Crédit photo en-tête de page : Olivia Klein

Aurel Manga, Harold Correa : itinéraire de deux amis et athlètes SNCF

L’arrivée d’Aurel Manga, spécialiste du 110 mètres haies, dans le Dispositif Athlètes SNCF ? C’est aussi l’histoire d’une rencontre avec Harold Correa, spécialiste du triple saut. Les deux sportifs reviennent sur leur amitié, leurs approches du métier et leurs ambitions.

Lecture 8 min.

Aurel Manga a intégré le Dispositif Athlètes SNCF en mai 2021 encouragé et soutenu par Harold Correa, également membre du dispositif depuis 2015. Ils se connaissent depuis longtemps, tous deux font partie de la famille de l’athlétisme.

Votre rencontre remonte à quelques années. Pouvez-vous revenir sur ses débuts ?

Harold Correa : Au départ, je connaissais Davy, le frère d’Aurel avec lequel je faisais du triple saut. Plusieurs membres de sa famille pratiquaient l’athlétisme donc j’étais amené à les rencontrer régulièrement, notamment sur les compétitions. Il y a toujours eu un esprit convivial et familial entre les sauteurs et les sprinters. Je suis arrivé en 2010 à l’INSEP1, Aurel en 2012. Et, c’est là que nous avons commencé à mieux nous connaître.

Aurel Manga : Nous n’étions pas dans le même groupe à l’INSEP mais nous partagions le même quotidien. On s’entraînait ensemble lors des séances de musculation. J’ai été longtemps un athlète étudiant. J’ai continué mes études à la faculté et obtenu un master en électronique embarquée fin 2019. J’ai de suite cherché du travail mais tout s’est compliqué avec le Covid.

C’est à ce moment-là que vous avez eu connaissance du Dispositif Athlètes SNCF ?

A. M. : C’était en 2019, lors d’une conversation avec Harold, je n’avais pas encore fini mes études mais je commençais à me projeter dans le monde professionnel. Nous nous sommes croisés dans un restaurant Porte de Montreuil. Je savais qu’il travaillait à la SNCF mais je n’avais pas connaissance du dispositif. Nous n’en avions pas vraiment parlé jusque-là. Je suis sorti de l’INSEP en 2015. À cette époque, je croisais Harold sur les compétitions et quelquefois à l’extérieur mais nous ne parlions jamais de son boulot. Pourtant, je voyais sur les réseaux sociaux des photos d’Harold qui me faisaient rire, genre avec son béret de cheminot en train de sauter par exemple ! Au-delà de ça, je me disais aussi qu’il avait un travail tout en bénéficiant de facilités pour s’entraîner et participer à des compétitions. Grâce au dispositif, il a d’ailleurs pu aller aux Jeux olympiques de Rio.

Harold, avez-vous encouragé Aurel à postuler pour intégrer le dispositif ?

H.C. : Aurel avait, de mon point de vue, un très bon profil pour entrer chez nous. Beaucoup d’athlètes souhaitent bénéficier d’une convention d’insertion professionnelle (CIP) et ainsi intégrer une entreprise dans laquelle ils pourront se projeter, travailler et s’entraîner dans les meilleures conditions. Très rapidement, mais je ne suis pas censé le dire (rires), j’ai échangé avec les ressources humaines (RH) et les responsables de la communication en leur disant qu’il y avait un profil qui se démarquait.

Dans quelle mesure ?

H.C. : D’un côté, c’est un très bon athlète capable d’aller chercher un maximum de médailles européennes et mondiales. De l’autre, il a une compétence technique intéressante pour la SNCF. Enfin, je savais qu’il pouvait apporter beaucoup au dispositif du fait de son état d’esprit, de ses facilités de communication. Ce sont tous ses atouts que j’ai mis en valeur auprès de la SNCF. Ensuite, il a évidemment dû passer des examens, qu’il a eus haut la main. Je crois ne pas m’être trompé sur le fait qu’il était qualifié pour le poste qu’il occupe aujourd’hui (assistant maîtrise d’œuvre travaux télécoms chez SNCF réseau, ndlr).

Cela fait 4 ans que Harold est dans ce dispositif, il s’y sent bien, il peut se projeter à long terme sur le plan professionnel. Alors je lui dis : “Tu sais quoi ? Donne-moi les numéros, les mails, je lance tout la semaine prochaine !”

Aurel Manga

Aurel, comment appréhendez-vous vos débuts professionnels ?

A.M. :  Pour moi, la SNCF, c’était que du rail et au départ, je ne voyais pas trop ce que je pouvais y faire. Harold m’a rétorqué : « Regarde les fiches métiers qui pourraient t’intéresser, ça permettra de pousser ta candidature et de cibler certains RH ». J’ai suivi son conseil. Cela fait 4 ans qu’il est dans ce dispositif, il s’y sent bien, il peut se projeter à long terme sur le plan professionnel (en tant qu’agent commercial SNCF Réseau PIVIS, ndlr). Alors je lui dis : « Tu sais quoi ? Donne-moi les numéros, les mails, je lance tout la semaine prochaine ! » C’était une réelle opportunité.

C’est-à-dire ?

A.M. : Beaucoup d’entreprises suivent le sport mais partiellement. C’est compliqué pour elles de dégager du temps pour les entraînements de leurs salariés. La SNCF, elle, est sur les rails ! Elle s’est engagée dans cette voie depuis longtemps afin que nous soyons le plus performant possible en compétition, tout en étant réellement présents à notre poste.

