Crédit photo en-tête de page : Sailing Energy

Le skipper Kevin Peponnet prend son envol en SailGP

Champion du monde et champion d’Europe en 470, l’athlète olympique SNCF a préféré le circuit pro des catamarans volants SailGP aux JO de Paris 2024. Il nous explique son choix et ses ambitions. 

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L’année 2022 est pleine de changements, sportifs et personnels, pour Kevin Peponnet. Tout juste papa d’un petit Jon, et de retour des Bermudes où il a participé à l’étape du SailGP1, sa nouvelle discipline, notre skipper revient sur le difficile retour au quotidien après les JO de Tokyo, le soutien du Dispositif Athlètes SNCF et de ses collègues durant cette période, ainsi que sur son nouveau rêve… Participer à la Coupe de l’America.

Vous rentrez des Bermudes, où vous avez participé à la première étape de la saison 3 du circuit SailGP. Cette compétition internationale est un nouveau défi. Quelles sont vos impressions sur cette première course ?

Je découvre une autre facette de la voile avec le SailGP, une compétition internationale de voile en équipage. À la différence du 470, où nous étions seulement deux navigants, nous sommes six par bateau. C’est différent, il y a une chimie qui s’opère entre les membres pour trouver des solutions ensemble, mieux régater et aller plus vite. Ce qui m’anime, c’est l’esprit d’équipe. Et puis, nous sommes sur des bateaux volants, à foils2, de 50 pieds qui vont à plus de 50 nœuds ! Ce sont des bijoux technologiques qui procurent des sensations et des émotions que je n’ai jamais ressenties avant. Cette première course a été très positive. Nous sommes arrivés 8e de la régate sur 10 équipages, mais nous avons montré que, malgré la jeunesse de l’équipage, nous pouvons naviguer aux avant-postes et gagner des courses face à des équipages multimédaillés.

Aloïse Retornaz, avec qui vous naviguiez en 470, fait aussi partie de l’équipage SailGP France. Qu’en est-il de votre projet de batailler avec elle pour participer aux Jeux olympiques de Paris 2024 ?

Avant les jeux de Tokyo, où Aloïse a remporté une médaille de bronze, nous avions émis le projet de monter un équipage pour les JO de Paris, tout en se disant que nous ne devions pas nous fermer à d’autres navigations. On a commencé à naviguer ensemble en 470 en octobre dernier. Dans la foulée, nous avons remporté le Championnat de France. À la suite de cette compétition, nous avons souhaité tous les deux intégrer le circuit SailGP. Et, nous avons été retenus pour participer à la 3e saison de circuit qui compte 10 à 11 événements par an, c’est très prenant. On s’est alors posé la question de notre participation aux jeux de 2024. On ne connaît que trop l’intensité qu’il faut mettre dans une discipline olympique. Cela demande beaucoup d'entraînement, et plus de 200 jours par an de navigation sur 470, pour exceller et prétendre à une médaille olympique. Ce n’est pas compatible avec le circuit SailGP. La décision a été difficile à prendre. Mais, c’est un choix mûrement réfléchi. J’ai préféré faire une croix sur les Jeux de Paris.

Les bateaux volants, à foils, sont l’avenir de la voile. Naviguer sur ces engins pour moi, qui suis passionné de sciences et de technologies, est exceptionnel.

Kevin Peponnet, skipper sur le circuit SailGP et ingénieur au service études générales du pôle ingénierie SNCF à Marseille

Et sur votre carrière olympique ?

Loin de là. Avec mon ancien coéquipier, Jérémie Mion, nous avons été champions du monde et champions d’Europe. Il ne me manque que la médaille olympique. J’y reviendrai… Mon ambition est là. L’avènement des bateaux volants soulevés par des foils, c’est l’avenir de la voile. Pour moi qui suis passionné de sciences et de technologies, naviguer sur ces engins est exceptionnel.

