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Cyrille Maret : « Un moyen de sortir de la routine du sport de haut niveau »

Médaillé de bronze olympique à Rio en 2016, notre athlète Cyrille Maret, qui vise une nouvelle qualification pour les JO de Tokyo, a récemment donné une interview pour la Fédération française de judo. Retrouvez, ici, son entretien pour Judo Mag.

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Depuis quand es-tu en poste à la SNCF ?

Ça fait déjà 10 ans que j’y suis ! Avant les JO de 2012 à Londres, la fédération m’a accompagné pour trouver ce CIP1 à la SNCF. J’y suis depuis tout ce temps.

Que représente ce CIP pour toi ? 

Il m’apporte une certaine sérénité pour l’après-carrière. Ce contrat me permet d’anticiper un peu par rapport à cette transition qui peut être difficile à effectuer. Être en CIP à la SNCF, c’est signer un CDI avec l’institution, avoir un métier. Je sais que quoi qu’il arrive après ma carrière, je ne serai pas sans rien. Pouvoir bénéficier de ce genre d’aides lorsque l’on est sportif de haut niveau constitue un réel avantage et je suis conscient de la chance dont je dispose.

Quel est ton poste à la SNCF ?

Je suis à la Sûreté ferroviaire. Je bénéficie d’un planning aménagé dans le mesure où je fais une journée par semaine sur le terrain. Je suis à la gare de Lyon tous les mercredis, à part quand je suis en stage. Dans ce cas précis, je rattrape ensuite mes jours d’absence. Les équipes sont top avec moi, elles me soutiennent. N’étant  pas là tout le temps, je viens en renfort et je m’intègre dans des équipes différentes selon les semaines. Les collègues sont contents quand je vais avec eux, ça dynamise l’ambiance de  travail. Moi le premier qui suis vraiment heureux d’y aller.

Je trouve ça vraiment enrichissant de pouvoir apprendre un métier. Au final, mes meilleurs résultats, je les ai obtenus en étant en CIP avec la SNCF.

Cyrille Maret

Ton quotidien de sportif de haut niveau est donc impacté, est-ce difficile à gérer ? 

Lorsque tu es athlète de haut niveau, que tu dois t’entraîner dur quotidiennement pour  atteindre tes objectifs, mettre de côté des heures d'entraînement pour aller travailler n’est pas forcément facile à accepter. Mais lorsque j’ai signé cette CIP, ça a eu l’effet inverse, comme une bouffée d’oxygène de pouvoir sortir de la monotonie de l'entraînement. Je trouve ça vraiment enrichissant de pouvoir apprendre un métier, travailler avec une équipe de collègues. Au final, mes meilleurs résultats, je les ai obtenus en étant en CIP avec la SNCF. Est-ce que cela a eu un réel impact ? Difficile à dire mais ça n’a certainement pas été un frein.

Alexandre Iddir, ton meilleur ennemi sur le tapis, est aussi ton collègue de travail, est-ce que la concurrence continue à la SNCF ?

On ne se voit pas souvent à la SNCF car on ne fait pas le même métier. Alexandre, c’est mon concurrent, mais c’est surtout un super copain. La concurrence est saine. On  s’affronte sur le tapis mais ça s’arrête là, on est très souvent ensemble, on a fait les Jeux  ensemble en 2016 à Rio, on a partagé plein de moments, et ce ne sont pas des choses que tu  peux oublier parce qu’il est monté de catégorie2. Lorsque j’ai su qu’il rejoignait le dispositif, j’étais content pour lui. C’est un bon mec, réglo et il ne va pas rechigner pour aller bosser  le matin. Et puis, pour la SNCF, l’avantage est  évident, il y aura un représentant de l'institution à Tokyo.

3 questions à Olivia Klein, coordinatrice du Dispositif Athlètes SNCF

Le dispositif CIP à la SNCF, c’est quoi ?

Le recrutement de sportifs de haut niveau en CIP existe depuis 1982, date de la signature de notre première convention avec le ministère des Sports. La SNCF s’engage avec les athlètes sur le long terme en leur offrant des CDI. On les recrute, on les forme et on leur offre un vrai projet de reconversion professionnelle après leur carrière. Ce dispositif leur apporte sérénité et équilibre pour être plus performant.  Contrairement à un contrat d’image, l’athlète a l’obligation de travailler 50 jours par an minimum. Il apprend un métier, valorise son diplôme et ne se retrouve pas « sans rien » à la fin de  sa carrière. Pas moins de 80% d’entre eux restent dans l'entreprise pour occuper un poste à temps plein. Il y a une vraie histoire partagée et un lien très fort entre la SNCF et ses athlètes. La SNCF emploie  33 athlètes à ce jour dont 4 judokas : Cyrille Maret, Vincent Limare et depuis plus récemment, Sarah-Léonie Cysique et Alexandre Iddir.

Quels sont les enjeux pour la SNCF ?

Les athlètes de haut niveau apportent beaucoup à un collectif de travail. Ils partagent notamment leur culture de la performance, leur capacité à gérer des difficultés et sont source d’énergie et d’exemplarité dans une équipe. Ils vont aussi fédérer autour d’eux car il y a une vraie fierté pour une équipe d’avoir pour collègue un champion et de partager ses réussites. Leurs équipes les suivent dans leurs compétitions, ça crée une véritable dynamique de groupe et génère de la cohésion interne. Il y a aussi des  enjeux d’image : pour la SNCF, c’est intéressant  d’accompagner ces sportifs représentant la France dans le monde entier.

Quel est le rôle des 4 judokas à la SNCF ?

Vincent Limare et Alexandre Iddir sont tous deux agents commerciaux. Vincent est le plus souvent en gare d’Asnières alors qu’Alexandre est en poste à la gare du Nord. Ils accueillent et renseignent les clients sur leurs trajets. De  son côté, Cyrille est à la Sûreté ferroviaire. Sarah-Léonie Cysique a, quant à elle, intégré une équipe  « d’assistance rapide ». Ce type d’équipe vient en renfort de celles d’une gare durant des périodes d'affluence importante. On propose aux athlètes une intégration sur-mesure, avec un poste près de leur lieu d’entraînement et qui correspond à la fois à leur niveau d’études et leurs envies professionnelles. Par exemple, Sarah-Léonie souhaite devenir maître-chien, elle  aura une opportunité pour se former et occuper ce poste un jour.

1 La Convention d’Insertion Professionnelle permet au sportif embauché de disposer d’un emploi du temps aménagé.

Pour en savoir plus sur le CIP

2 Combattant en -90 kg jusqu’aux JO de Rio en 2016, Alexandre Iddir passe ensuite en -100 kg, dans la même catégorie que Cyrille Maret, tout récent médaillé de bronze olympique .