Quand vous avez appris votre intégration, quelle a été votre réaction ?

A.M. : J’avais reçu quelques messages qui me faisaient comprendre que j’allais être pris. J’ai bien sûr envoyé un texto à Harold pour lui annoncer la bonne nouvelle. J’étais super content. C’était le mois de mai 2021, j’étais blessé à trois mois des Jeux et le processus de recrutement à la SNCF avait été assez long (8 mois environ, ndlr). Tout ça, c’était un peu lourd à porter. Alors quand j’ai su que j’entrais dans le dispositif, ça a été un soulagement, ça a allégé toute ma saison et permis d’aller en compétition l’esprit tranquille. D’ailleurs, j’ai serré les dents, en raison de la douleur, lors de ma première course mais j’ai fait ma meilleure rentrée et surtout, le chrono demandé pour aller aux JO à Tokyo.

H.C. : J’avais reçu des messages me disant qu’Aurel avait un très bon profil. J’avais un peu vendu la mèche ! C’était une très bonne nouvelle pour lui mais aussi pour le dispositif. 

Pour quelle raison ?

H.C. : Aurel a sa singularité, je le sais car je le connais, je connais aussi ses frères et sœurs. Il a toutes les qualités et les valeurs d’un athlète de haut niveau mais aussi un très bon esprit. Il a des qualités humaines rares et sa personnalité va créer une émulation au sein du dispositif. Même si nous n’avons pas pu encore organiser un séminaire en raison des restrictions sanitaires, Aurel pourra bientôt rencontrer l’ensemble des athlètes. Il existe de véritables liens entre nous tous. Je n’ai jamais autant suivi les Jeux d’hiver que cette année. De même, je n’ai jamais été autant passionné qu’aujourd’hui par des sports comme l’aviron ou le canoë… Retrouver des athlètes du dispositif sur les JO, c’est rassurant. Quand je suis arrivé aux Jeux de Rio en 2016, je suis tombé sur certains qui venaient d’obtenir des médailles. Je me suis dit alors : « Si ça se passe bien pour eux, ça se passera bien pour moi. » J’étais totalement serein.

Aurel, depuis votre arrivée au sein de la SNCF, comment se passe cette intégration ?

A.M. :  Bien car par nature, j’aime travailler et apprendre. J’en demande beaucoup à mes collègues qui me disent de prendre mon temps, que j’ai des années devant moi. Je découvre chaque jour un peu plus mon métier. Même s’il y a des choses en électronique déjà abordées dans ma formation, je connais très peu le rail. C’est un domaine particulier qui intègre entre autres la sécurité, la communication filaire et non filaire. L’échange humain est aussi essentiel puisqu’on le croise tous les profils, de l’agent au directeur d’établissement. En étant nouveau dans l’entreprise, je peux non seulement communiquer avec toutes ces personnes mais aussi avoir une approche du métier à différents niveaux. C’est passionnant. Sans compter que pour les Jeux olympiques de Paris, nous aurons besoin du rail. Alors faire partie de ce projet est extrêmement intéressant pour moi.  Et ça, tout en pouvant m’entraîner 5 à 6 fois par semaine. 

L’aménagement du temps de travail nous permet d’être dans les meilleures conditions. Certains collègues ne le comprennent pas toujours. C’est l’une des difficultés que nous rencontrons, c’est à nous de leur expliquer.

Harold Correa

Avec les Jeux olympiques de  Paris en ligne de mire…

A.M. : Bien sûr, mais  je me projette aussi au-delà. Le mieux est de prendre année par année. Pas la peine d’avoir des ambitions l’année des JO si l’on n’a pas su se préparer concrètement les années précédentes. 

H.C.: On ne peut pas être fort l’année olympique si l’on ne s’est pas bien préparé les quatre années précédentes. Moi, je suis plutôt sur la fin que le début de ma carrière alors j’ai d’abord l’ambition de faire une belle saison 2022, commencer 2023 sous les meilleures auspices pour arriver au mieux en 2024. Ce sera, je pense, ma dernière année d’athlétisme.

Aurel, quel bilan faites-vous au bout d’un an ?

A.M. : Mes collègues me soutiennent au quotidien. Il y a une dizaine de jours, j’avais une petite inflammation au mollet qui m’a empêché de participer aux Championnats de France. Ils m’ont dit « Aurel, tu restes tranquille au bureau, tu ne portes plus tes chaussures de sécurité qui risquent de flinguer ta carrière, vas voir ton kiné et fais des compétitions ». Il y a ces petits moments d’attention, ils s’intéressent à ma carrière sportive et en même temps m’apportent des enseignements techniques.

H.C. :  C’est cool ! Ils ont conscience que nous avons un autre métier - le sport de haut niveau - qui peut être très prenant, très ingrat parfois et dans lequel la blessure fait partie des risques. Dès lors, le repos et l’aménagement du temps de travail nous permettent d’être dans les meilleures conditions. Certains collègues ne le comprennent pas toujours. C’est l’une des difficultés que nous rencontrons, c’est à nous de leur expliquer. 

1 Basé dans le bois de Vincennes (Paris 12e), l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP), est un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), placé sous la tutelle du ministère chargé des Sports. L’INSEP est depuis 1975 un acteur incontournable de la politique sportive du haut niveau en France et le centre d’entraînement olympique et paralympique de référence du sport français.