Crédit photo en-tête de page : Bertrand Jacquot / SNCF

Alexandre Iddir

Découvrez le parcours du judoka Alexandre Iddir, multiple champion de France et agent commercial, depuis novembre 2020, au sein de l’établissement de services Transilien Paris Nord.

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La véritable passion d’Alexandre Iddir, quadruple champion de France de judo en catégorie -100 kg et vainqueur de multiple grand prix ? La chasse sous-marine. Le grand bleu donc, plutôt que l’aire de combat bicolore. La réponse pourrait surprendre, mais le natif de Villepinte (Seine-Saint-Denis) ne calcule pas. Il préfère même en rire : «J’aime être sportif de haut niveau, enchaîner les compétitions et quant à l’entraînement quotidien, je ne pourrais pas faire sans…  Mais, je ne suis pas du tout ce qu’on appelle un passionné de sport ! ».

Ne pas confondre ce détachement avec un quelconque penchant pour la dilettante ou un manque d’ambition. Nous sommes dans une année olympique et à Tokyo, Alexandre Iddir vise la plus haute marche du podium, ni plus  ni moins. Au regard de son palmarès, on aurait, en effet, du mal à croire qu’il ne se donne pas à 100% une fois enfilé le kimono. Seulement, il a mis un certain temps à imaginer le judo autrement que comme un loisir. « L’INSEP1, l’équipe de France de judo ou la possibilité de faire les Jeux olympiques, cela ne m’a pas traversé l’esprit avant mes années junior, s’amuse-t-il encore. Or, j’étais déjà quasiment adulte. »

Un mentor à Vitrolles

Le judo pourtant, ça fait un paquet temps qu’Alexandre Iddir le pratique. Ses parents l’ont mis sur un tapis dès ses 4 ans avec le secret espoir de voir son énergie se canaliser un peu. « Il paraît que je bougeais beaucoup », badine-t-il. Son premier club se situe dans une commune proche de la sienne, au Blanc-Mesnil et porte un nom japonais — Maeda – afin de rappeler l’origine de cet art martial si populaire en France. Quelques années plus tard, la famille quitte la banlieue parisienne pour Marignane dans les Bouches-du-Rhône. Des bords du périph’ à celui de la Méditerranée, le jeune Alexandre Iddir comprend d’emblée qu’il a gagné au change. Ainsi, chaque week-end devient une aventure digne de Moby Dick, au gré des balades à la mer avec son père dans le but d’harponner le poisson.

Pour ce qui est de la terre ferme, où il prend toujours autant de plaisir à chuter ou faire chuter sur le tatamis, le jeune combattant continue son apprentissage au Judo Sport Vitrolles. Il a alors 8 ans et son entraîneur s’appelle Bernard Puget. Pendant dix ans, ces deux-là ne vont plus se quitter et ce, jusqu’au départ du grand espoir du club à l’INSEP1. « Il a forgé ma vision du sport et a renforcé mon lien avec le judo, reconnaît Alexandre Iddir. Ces cours étaient toujours très approfondis, tournés vers le technique et axés sur la recherche, je me régalais ! »

« Le foot, c’était plutôt pour la récré »

Apprendre à chuter, trouver sa position et de quel côté on est le plus fort, travailler sa garde, répéter sans cesse ses prises… Avec son mentor, Alexandre Iddir apprend, à raison de 3 fois par semaine, les bases de l’art martial. Et ce, avec un plaisir jamais démenti. « J’ai toujours aimé me mesurer à quelqu’un, battre celui qui est à l’autre bout du tapis, explique-t-il. C’est un sport où il y a peu de limites : sur le plan technique ou physique, t’as toujours l’impression de progresser. » Et de prolonger : « Il y avait ce côté sérieux, propre au sport de combat, qui m’a plu depuis tout gamin. Le foot, pour moi, c’était plutôt pour la récré. »

Cela tombe bien, car les choses sérieuses, Alexandre Iddir commence à les aborder dès l’âge de 12 ans. Le judoka est désormais dans la classe des minimes, une catégorie où la notion de compétition prend désormais tout son sens. Fini les interclubs organisés pour la parade, place désormais aux tournois régionaux : une dizaine en gros par an et qu’il gagnait à chaque fois. « Ce qui n’est pas vraiment révélateur, préfère-t-il préciser dans la foulée. Il y avait tellement de catégories. »  Il n’empêche, coupes et médailles s’amoncellent sur les étagères de la maison. « Et ça ne prenait pas la poussière, mes parents étaient fiers ! », note-t-il dans un sourire.

