au sein même du chemin de fer a commencé depuis bien longtemps.
J’ai également été surpris de constater l’attachement de mes interlocuteurs à leur métier. J’ai rencontré des opérateurs, des dirigeants de proximité, des directeurs d’établissement ou encore des dirigeants d’unités opérationnelles : je savais que nombreux sont les salariés de la SNCF qui aiment parler de leur métier mais à ce point-là, je ne m’y attendais pas.


Avez-vous eu carte blanche de la part de la direction pour réaliser cette enquête ?

Je n’ai pas demandé d’autorisation, dans la mesure où je ne suis pas salarié de la SNCF : c’est un projet extérieur qui s’adresse à un public externe. Mais personne ne m’a empêché de circuler à ma guise et de rencontrer qui je voulais.

En quoi le fait d’avoir, dans le passé,  fait partie de la SNCF a-t-il pu influencer votre regard ?

Je pense qu’avant tout, cela m’a fait gagner beaucoup de temps. Avoir été familier des arcanes de l’entreprise permet de comprendre beaucoup plus vite ce que vous racontent vos interlocuteurs. Peut-être d’aucuns trouveront que je suis particulièrement bienveillant dans ce livre. Mais j’estime être resté honnête et sincère.

Avez-vous un regret, un sujet que vous n’avez pas pu aborder ?

J’aurais aimé passer plus de temps avec les salariés de Geodis, de Systra ou encore de Keolis. Ils réalisent des projets impressionnants et j’ai regretté de ne pas pouvoir approfondir cette dimension-là de la SNCF. On dit que ceux qui ont participé à la construction du métro d’Hyderabad, par exemple, peuvent construire des métros n’importe où dans le monde, compte-tenu des contraintes qu’ils ont eu à gérer.

Avez-vous déjà commencé à envisager une suite ?

Ce qui est sûr, c’est que le sujet est inépuisable et que l’ouvrage nécessitera des ajustements et des compléments. À ce stade, c’est une photographie en 2017 d’un groupe qui évolue sans cesse. La SNCF, après avoir été imaginée pour des flux de marchandises puis pour des flux de voyageurs, gère aujourd’hui des flux de données. À travers l’internet des objets en interne et, à l’externe, le regroupement des mobilités, le groupe, s’il a accusé un léger retard à l’allumage, est en passe de le rattraper à grande vitesse.

Propos recueillis par Claire Cousin


La SNCF, au-delà des clichés
l’ouvrage en questions

Pourquoi n’a-t-on pas les mêmes tarifs TER d’une région à une autre ? Pourquoi la SNCF a-t-elle mis de beaux TGV tout neufs entre Paris et Bordeaux alors qu’elle y perd de l’argent ? Pourquoi va-t-elle exploiter des tramways en Australie et des métros en Chine ? La SNCF pour les nuls, loin de s’adresser aux sots, répond aux questions que tout un chacun, un jour ou l’autre, s’est déjà posées. Organisé en six parties (Ça, c’était avant…, Les gens de toute la SNCF, Les voyageurs, La logistique, Le réseau, La partie des dix), l’ouvrage aborde la genèse, l’organisation, le développement et les enjeux de la SNCF d’une manière directe, synthétique et documentée. Fin connaisseur du groupe multimodal qu’est devenue la compagnie nationale française, François Regniault livre, outre des informations détaillées, une multitude d’anecdotes et de chiffres-clé pour mieux connaître les coulisses de cette entreprise mythique. Et battre en brèche quelques idées reçues…