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Sarah-Léonie Cysique : « Être au contact de mes collègues me fait vraiment du bien »

Comment s’est passé le retour de la judokate Sarah-Léonie Cysique depuis ses deux médailles aux JO de Tokyo ? Rencontre avec une agent d’escale au sein de l’Équipe d’Assistance Rapide (EAR) qui « avait hâte » de retrouver une vie normale.  

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Sarah-Léonie Cysique ? La France l’a découverte lors de sa finale frustrante1 dans la catégorie des -57 kilos. Puis de manière plus heureuse, avec ce bisou sur le front de Teddy Riner, l’une des images fortes des JO. La cheminote s’apprêtait, alors, à entrer sur le tatami pour un match décisif contre la Japonaise Tsukasa Yoshida.

Quatre minutes plus tard, son waza-ari offrait la médaille d'or par équipe aux Français et ce, dans le pays qui a vu naître sa discipline. Une performance historique qui n’a pas échappé à ses collègues, pressés de la voir revenir parmi eux. Sarah-Léonie Cysique nous raconte, ici, ce retour au travail pas comme les autres.

Que peut-il bien arriver lorsqu'on retourne au boulot avec 2 médailles olympiques ?

J'ai la chance de tourner avec plusieurs équipes et en quelque sorte, ça a démultiplié les moments de joie. À mon retour, à chaque fois que je retrouvais l’une d’elles, je revivais la même scène, les mêmes sourires, les mêmes félicitations, les mêmes questions sur la compétition, la même fierté. Durant les JO, je ne pouvais pas citer la SNCF pour des questions de droit. Eux voulaient que je porte un t-shirt floqué d'un « Allez l'EAR ! » mais ce n'était pas possible non plus. J'ai juste pu faire un coucou à mes collègues au cours d'une interview après la médaille. Ils l'ont entendu, le message est passé et ça, c’est super.  Alors, une fois rentrée, j'étais vraiment heureuse de les retrouver, de les voir me supporter autant alors que depuis le mois de novembre 2020, j'étais détachée pour la préparation des Jeux de Tokyo.

Tu as réussi à garder le contact durant ta préparation olympique ?

Le lien était constant avec mes supérieurs. Je leur donnais régulièrement de mes nouvelles, je les informais sur mon état de forme, leur envoyais des photos durant les stages ou les compétitions. Ils étaient très demandeurs afin de pouvoir informer à leur tour les équipes. Pendant les Jeux, en revanche, c'était différent. J'avais changé ma puce de téléphone pour pouvoir passer des appels au Japon, ce qui m'a coupé de mes contacts en France. Mais, c'était volontaire aussi, je voulais être dans ma bulle, totalement concentrée sur mes objectifs.

N'est-ce pas trop difficile, tout de même, de retrouver le quotidien à la SNCF après une telle aventure sportive ?

En réalité, j'avais hâte de revenir, de voir autre chose qu'un tatami, de retrouver ma vie normale, mon rythme d'avant, mes relations professionnelles. Être au contact de mes collègues me fait vraiment du bien car je travaille en équipe, ce qui n'est pas le cas quand je mets mon kimono. En plus, j'ai l'impression d'apprendre chaque jour un peu plus sur le métier. Je ne peux pas être lassée.

Être au contact de mes collègues me fait vraiment du bien car je travaille en équipe, ce qui n'est pas le cas quand je mets mon kimono.

Sarah-Léonie Cysique

Mais, est-ce que tes collègues ont su aussi faire abstraction de tout ça ?

Ils se sont toujours montrés intéressés. En cela, les JO n'ont pas changé grand-chose. De quelle manière je m'organise ? Comment je parviens à allier le sport de haut niveau et le travail ? Ce sont des questions récurrentes, mais cette curiosité ne me dérange pas du tout. C'est plutôt l'inverse. Pouvoir partager mon expérience avec eux, c'est une chance. Car, lorsqu'ils ne me voient pas, ils savent que je ne suis pas allongée sur mon canapé mais en train de suer à l'entraînement. Donc, pour répondre à la question, je n'ai pas l'impression qu'ils me traitent différemment depuis Tokyo.

Vraiment pas ?

Bon, c'est sûr que je prends des vannes, du genre « tu es désormais notre garde du corps », « à toi de gérer les interpellations », des trucs comme ça. Mais, les blagues, c'est continuel entre nous, il y a vraiment une bonne ambiance… Et cela montre bien que je fais partie de l'équipe malgré une absence prolongée. Je me sens totalement à ma place. Et puis, il paraît que mon parcours a donné envie à certains de leurs enfants de se mettre au judo. C'est vraiment cool.

Une partie de tes collègues appartiennent à la SUGE et pratiquent donc une activité sportive de manière régulière. Te demandent-ils des conseils ?

