Crédit photo en-tête de page : Sebastien Godefroy

« Le Dispositif Athlètes SNCF a changé ma vie »

Clap de fin pour Haby Niaré. Notre championne de taekwondo est contrainte, suite à une grave blessure au genou, de se retirer des tatamis. Notre agent commercial en gare de Paris Saint-Lazare fait donc le bilan de ces six belles années au sein du dispositif.

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Arrivée au sein du Dispositif Athlètes SNCF en 2015, Haby Niaré a su immédiatement répondre aux espoirs que la SNCF avait placés en elle. Dès l’année suivante, à Rio, la taekwondoïste ramenait une médaille d’argent olympique. Cinq ans ont passé, et une blessure grave au genou la contraint malheureusement à mettre un terme à sa carrière sportive. L’occasion de revenir avec elle sur ces six belles années passées au sein du dispositif. Et puis, Haby Niaré ne s’en va pas très loin puisqu’elle reste au sein de notre Groupe en tant qu’agent commercial, poste qu’elle occupait déjà en parallèle de son activité sportive.

C’est la fin, alors commençons par le début… Comment s’était passé ton recrutement ?

La SNCF était entrée en contact avec la Fédération de taekwondo afin d’en savoir plus sur mes performances sportives. Ma fédé a ensuite facilité les contacts car j’étais très intéressée par cette opportunité. Je me souviens avoir passé trois entretiens, un test sur ordinateur et une épreuve de mise en situation. Comme n’importe qui... Je n’ai pas eu de traitement de faveur. Je voulais exercer un métier en lien avec les gens, c’était très important à mes yeux. J’avais donc mis particulièrement ça en avant en entretien. J’aime me sentir utile, d’où ce premier poste d’agent d’escale.

C’était stressant cette phase de recrutement ? 

Certes, j’ai l’habitude de gérer mon stress en tant que sportive de haut niveau, mais la pression était bel et bien présente. Je m’étais préparée en amont avec la responsable de suivi socioprofessionnel : pas mal de révisions et du media training pour être plus à l’aise à l’oral. Donc, le jour J, j’ai plutôt bien géré cette pression, je me sentais un peu comme en compétition. Avant de commencer, l’appréhension est toujours là mais si tu t’es bien entraînée, cela se passe bien. Je me suis fait confiance.

Je me souviens avoir passé trois entretiens, un test sur ordinateur et une épreuve de mise en situation. Comme n’importe qui... Je n’ai pas eu de traitement de faveur.

Haby Niaré

Et tes premiers jours au boulot ?

Managers comme agents, j’ai eu un super contact avec mon équipe. Lors de la signature de mon contrat, ils m’avaient organisé un accueil de star ! Il y avait beaucoup de curiosité et d’engouement autour de moi, et, aussi, cette impression qu’on se connaissait depuis longtemps. Sur la durée, j’ai également été soutenue par toute l’équipe du Dispositif Athlètes SNCF : que ce soit pour des questions sportives, d’ordre professionnel ou personnel. Tout ça crée un lien fort. Si je dois retenir quelque chose, c’est bien cette bienveillance dont j’ai bénéficié toutes ces années.

L’intégration a été aussi simple que ça ?

Parfois, des voyageurs me reconnaissent et les premiers mois, cela faisait beaucoup rire mes collègues. Ce sont des bons souvenirs, des moments gratifiants car je ne pratique pas un sport très reconnu. Sincèrement, je n’ai pas rencontré de problèmes particuliers au début. J’ai eu des difficultés plus récemment du fait de ma blessure au genou, ce qui m’empêche d’accomplir à 100% mes missions en tant qu’agent commercial.  Pour l’instant, je ne peux pas rester en permanence debout donc j’occupe un poste assis. Je reste ainsi en contact avec le client en point vente même si je préfère « itinérer » en gare. J’avais l’habitude d’aider les personnes en situation de handicap, de les emmener jusque dans le train ou vers un taxi. J’aime parler, rigoler avec eux, je suis quelqu’un de très sociable, donc, en ce moment, il y a un peu de frustration.

