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Harold Correa ou l’art de gérer la pression

Comment rebondit-on suite à un échec aux Jeux ? Après sa déception à Rio en 2016 et alors que les JO de Tokyo arrivent à grand pas, le triple sauteur Harold Correa revient sur la manière dont il a changé son quotidien afin de mieux gérer son stress lors des grands rendez-vous.

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En cette année olympique, où en es-tu de ta préparation ?

Je n’étais pas présent aux championnats du monde de Doha en septembre dernier, donc ma préparation pour la saison d’hiver en salle a commencé tôt. Je me sens bien physiquement et mon objectif lors des prochains meetings est d’aller chercher un bond au-delà des 17 m. De toute façon, j’aborde la plupart des compétitions avec toujours le même défi en tête…

Lequel ?

Celui de battre mon record personnel qui est à 17,08 m. Donc pourquoi pas, ces prochaines semaines, me rassurer en m’approchant des minima olympiques fixés à 17,14 m ? Même si les performances en salle ne sont pas prises en compte, ça lancerait idéalement ma saison. 

Et après les compétitions indoor ?

Pas de grosse coupure, j'enchaine directement avec un stage de préparation. Le but est d’arriver en pleine possession de mes moyens dès le mois d’avril afin de réaliser d’emblée quelque chose de grand et ainsi, me qualifier pour les Jeux.

Depuis ta contre-performance aux JO de Rio, as-tu changé ton approche des grandes compétitions ? 

Depuis 2018, je suis suivi par un préparateur mental. Nous nous sommes rencontrés à l’Insep1, il s’occupe de différents sportifs, notamment des basketteurs et des gymnastes. On a commencé à discuter, je lui ai confié quel était mon problème : débarquer sur une grande compétition avec la meilleure performance européenne ou française et au final, me rater complètement….  Je me faisais manger par la pression. 

Comment tu l’expliques ? 

Je pensais avoir besoin de ressentir de la peur afin de me transcender et faire le plein d’adrénaline. J’étais dans ce type de réflexion alors que sur le moment, il faut juste courir vite ! Mon préparateur m’a sorti de ces croyances. Aujourd’hui, je relativise, je ne m’impose plus la pression du genre « il faut absolument que… sinon tout s’arrête ». Et puis, une de mes amies m’a également initié à la méditation. Je travaille sur ma respiration, sur les pensées parasites. Je fais des exercices où je m’arrête sur des moments précis, où je fige l’instant sans penser à autre chose. J’y parviens maintenant assez rapidement, ces états où je me sens parfaitement calme. Le plus dur ensuite, c’est d’y parvenir en compétition mais sans sortir de ta concentration, sans prendre le risque d’être trop détaché .

As-tu aussi modifié certaines habitudes concernant l’alimentation ou le sommeil ?

Au cours de mes précédentes saisons, j’ai eu de nombreuses inflammations, notamment au tendon d’Achille. Ces pépins physiques sont liés, je pense, à mon alimentation. Je suis en train de devenir végétalien, je remplace les protéines animales par des protéines végétales. J’espace également mes repas de manière différente, pour optimiser les temps de digestion. Je mange dorénavant plus tôt, afin de me coucher plus tôt et profiter d’un sommeil plus réparateur. De tels changements sont un peu frustrants au départ... Mais je compte bien me servir de ce sentiment pour décupler ma motivation.

Aurais-tu, dès lors, des conseils à prodiguer à tes collègues en cas de stress ?

Je leur dirais déjà : « Souvenez-vous que vous n’êtes pas là pour rien, que vous avez mérité votre place ». La clé, c’est de dédramatiser la situation. Quand on est confronté à un examen, un entretien ou toute forme de  test, il faut juste se rappeler que ce n’est qu’une répétition de ce que l’on fait tous les jours. Il est là le truc : convertir le mauvais stress en bon stress. Et si on se rate, c’est pas grave. D’autres opportunités se présentent toujours.

1 L'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, situé au cœur du bois de Vincennes à Paris.