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Un livre-mémorial pour les cheminots

Créé le 05/04/2017 - Mis à jour le 18/04/2017

René Pottier, Geneviève Aubertin, Suzanne Lamy-Bret, Marcel Vanelslander… Les cheminots et cheminotes victimes de la répression entre 1940 et 1945 sont désormais toutes identifiées. Elles sont au nombre de 2 229 et font l’objet d’autant de fiches biographiques, rassemblées dans un livre-mémorial de 1 764 pages. « Cheminots victimes de la répression, 1940-1945 », souhaité par SNCF et coédité avec les Editions Perrin et Rail et histoire. Il sera en librairie le 20 avril. Il est présenté le 18 avril aux journalistes.


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SNCF
« Un hommage et un livre d’Histoire, premier en son genre »
BREVE - SNCF
Publié le 05/04/2017 à 11h16

Interview Thomas Fontaine, historien spécialiste de la répression pendant la Seconde guerre mondiale

Newsroom : Pourquoi le terme « Mémorial » ?

Thomas Fontaine : Il existe dans beaucoup de communes et de gares, depuis la Libération, des mémoriaux de pierre et des plaques commémoratives qui mentionnent les noms des défunts. Nous avons voulu faire un livre-mémorial qui rende hommage à tous les cheminots victimes de la répression menée par les nazis en France occupée, entre 1940 et 1945. Nous avons retrouvé les 2 229 personnes qui sont ainsi décédées. Chacune d’elles fait l’objet d’une fiche (voir le diaporama, NDLR) comprenant une biographie et évoquant les conditions de son décès. Mais c’est aussi un livre d’Histoire, premier en son genre.

N. : Qu’est-ce que cet ouvrage a d’inédit ?

Th. F. : Il s’agit du premier mémorial réalisé sur une base scientifique consacré à une corporation. Nous avons utilisé plusieurs types de sources : les plaques commémoratives apposées sur les gares dès 1945, les archives de la SNCF, celles publiques  aujourd’hui regroupées au service historique de la Défense, et les archives familiales. Nous avons observé des règles propres à la recherche historique : pour être retenues, les informations devaient être recoupées par plusieurs sources.

N. : Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées ?

Th. F. : Notre volonté d’exhaustivité supposait que nous brassions un très grand nombre de données. Nous avons étudié près de 6 000 dossiers au total. Un collectif regroupant plusieurs associations et organismes (dont l’Institut d’histoire sociale CGT-Cheminots, Rails et Mémoire, le Cercle généalogique des cheminots) a réalisé ce travail. Au total, près de 40 auteurs ont participé à ce projet. Parmi eux, généalogistes, archivistes, historiens spécialistes de différents domaines, etc. Les notices ont ensuite été harmonisées sur le plan de l’écriture. Cela représente cinq ans de travail.

Autre difficulté : retrouver la trace des personnes qui n’ont été que brièvement cheminotes : certains «auxiliaires» (ouvriers intérimaires recrutés pour remplacer au pied levé les cheminots absents*) entrent en clandestinité quelques semaines après leur embauche, il est alors très compliqué de retrouver leur trace.

N. : Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce sujet ?

Th. F. : Faire apparaître une somme d’histoires individuelles de cheminots disparus. Et aborder un domaine de recherche qui n’avait pas encore été défriché. Il en ressort que sur les 2 229 cheminots victimes de la répression sur cette période, 75% l’ont été pour des actes de résistance (organisés ou individuels), et 15% par représailles de l’armée allemande (surtout en 1944). À l’heure où SNCF est questionnée sur son rôle pendant la Seconde guerre mondiale, il est essentiel d’ajouter cet élément à la réflexion. Nous ne sommes pas dans une symbolique du type « La Bataille du Rail » ** où l’on sous-entend que toute une corporation a résisté unanimement à l’occupation nazie. Là, nos données sont basées sur des profils précis replacés dans un ensemble qui est ainsi mieux compris. Elles donnent un visage humain au contexte de l’époque. Et contribuent à restituer un peu sa complexité.

N. : Ce travail est achevé avec la parution du livre ?

Th. F. : Non, le travail de recherche continue. La prochaine étape sera sans doute un travail sur les survivants des camps de concentration. C’est le propre de la recherche : chaque ouvrage est une marche qui mène au prochain.

 

* Sur les 500 000 cheminots que compte la SNCF en 1939, ils ne sont plus que 400 000 entre 1940 et 1945 parce que des cheminots sont prisonniers en Allemagne, envoyés au STO, etc.

 ** Film français de René Clément, sorti en 1946 qui évoque la résistance des cheminots.

SNCF
Interview de Bernard Emsellem, Conseiller du Directoire SNCF
VIDEO - SNCF
Publié le 05/04/2017 à 11:11
Vidéo : Interview de Bernard Emsellem, Conseiller du Directoire SNCF

© - SNCF

SNCF
Résumé de 10 notices du livre-mémorial
DIAPORAMA
Publié le 04/04/2017 à 16:15
SNCF
"Un moment important dans la vie de notre entreprise"
BREVE - SNCF
Publié le 06/04/2017 à 17h58

Guillaume Pepy, président du directoire de SNCF s’est exprimé lors de la présentation de l'ouvrage : «C’est un moment important dans l’histoire de notre entreprise que la parution de ce livre-mémorial (…). Chaque nom rappelé est une personne, une vie brisée, une famille endeuillée. (…) Cet ouvrage s’inscrit dans les actions menées par mes prédécesseurs. J’ai tenu à poursuivre et à étendre ce travail de longue haleine