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Quentin Caleyron : « Comment j’ai changé de vie »

Du BMX à la piste de vitesse, tel est le virage à 180 degrés pris par le cycliste Quentin Caleyron grâce au dispositif Athlètes SNCF. Il nous explique, ici, le pourquoi du « comment »… 

Comment passe-t-on des bosses à une piste circulaire en bois ?

Cela m’a souvent trotté dans la tête et on m’a toujours dit que j’en avais les capacités physiques. Je me disais donc : « ça sera pour la fin de carrière ». Et puis, je me suis cassé la clavicule et ça s’est compliqué : infection, greffe osseuse, 8 mois de convalescence. Mon coach était inquiet, il trouvait que je me blessais beaucoup. Alors, j’ai pris cette décision. Tout est arrivé plus tôt que prévu. 

Comment gère-t-on un changement si radical ?

En fait, je m’entraîne au même endroit, au vélodrome national, ça aide pas mal. Je connais tout le monde sur la piste de Saint-Quentin-en-Yvelines, mon nouveau coach est en contact avec mon ancien coach…  Et puis, j’ai été intégré dans le pôle Olympique, ils m’ont donné cette chance et j’en suis très reconnaissant. C’est un sacré défi.

Comment ça marche le cyclisme sur piste ?

Concernant ma « nouvelle » discipline, les compétitions se déroulent ainsi : d’abord les qualifications, un 200 mètres lancé avec deux tours et demi pour prendre de la vitesse et puis ensuite, on est à fond. Cette première étape passée, place aux matchs de vitesse. Là, ça devient beaucoup plus tactique. Dans le détail, un peu comme en Formule 1, notre position dépend du classement obtenu lors des qualifications. Ainsi, selon les résultats, on peut être directement qualifié pour les 8e sans passer par les 16e de finales. Bien commencer est donc essentiel.

Comment vis-tu ta nouvelle carrière de pistard ?

En un peu plus d’un an, je considère que ma progression est assez rapide : des participations à plusieurs épreuves internationales et déjà 2 victoires. J’ai pu ainsi aller à la Coupe du monde à Berlin en novembre 2018. Un première pour moi en vitesse individuelle. J’ai réussi le 4e meilleur chrono aux qualifications avant d’être éliminé en 8e de finales.

Je pouvais espérer mieux mais je manque encore d’expérience, de sens tactique. Là, je rentre de Hong Kong où j’ai terminé au pied du podium. Passer des 8e de finale à la lutte pour une médaille de bronze, c’est énorme pour moi.

Comment atteint-on ses objectifs ?

Le plus important, c’est de croire en soi. Mon objectif, c’est d’aller au JO de Tokyo. C’est possible vu ma progression mais je n’y suis pas encore, il faut être réaliste. Je me rapproche petit à petit des meilleurs en équipe de France.

Comment as-tu intégré le dispositif Athlètes SNCF ?

Via ma fédération, c’était en 2015. À l’époque, j’avais le choix entre deux entreprises mais j’ai opté pour SNCF. On me proposait un projet concret, un CDI avec une situation stable. Et je ne regrette absolument pas cette décision. C’est grâce à SNCF que j’ai pu changer de discipline. En BMX je gagnais un peu ma vie grâce aux sponsors. Ce n’était plus cas sur la piste, je repartais de zéro.

Comment se passe ton métier au sein de SNCF ?

Je suis chargé de projet dans un bureau d’études de l’agence d’essai ferroviaire. Nous créons des bancs d’essai pour tester le nouveau matériel, celui de SNCF comme celui d’autres compagnies ferroviaires. J’ai une licence en ingénierie mécanique et après ma carrière sportive, j’aimerais beaucoup passer un diplôme d’ingénieur.

Comment s’organise ta double vie ?

Je travaille deux jours par semaine. Je commence à 7H20 pour pouvoir enchaîner avec l'entraînement en milieu d’après-midi. Et quand je ne suis pas au bureau, je m’entraîne deux fois par jour.

Comment partage-t-on toute cette expérience ?

Avec mes collègues, nous discutons souvent d’alimentation, d’exercices pour éviter le mal de dos… Du coup, ça m’arrive de donner quelques conseils liés à ma pratique du sport de haut niveau. Et puis, je les tiens au courant via une petite newsletter personnelle. J’essaye de fédérer tout le monde, même lorsque je ne suis pas là. Même moins présent, je tiens à participer activement à la vie de mon équipe. Eux, en retour, me font part de leur soutien. Il y a beaucoup de cyclistes aussi chez SNCF. J’ai même organisé un baptême au vélodrome pour mes collègues. On va bientôt le refaire car mon manager part en retraite et c’est un fan de vélo!

Comment sont les relations avec les autres membres du dispositif ?

On se croise souvent à l’Insep1, nous nous entendons super bien. Lors des séminaires en commun, il y a beaucoup d’échanges entre nous, on se refile des conseils. Nous avons aussi notre groupe de conversation sur WhatsApp et nous nous suivons mutuellement sur les réseaux sociaux. Un vrai lien s’est créé entre nous. 

Découvrez le portrait de Quentin Caleyron

1 Situé dans le bois de Vincennes, l’Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) est le centre d'excellence du sport de haut niveau en France.