J’ai toujours aimé me mesurer à quelqu’un, battre celui qui est à l’autre bout du tapis. C’est un sport où il y a peu de limites : sur le plan technique ou physique, t’as toujours l’impression de progresser.

Alexandre Iddir

En kimono plutôt qu’en uniforme

Alexandre Iddir l’admet sans rodomontade, ni fausse modestie : « J’ai toujours été bon ». Pourtant, insiste-t-il, ce côté au-dessus du lot ne lui a jamais tourné la tête. « Mon seul horizon, cela a toujours été la prochaine compétition. Je ne faisais aucun plan sur la comète, j’essayais juste de prendre du plaisir. » Ainsi, quand ce dernier est appelé à intégrer le pôle espoir de Marseille, son état d’esprit ne varie pas, d’autant plus qu’il est confronté, pour la première fois, à des difficultés. « Ma première année en cadets est bof, je me qualifie tout de même pour les championnats de France mais je suis éliminé dès les premiers combats, c’était une petite fin du monde », reconnaît-il. Une contre-performance vite effacée puisqu’il termine, dès l’année suivante, sur la seconde marche du podium.

Ce rendez-vous des championnats de France, Alexandre Iddir l’honore désormais à chaque fois. Mais si la qualification est une formalité, le premier titre national n’arrive qu’en junior 2. Sa ceinture noire à peine obtenue, le voilà donc qui gagne sa première grande compétition en -90 kg. Ce niveau de performance, il le confirme très vite lors de ses premiers tournois internationaux où il n’est pas rare de le croiser sur le podium. Naturellement, la Fédération française de judo lui ouvre les portes de l’Insep1, le saint graal pour tout jeune athlète en devenir. Pourtant, Alexandre Iddir hésite  -  « Il y avait cette école de l’armée de l’Air à Orange, je m’étais renseigné car je voulais être pilote...» - avant de se décider et de quitter sa chère Méditerranée.

« Ça valait plus qu’une victoire »

Bien lui en a pris, car le nouvel espoir du judo ne perd pas un seul de ses combats dans l’année qui suit. Une vraie razzia censée le conduire, doté d’une énorme confiance, jusqu'aux championnats d’Europe et du monde junior. Deux compétitions majeures organisées coup sur coup et où il peut légitimement viser l’or. Mais, c’était sans compter sur ses vertèbres lombaires L3, L4 et L5…. « Je me suis pété à l’entraînement juste un mois avant », se remémore-t-il. La fracture est grave au point que les avis médicaux sont partagés sur la possibilité qu’Alexandre Iddir puisse, un jour, reprendre le haut niveau. Lui refuse d’y croire et met neuf mois à revenir sur le tatamis. Il n’a, alors, qu’un mois pour se qualifier pour les championnats de France : il y parvient et finit même 3e. « Ça valait plus qu’une victoire », pense-t-il encore aujourd’hui.

Deux ans plus tard, il est en haut du podium avant de conquérir une médaille de bronze, l’année suivante, au championnat d’Europe. Les victoires en Grand Prix sont, elles, régulières. En 2016, année olympique, il monte au 7e rang mondial, de quoi prétendre à une médaille à Rio. Mais une fois encore, une blessure survient au plus mauvais moment. Ayant repris l’entraînement quelques jours seulement avant les JO, Alexandre Iddir ne peut défendre véritablement ses chances et finit à une décevante 7e place. « J’ai, ensuite, un peu accusé le coup, comme si c’était la fin de quelque chose, reconnaît-il. La motivation a mis du temps à revenir. » Fatigué de faire le yoyo avec son poids, Alexandre Iddir passe alors en -100kg, dans la même catégorie que son ami Cyrille Maret, médaillé de bronze olympique. Le choix se veut payant comme le prouve ses trois titres nationaux de suite (2016, 2017 et 2018).