Avec le recul, qu’est-ce que t’a apporté le Dispositif Athlètes SNCF ?

Je peux le dire, le dispositif a changé ma vie. J’ai très tôt tout misé sur ma carrière sportive et ça marchait plutôt bien. Mais dans le même temps, c’est une certitude, je n'ai pas pensé assez tôt à mon avenir, à l’après compétition. Heureusement que j’ai intégré le dispositif à 22 ans…. Si la SNCF n’était pas venue à moi, j’en serais où aujourd’hui ? J'avais trop la tête dans le guidon et j’ai mis de côté beaucoup de choses et notamment les études. Il y a eu un moment, fatalement, où j’ai commencé à me demander comment j’allais faire pour vivre par mes propres moyens. J’ai commencé à chercher des solutions, des missions tel le service civique. Je voulais être éducatrice spécialisée mais je ne souhaitais pas reprendre les études. Alors quand la SNCF m’a approchée, c’était comme une libération. J’ai enfin pu préparer les JO comme il fallait et j’ai ramené la médaille… En fait, la SNCF m’a fait grandir.

Que dirais-tu à un jeune sportif pensant intégrer le Dispositif Athlètes SNCF ?

La SNCF est une grande entreprise française. Être cheminot et athlète, c’est une vraie chance. À mes yeux, c’est aussi l’opportunité d’intégrer une grande famille, d’avoir accès à énormément de métiers différents. Tu as la certitude de trouver celui qui te convient. Enfin, c’est surtout la garantie de se préparer à 100 % sportivement tout en ayant à côté une deuxième vie, un pied dans le monde du travail qui permet de développer d’autres compétences en tant qu’athlète.

Si la SNCF n’était pas venue à moi, j’en serais où aujourd’hui ? J'avais trop la tête dans le guidon et j’ai mis de côté beaucoup de choses et notamment les études.

Haby Niaré

Et l’ambiance au sein du Dispositif Athlètes SNCF?

À mon arrivée dans le dispositif, j’étais la plus jeune et forcément, j’étais un peu timide mais je connaissais deux taekwondoïstes — Steven Barclais et Torann Maizeroi — qui étaient comme mes grands frères. Je ne me suis jamais sentie isolée. Par la suite, les rôles se sont inversés, j’étais là pour aider Dylan Chellamootoo et M’bar N’Diaye à leur arrivée. D’ailleurs, quand Dylan a su que la SNCF se montrait intéressée, il était tout content. Mais je l’ai calmé, je lui ai dit : « T’emballe pas, c’est pas si simple, il y a des tests à faire avant (rires) !

Quelles sont tes relations avec les autres athlètes ?

Franchement, je me suis fait des amis pour toujours. Même avec des athlètes désormais partis, comme Cyrielle Girodias (championne du monde de boxe française, Ndlr), les liens ne se sont pas distendus. On se soutient tous, quelle que soit notre discipline, on regarde les compétitions de chacun quand elles sont diffusées, on s’envoie des messages régulièrement. Tout cela fait chaud au cœur. Maintenant, les plus anciens, nous regardons la nouvelle génération. Je suis de près Sarah (Sarah Léonie Cysique, judokate du dispositif, Ndlr), Dylan ou encore Alizée (Alizée Agier, karatéka du dispositif, NDLR)...  Bref, le Dispositif Athlètes SNCF, c’est une famille qui évolue par cycles.

Un souvenir particulier dans tout ça ?

Ce serait la fois où ce magicien nous a rendu visite pendant un séminaire avec tous les athlètes. On lui avait demandé de prédire les médailles pour les JO et il avait vu juste. En tout cas pour moi, il ne s’était pas trompé. J’espère qu’il va revenir avant les JO de Tokyo (rires) !