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« Il n’y a pas de Français moyen en matière de déplacement »

Les Français se déplacent en moyenne 10 heures par semaine, soit deux fois plus que lors de la précédente enquête de portée nationale réalisée sur le sujet. C’est l’une des conclusions marquantes de l’enquête nationale Mobilité et modes de vie, publiée le 3 mars 2020 et menée par le Forum Vies Mobiles, l’institut de recherche SNCF.

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En moyenne, un Français se déplace 10 heures et parcourt 400 kilomètres, soit plus d’une journée de travail et l’équivalent d’un trajet Paris-Nantes chaque semaine. « C’est deux fois plus que les chiffres habituels* », assure Sylvie Landriève, co-directrice du Forum Vies Mobiles. En effet les critères pris en compte sont plus larges : les déplacements retenus sont ceux réalisés de manière habituelle (au moins une fois toutes les deux semaines) et non ceux effectués spécifiquement lors de la journée d’enquête. Les déplacements de plus de 80 km sont également comptabilisés, tout comme les trajets réalisés dans le cadre d’une journée de travail (déplacements professionnels, visites de chantier, livraisons,…).

Des pratiques très différentes, notamment selon les revenus

Cette moyenne, nettement plus élevée que celle attendue, cache aussi une grande disparité des pratiques. Les premiers 10% passent 10 minutes à se déplacer et parcourent 3 km par jour en moyenne. A l’autre bout du spectre, les derniers 10% passent en moyenne 5h dans les transports et parcourent 220 km par jour. Si l’on prend en compte le critère des revenus, les plus riches et plus diplômés « vont plus vite et donc plus loin » développe Marc Pearce, le directeur de l’étude. « Il n’y a pas de Français moyen en matière de déplacement, renchérit Sylvie Landriève. Une politique unique est donc à proscrire. »

Dans l’idée d’une solution pour « décarboner » les transports, Forum Vies Mobiles met donc en garde contre les solutions de type « taxe carbone », qui avait contribué enflammer les ronds-points avec le mouvement des gilets jaunes en octobre 2018. « La taxe carbone ne marche pas car la société est très inégalitaire. Elle ne décourage pas les plus riches de se déplacer, y compris pour leurs loisirs, tandis que les plus modestes ne peuvent pas rogner sur leurs trajets puisqu’il s’agit de déplacements contraints » analyse Sylvie Landriève. En conséquence, le Forum Vies Mobiles recommande une politique ciblée selon les populations. Quelques exemples : attribuer des crédits carbone aux particuliers, entreprises et administrations en fonction de leurs obligations. « On peut imaginer que les transports d’urgence ont des quotas plus importants par exemple » extrapole Sylvie Landriève, en assurant que ces mesures devraient faire l’objet d’un débat collectif. Dans ce cadre, il faudrait comptabiliser toutes les émissions, celles des salariés comme celles des fournisseurs.

A long terme, c’est l’organisation territoriale et les rythmes de vie qu’il faut modifier

« Aujourd’hui la politique d’emploi va dans le sens de l’augmentation des déplacements. Il faut sortir de cette injonction », assure encore Christophe Gay, co-fondateur du Forum Vies Mobiles, dont l’étude montre que le travail est l’activité responsable du plus grand nombre de kilomètres parcourus chaque semaine. Dans la perspective de diminuer les gaz à effets de serre, la solution est à envisager du côté de l’aménagement du territoire. « Il faut rapprocher les bassins d’emploi des bassins de vie, résume Christophe Gay. La mobilité ne doit pas être considérée comme variable d’ajustement. Il y a un problème avec le nombre de kilomètres parcourus qui explosent. Le système est trombosé. Il faut avoir le courage de penser autrement » conclut-il.

 

*L’enquête nationale transport de 2008, réalisée environ tous les dix ans par le ministère chargé des transports et l’INSEE.