À ce stade de sa carrière, les ambitions d’Alexandre Iddir sont désormais focalisées sur l’international. « Un championnat du monde ou un titre olympique, voilà ce que sont aujourd’hui mes vrais objectifs, je sais que je peux le faire », martèle celui qui a déjà remporté, en 2021, une médaille d'or à Tokyo dans l'épreuve mixte par équipes. Une première olympiade de bon augure avant de viser plus loin. Loin comment ? « Au moins, jusqu’à Paris 2024, c’est obligé ! »

Quand t’es sportif de haut niveau, la seule personne que tu sers, c’est toi-même. Là, c’est un sentiment tout autre, totalement inverse et ça fait du bien.

Alexandre Iddir

Le Ouigo qui change la vie

« Ça fait bien de sortir du cocon du judo, je te jure, de voir autre chose qu’un tatamis ». Voilà, en mots simples, la manière dont Cyrille Maret a présenté Alexandre Iddir le Dispositif Athlètes SNCF. Ce dernier écoute avec intérêt. « On sentait qu’il était vraiment heureux dans le boulot, que la SNCF était une bonne boîte, qu’il avait plaisir à retrouver ses collègues. » La vision de la SNCF chez Alexandre Iddir ? « Mon Ouigo Paris-Marseille avec un départ à Marne-la-Vallée », rigole-t-il. Et de reprendre plus sérieusement : « Des billets à 20 euros ? Cela n’a rien d’anecdotique, cela a une réelle influence sur ton quotidien car vu le nombre de mes allers-retours, je n’ai pas les moyens de l’avion. »

Partant de cette bonne impression, Alexandre Iddir a donc participé à la journée de recrutement et est désormais, CIP2 en poche, agent commercial au sein de l’établissement de services Transilien Paris Nord. « Franchement, c’était une joie et un soulagement, surtout en ce moment ! Parmi nous, il y a pas mal d’athlètes, dont les contrats de sponsoring ne sont pas renouvelés, qui se grattent la tête. » Alexandre Iddir a donc commencé sa nouvelle vie professionnelle en novembre 2020. Le premier objectif ? « Comprendre de quoi on me parlait, s’amuse-t-il. Le langage de cheminots, c’est beaucoup de jargon mais heureusement, tout le monde a pris le temps avec moi. »

Se sentir utile

À gare du Nord, ses journées oscillent entre activités de vente et information voyageur. Autant de moments où l’on se met à la disposition des autres, ce qui n’est pas pour lui déplaire. « Quand t’es sportif de haut niveau, la seule personne que tu sers, c’est toi-même. Là, c’est un sentiment tout autre, totalement inverse et ça fait du bien. »  La gare du Nord est une ruche et ça aussi, c’est une belle surprise. « Je ne m'imaginais pas un tel rythme, avoue-t-il. Autant de monde qui te sollicite, autant de gens qui travaillent avec toi, j’aime beaucoup cette intensité. »

Alexandre Iddir admet d’ailleurs avoir changé son regard — jusque-là assez distant  — sur la vie professionnelle : « Quelques jours suffisent pour te rendre plus humble, se marre-t-il. Tu crois qu’il n’y a rien de plus difficile que l’entraînement mais les journées au boulot, c’est pas mal non plus !” ».

Son palmarès

  1. 2021

    2021

    Médaille d'or (équipe mixte) aux Jeux olympiques de Tokyo

  2. 2019

    2019

    Vainqueur du Grand prix de Tel Aviv
    Vainqueur du Grand Prix d'Antalya

  3. 2018

    2018

    Médaille d'argent lors des championnats du monde par équipe mixte à Bakou
    Médaille d'or lors des championnats de France à Rouen (-100 kg)

  4. 2017

    2017

    Médaille d'or lors des championnats de France à Saint-Quentin-en-Yvelines (-100 kg)

  5. 2016

    2016

    7e aux JO de Rio en 2016
    Médaille d'or lors des championnats de France à Montbéliard (-100 kg)

1 L’institut national du sport, de l'expertise et de la performance est situé dans le bois de Vincennes, à Paris.

2 Convention d’Insertion Professionnelle.