Crédit photo en-tête de page : FFAviron - Daniel Blin

Benoît Brunet : « Rester concentré et se fixer de nouveaux objectifs »

Benoît Brunet se confie sur sa vie d’athlète et de père confiné. Notre rameur, technicien méthodes au technicentre d'Alsace depuis 2016, évoque son quotidien partagé entre la garde de ses jumeaux de 19 mois et la poursuite des entraînements, avec l’espoir de retrouver au plus vite l’aviron et les plans d’eau. Entretien.

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Comment se passe ce confinement ?

J’ai la chance d’habiter une maison avec un jardin, je fais donc un peu partie des privilégiés. Ma compagne travaille dans le milieu de la grande distribution et poursuit son activité professionnelle tous les jours. Pendant ce temps-là, je m’occupe de nos jumeaux de 19 mois, Arthur et Auguste. Ils sont en pleine forme et ont de l’énergie à revendre, je ne m’ennuie pas !

C’est quoi une journée type quand on est sportif de haut niveau et confiné avec des jumeaux de 19 mois ?

C’est assez rythmé : lever vers 7h30, on prend un bon petit-déjeuner puis on joue ensemble jusqu’à 9h30 et ils filent à la sieste. J’en profite pour m’entraîner avant leur réveil, vers 11h30. On s’amuse tous les trois avant le repas. Ils retournent se coucher aux alentours de 14h et dorment environ deux heures. Le temps pour moi de faire une seconde session d’entraînement et de me dépenser quand ils dorment.

Enfin, ça, c’est sur le papier car en ce moment ils ne veulent plus trop faire la sieste le matin et le programme est un peu chamboulé…

Alors, verdict : qu’est-ce qui est le plus difficile, participer à une épreuve d’aviron ou garder ses jumeaux de 19 mois ?

Une fois la ligne passée, la course d’aviron est terminée. Les petits, eux, c’est non-stop. Mais je n’avais jamais eu l’occasion de profiter autant d’eux donc ça fait du bien, je savoure ces précieux moments ! Après, j’ai quand même très hâte de retrouver mon bateau et de reprendre la compétition...

En parlant de compétition, toi qui pratiques un sport d’extérieur comment fais-tu pour rester en forme sans plan d’eau ni aviron ?

Je m’adapte. La balançoire des enfants me sert à faire des tractions, j’utilise aussi des sangles pour faire des abdos et du gainage. Mon pôle d’entraînement a aussi mis pas mal de matériel à ma disposition : deux ergomètres, un vélo, une barre de musculation… De quoi varier les exercices et avoir un programme d’entraînement intéressant.

L’application Zwift me permet également de faire des courses de vélo virtuelles. Je cours notamment contre mes camarades de l’équipe de France avec qui je garde un lien très fort malgré le confinement. Et puis, j’y ai retrouvé un autre athlète du Dispositif Athlètes SNCF, le cycliste Quentin Caleyron.

N’est-ce pas trop difficile de rester mobilisé à 100% sur tes objectifs sportifs dans ce contexte particulier ?

Le confinement a débuté alors que l’on entrait tout juste dans la période de compétitions. On espérait l’attaquer plein fer et être tout de suite assez forts, avec une grosse envie d’en découdre. Tous les feux étaient au vert cette année, on avait bien travaillé, fait de bons chronos et même battu quelques records.

L’arrêt brutal n’est pas simple à gérer mais on reste concentré sur la performance et on essaye de se fixer de nouveaux objectifs avec l’espoir que cette saison ne soit pas totalement blanche.

De nouveaux objectifs autres que Tokyo 2020… Comment as-tu accueilli le report des JO à 2021 ?

Ce n’est pas une surprise. Honnêtement, on le sentait venir. C’est embêtant, mais il ne s’agit que d’un report dans le calendrier et c’est mieux pour l’équité. Benoît Demey, mon coéquipier, et moi n’étions pas encore sûrs d’aller à Tokyo. La régate de qualification devait avoir lieu fin mai, elle a été annulée avant même l’annonce officielle du report des JO.

On ne sait pas encore véritablement comment les bateaux non qualifiés vont l’être, mais ce qui se profile, c’est le même système de qualification simplement décalé d’un an. On passera donc par une régate de qualification l’an prochain à peu près aux mêmes dates.

As-tu des informations concernant la reprise, ou non, des compétitions cette année ?

Non, on est encore dans l’attente du nouveau calendrier international qui se raccourcit au fur et à mesure. On espère quand même qu’il y aura des championnats d’Europe en fin de saison, probablement du 8 au 11 octobre à Poznan en Pologne. Une date qui devrait être confirmée en juillet. Si ça n’est pas le cas, je reprendrai alors plus tôt mon poste de technicien méthodes à la SNCF.

Jusque-là, j’étais détaché à 100% dans le cadre de la préparation des JO mais comme ils ne pourront avoir lieu, je retrouverai avec plaisir les équipes du technicentre d’Alsace Strasbourg. J’en ai déjà discuté avec ma chef.