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Sofia Nabet : « grâce à la boxe, j’ai plus de sang froid »

Agent commercial en gare de Paris-Nord, récemment intégrée au dispositif Athlètes SNCF, la boxeuse Sofia Nabet vise un nouveau titre de championne de France et surtout, une qualification aux Jeux olympiques d'été 2020 à Tokyo. Rencontre.

La boxe, c’est une part d’atavisme…

Une affaire de famille, oui. Mon père est ancien boxeur et désormais entraîneur. 

De mon côté, j’ai toujours été très sportive. Au départ, je faisais de la danse avec ma sœur. Mais dès que mon père a ouvert sa salle,  il est venu me chercher avec des gants de boxe… Depuis, je n’ai plus jamais arrêté !

La boxe, c’est un rêve à assouvir…

Mon objectif actuel, c’est le titre de championne de France 2019 afin d’avoir une chance de me qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo. C’est ma grande ambition. Là, je sors d’un tournoi préparatoire pour les championnats de France. Après 8 mois d’arrêt, suite à une blessure au genou, j’ai décroché une médaille de bronze.  Je sais que je n’ai pas, pour l’instant, un très gros palmarès. Je ne suis pas encore la championne olympique que je rêve d’être. Mon titre national de 2017 demeure néanmoins une grande fierté et je souhaite représenter mon pays. Je me lève tous les matins avec cette envie de réussir : ma vie est un combat sur les rings et en dehors.

La boxe, c’est une histoire de come-back… 

J’ai été victime, il y a quelques années, d’une grave blessure au dos. C’était une hernie et j’ai été paralysée pendant de longs mois. Une période difficile, loin des rings, très frustrante. Mais au final, j’ai pris ça comme une seconde naissance. Après, tout ce qui pouvait arriver ne pouvait être que bénéfique. C’est une force aujourd’hui. Quand j’ai peur de ne pas réussir, quand de grosses échéances arrivent et que je sens la pression monter, je me dis que je reviens de très loin. 

La boxe, c’est une double vie… 

Je suis agent commerciale en gare de Paris-Nord. Je travaille les jeudis et les dimanches. Je me lève à 4h15, j’arrive 6h. Premier brief à 6h30. Pour mon boulot, je marche beaucoup, ce qui prolonge ainsi l’entraînement. Toute la matinée, j’ai la chance d’avoir cette relation de proximité avec les passagers et de beaucoup échanger avec mon équipe. Je termine à 13h45, je rentre à la maison pour me changer et puis, je pars à la salle pour endosser, cette fois, un tout autre uniforme.

La boxe, c’est aussi un dispositif… 

Peu de sportifs ont la chance d’intégrer le dispositif Athlètes SNCF, j’en ai conscience. Être sportive de haut niveau tout en gardant un pied dans la société, dans le monde de l’entreprise, c’est génial. Cela m’apporte beaucoup de maturité personnelle et professionnelle. 

Le dispositif Athlètes SNCF, c’est la garantie d’avoir un contrat et d’évoluer professionnellement… 

Cela me permet effectivement de voir bien plus loin. Je suis plutôt du genre à vivre au jour le jour mais tout peut changer en un claquement de doigt, surtout dans ma discipline. Bénéficier d’une telle stabilité, aller à l'entraînement sereinement sans avoir besoin de prendre un petit boulot pour finir le mois,  c’est un vrai plus. Et puis, je prépare déjà ma reconversion. 

Le dispositif Athlètes SNCF, c’est le soutien des collègues…  

Ils se rendent compte de l’investissement et de l’engagement que le haut niveau exige. Comment il faut surveiller constamment son poids par exemple… D’une manière générale, cela suscite beaucoup de curiosité, on me demande souvent mes techniques de régime mais aussi pourquoi on ne me voit pas tout le temps... Je leur explique ma double casquette, le fait que lorsqu’ils sont en vacances, moi, le plus souvent, je suis en compétition ! 

Le dispositif Athlètes SNCF, c’est une aide réciproque… 

Avec mon vécu de sportive de haut niveau, j’espère apporter quelque chose. Grâce à la boxe, j’ai plus de sang froid. S’il y a une altercation, j’essaie toujours de détendre l’atmosphère, d’apaiser les tensions. Et j’ai ce mental de compétitrice. Quel que soit le challenge, je dois absolument gagner, toujours... Alors, je booste mon équipe. 

Le dispositif Athlètes SNCF, c’est tous les autres aussi… 

Entre membres du dispositif, on se voit souvent et à l’Insep1 surtout. Dans ma salle de boxe ce matin, il y avait même Harold Correa (triple saut) et Haby Niaré (taekwondo). Harold m’a d’ailleurs invitée à son dernier meeting. En gare de Paris-Nord, je croise Bakary Diabira (boxe anglaise) mais également Stevens Barclais (taekwondo), un ancien du dispositif. Bon, c’est pas tous les jours comme avec mes camarades de l’Équipe de France mais quand on se retrouve, c’est comme si on faisait partie de la même famille, comme si on s’était quitté la veille… On se soutient continuellement et cela nous soude vraiment. 

Découvrez le portrait de Sofia Nabet

1 Situé dans le bois de Vincennes, l’Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) est le centre d'excellence du sport de haut niveau en France.