On imagine quand même que rentrer de Tokyo sans médaille a dû être une déception…

Personnellement, oui. Mais j’étais également déçu pour mon staff, mes proches, mes partenaires et mes supporters qui ont cru en moi. Les mois qui ont suivi les Jeux olympiques ont été compliqués. C’est très frustrant de donner cinq ans de sa vie et de mettre toute son énergie dans un objectif et ne pas obtenir les résultats qu’on espérait. La préparation olympique avait duré une année de plus en raison de la pandémie, cinq ans au lieu de quatre, cela pèse au niveau de l’intensité et de l’énergie que l’on met dans ses projets. On s’y investit corps et âme, mais il faut tout de même réussir à garder assez d’énergie pour les compétitions.

Le retour des JO de Tokyo a été compliqué psychologiquement (...) J’ai pu compter sur l’équilibre que m’apporte la SNCF et sur le soutien de mes collègues.

Kevin Peponnet

Que vous a-t-il manqué avec Jérémie Mion ?

Sur la préparation, il n’y aurait pas eu grand-chose à changer. En revanche, nous n’avons pas réussi à être dans le rythme pendant l’épreuve et à trouver les solutions pour remporter une médaille. C’était aussi beaucoup de concessions au niveau de ma vie personnelle pendant ces cinq années. Je suis originaire du Sud-Ouest, j’ai dû quitter ma famille, mes amis pour m’installer à Marseille auprès de mon ancien coéquipier. Le retour de Tokyo a donc été compliqué psychologiquement.

Heureusement, j’ai pu compter sur l’équilibre professionnel que m’offre la SNCF, ainsi que sur mes collègues de bureau et les autres athlètes qui m’accompagnent dans mon parcours tant professionnel que sportif. D’ailleurs, lors de ma préparation pour les jeux, j’ai ressenti un engouement de leur part. Un projet comme celui des JO est différent des projets professionnels du quotidien, ça fédère ! J’en discutais récemment avec mes collègues, il y avait un sentiment de fierté d’avoir un collègue qui participait aux jeux. À mon retour, ils étaient à mes côtés, ils ont été top ! Ils m’ont aidé à me reconstruire et trouver d’autres ambitions, dont celle de basculer sur un nouveau projet : le SailGP. J’ai donc pu rebondir après cette grande déception.

Le travail et la SNCF ont donc aussi été un refuge ?

Mon métier d'ingénieur au service études générales du pôle ingénierie SNCF à Marseille m’a permis de combler le grand vide face auquel je me suis retrouvé après des années de préparation olympique. J’ai été associé à des projets importants, dont des rénovations de voies.

Participer à la prochaine Coupe de l’America, qui se tiendra à Barcelone en septembre 2024, est votre prochain objectif ?

C’est un rêve de gosse d’intégrer un défi qui plus est français, pour la prochaine Coupe de l’America 2024 et de pouvoir régater pour essayer de remporter le plus vieux trophée sportif au monde, le trophée de la Coupe ! Mais pour le moment, il n’y a pas encore d’équipe officielle française. Le fait d’avoir mis entre parenthèses mes ambitions olympiques et de vouloir intégrer d’autres circuits comme celui du SailGP, qui s’apparente le plus à la Coupe de l’America, montre mon investissement et mon envie d’atteindre cet objectif.

1 compétition internationale de voile en équipages constituée de plusieurs régates, au cours de différentes étapes dans le monde et utilisant des catamarans à foils de classe F50 à hautes performances.

2 Foil (mot anglais signifiant feuille de métal), ou aile d'eau, est un terme de marine désignant une surface portante immergée, horizontale ou inclinée par rapport à la coque. Le mouvement d'eau autour de ce profil crée une force semblable à la portance produite par une aile d'avion. Cette force dirigée pour l'essentiel vers le haut s'ajoute à la poussée d'Archimède et soulève donc le navire, parfois appelé foiler ou navire planant. (Source : Futura Tech)

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