On a effectivement des échanges sur certaines techniques, sur l'alimentation et le moyen de bien récupérer. Mon supérieur, qui est très féru de sports de combat, en discute aussi beaucoup avec moi. J'aimerais d'ailleurs leur organiser une initiation judo, je suis en train de leur préparer ça.

Tu rappelles d'ailleurs que ta pratique du judo te sert quand tu es sur le terrain, dans la mesure où dans les deux cas, l'essentiel est de toujours faire preuve de sang-froid...

Lorsqu'une personne est sur le point de prendre un train ou de se rendre à son travail, il n'est pas rare qu'elle soit très pressée, plutôt sur le qui-vive. Nous en face, on est au front. Il peut s'agir de gestion de flux, d'un besoin d'informations, d'un problème de train ou du contrôle des titres de transports. Or, en tant qu'équipe volante, nous sommes souvent appelés en renfort dans des moments de tension, confrontés à des clients parfois agacés. Mais, il ne faut jamais le prendre personnellement. J'y vois un parallèle avec une décision arbitrale défavorable. Si c'est le cas, il faut savoir prendre sur soi, faire la part des choses. Parce que sinon, on perd le fil et on le paie sur le tatami. Conserver son calme et avoir le respect de chacun, au travail comme au judo, c'est essentiel.

Il y a ce moment extrêmement marquant avec Teddy Riner juste avant que tu montes sur le tatami pour donner à la France la médaille d'or par équipe mixte. Tes collègues t'en ont-ils parlé ?

Oui, plein de fois (rires) ! J'ai dû leur avouer que je ne me souvenais plus précisément ce qu'il m'avait dit. J'étais tellement concentrée à cet instant, tout est passé si vite. Ce qui est certain, c'est que ces mots m'ont sacrément motivée…

Conserver son calme et avoir le respect de chacun, au travail comme au judo, c'est essentiel.

Sarah-Léonie Cysique

Et la question qu'ils te posent le plus depuis ton retour ?

C'est simple : « Qu'est-ce que ça fait d'avoir deux médailles olympiques ? ». Je leur fais toujours part de l'extrême bonheur que cette aventure m'a procuré mais aussi, de ma joie de retrouver ma vie d’avant. Ce sont des sentiments un peu contradictoires car, d'un côté, j'ai trouvé ce moment d'euphorie trop court mais de l'autre, j’étais vraiment contente d'être descendue de mon nuage et de revenir à une certaine tranquillité.

Alexandre Iddir, lui aussi médaillé d'or par équipe en judo et membre du Dispositif Athlètes SNCF, a déclaré au sujet de son métier d'agent commercial Transilien : « Quand t’es sportif de haut niveau, la seule personne que tu sers, c’est toi-même. Là, c’est un sentiment tout autre, totalement inverse et ça fait du bien. » Dirais-tu la même chose ?

C'est bien résumé effectivement. Sur le tatami, nous sommes très autocentrés, on se demande comment être le plus performant et non, comment rendre les autres plus forts. Au travail, le but est inverse, on cherche toujours à aider soit le client, soit ses collègues. C'est une démarche totalement tournée vers les autres. C'est tellement différent. C'est pour cette raison qu'au début, mes collègues étaient surpris de me voir aussi enthousiaste pour tout : une nouvelle gare, une opération de contrôle, une journée de grands départs... La monotonie ne peut pas m'atteindre.

Ton père est cheminot, il travaille à la sécurité travaux à la gare de Paris-Est. Quel regard avais-tu sur la SNCF avant d'intégrer le dispositif ?

Enfant, lorsque j'allais voir mon père à la gare de Paris-Est, j'étais très impressionnée. Les locaux, l'ambiance de travail, etc. Moi, je le voyais comme le chef de toute la gare (rires) ! Bref, depuis toute petite, j'ai eu une super image de la SNCF.

Et une fois, plus grande ?

Quand j'ai arrêté mes études de STAPS2, mon père m'a parlé de l'éventualité d'entrer dans l'entreprise en tant qu'agent de sécurité cynophile. Il savait que je voulais travailler avec les chiens. J'étais vraiment tentée. Alors, quand l'opportunité de signer un CPI3 avec le dispositif s'est présentée, je n'ai pas hésité. C'était vraiment le bon moment, car j'étais un peu perdu, un peu inquiète concernant la vie pro… Mais maintenant, je peux me projeter et je me vois bien faire un long chemin dans l’entreprise.

Découvrez le portrait de Sarah-Léonie Cysique

1 Lors de cette finale, le combat a été interrompu par l’arbitre qui a disqualifié la Française pour « action dangereuse ».

2 STAPS pour sciences et techniques des activités physiques et sportives

3 Convention d’Insertion Professionnelle.