Crédit photo en-tête de page : Seb Godefroy

Aurel Manga

Découvrez le parcours d’Aurel Manga, champion de France du 110 mètres haies et assistant maîtrise d’œuvre et travaux télécoms, depuis juin 2021, à l'établissement de Services Télécoms et Informatiques Ile-de-France de SNCF Réseau.

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Portrait d’Aurel Manga – assistant maîtrise d’œuvre travaux télécom chez SNCF Réseau IDF

À la maison, régnait donc le « trash talking », cette culture du chambrage typique du sport nord-américain. Dans la famille Manga, où l’on ne rate jamais un bon match de NBA, Aurel est le plus jeune de la fratrie. Au-dessus de lui, deux grands frères et deux grandes sœurs, tous sportifs accomplis. Autant dire que le petit dernier avait intérêt à savoir jouer des coudes et ne pas manquer de répartie pour survivre. « L’esprit de compétition, c’était constant entre nous, du terrain de sport jusque devant la console, se rappelle-t-il avec le sourire. On se charriait à base de mots anglais pour faire plus vrai. » Et pour ce qui est d’en découdre en famille, Aurel Manga est servi, l’un de ses frères n’est rien de moins que le recordman de France cadets de triple saut. De quoi décourager d’emblée ou au contraire, d’y puiser une énorme source de motivation. « J’ai débuté tout bêtement l’athlé car je voulais battre le grand frère », reconnaît-il d’un ton placide.

Ça a bien failli être le hand

Pour cela, le jeune impétueux trouve sans mal la direction du stade, situé tout près de la maison familiale à Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne). Ces frères et sœurs sont déjà tous inscrits au club de la ville. « Être le dernier arrivé n’a pas été forcément simple, admet-il. Vu que j’ai grandi moins vite qu’eux, j’étais moins en avance sur le plan athlétique et au départ, la comparaison piquait un peu. »

Ce retard à l’allumage n’est que passager car très vite, le jeune Seine-et-Marnais fait du terrain sport sa zone de prédilection. Ainsi, quelques années plus tard, est-il l’objet de sollicitation de la part de centres de formation de handball. Car, Aurel Manga excelle aussi avec un ballon dans les mains : « J’en faisais depuis mes 5 ans et je m’éclatais avec mon club de Torcy », rembobine-t-il. Au point de faire le grand saut ? « L’opportunité s’est effectivement présentée mais c’était l’année du bac et ma mère a mis son véto. J’ai raté le coche mais je ne regrette rien, je suis plus à l’aise dans un sport individuel.»

Se convaincre que ça ne fait pas mal

Place donc au tartan et aux chaussures à pointes. Aurel Manga décide, la majorité à peine entamée, de se consacrer entièrement au 110 mètres haies. Oui, le 110 mètres haies, vous avez bien lu… Or, combien d’adolescents conservent une rancune tenace contre cette discipline ? Combien de souvenirs amers en cours d’EPS ? Combien de chutes devant les copains hilares ? Partir du mauvais pied, hâter sa foulée pour finir immanquablement par faire tomber les haies les unes après les autres. Faut-il être un brin masochiste pour apprécier une telle épreuve ? Aurel Manga le reconnaît dans un rire : « Pour en arriver où j’en suis aujourd’hui, il a fallu que je m’en mange pas mal des haies, que je tombe un nombre incalculable de fois et que je me relève en essayant de me convaincre que ça ne faisait pas mal.»

Il est d’ailleurs là le plaisir, dans la difficulté même de l’exercice. « Quand tu te sens à l’aise là où peu le sont, c’est particulièrement gratifiant », confesse-t-il. Et puis, Aurel Manga a 17 ans quand il passe enfin sur cette distance, « celle des seniors ». Un an auparavant, il a grandi d’un coup et ses foulées également. Bref, ces quelques mètres en plus de course arrivent à point nommé. « Je me suis senti de suite plus à l’aise, avec ces quatre appuis entre les haies, se remémore-t-il. Je courais bien, je faisais de bons chronos et pour la première fois, je me suis dit qu’il y avait moyen. » L’adolescent rêve tout haut, ne cache pas ses ambitions. Une sorte d’atavisme chez les Manga. « J’ai vu mon grand-frère passé à côté d’une qualification olympique pour 15 centimètres ! C’est vraiment pas grand-chose. » Depuis, ce dernier a abandonné l’athlé pour des raisons professionnelles mais il demeure, aux yeux du petit frère, comme un « aiguillon, un mentor ».

Pour en arriver où j’en suis aujourd’hui, il a fallu que je m’en mange pas mal des haies, que je tombe un nombre incalculable de fois et que je me relève en essayant de me convaincre que ça ne faisait pas mal.

Aurel Manga

Encore pire que les 15 centimètres de son frère

C’est un passage quasi-obligé pour tout grand espoir du sport français. Aurel Manga ne fait pas exception et intègre, en 2012, l’INSEP1. Il a alors 20 ans et tous les feux sont au vert. Trois ans plus tard, c’est la déconvenue. Aurel Manga enchaîne les blessures et fatalement, les contre-performances. Le haut niveau a cela d’impitoyable, il faut toujours faire ses preuves en un temps record. On lui indique donc la sortie pour manque de résultats. Un méchant coup sur la tête que le finaliste aux JO de Tokyo juge aujourd’hui « salvateur ». « À l’INSEP1, on a toutes les cartes en main pour devenir champion olympique mais paradoxalement, on ne nous apprend pas forcément à les utiliser », considère-t-il.

Désormais livré à lui-même, Aurel Manga fait alors une rencontre décisive avec Giscard Samba. L’entraîneur s’est occupé, ces dernières années, des meilleurs Français de la discipline dont Dimitri Bascou, aujourd’hui partenaire d’entraînement d’Aurel Manga. « La première chose que je lui ai dite, c’était : “Je veux être en mesure de viser une médaille olympique en 2020”, il a tapé dans ma main, c’était parti ! », raconte ainsi Aurel Manga. Sous sa férule, l’ex-pensionnaire revanchard de l’INSEP1 bascule du « niveau national au niveau international », au point de faire les minimas pour les JO de Rio. Le rêve olympique arrive plus tôt que prévu, sauf qu’ils sont quatre athlètes en France à avoir réussi ce tour de force pour seulement… trois places. La fédération tranche et c’est Aurel Manga qui en paie le prix. Il ne sera finalement pas du voyage en 2016 et voit Wilhem Belocian, Dimitri Bascou et Pascal Martinot-Lagarde traverser l’Atlantique sans lui. La déception est forte, les justifications officielles assez floues et donc dures à avaler. Pour la première fois, Aurel Manga envisage d’arrêter. « Les chronos qualificatifs, je les avais faits et pas qu’une fois…C’était encore pire que les 15 centimètres de mon frère. », objecte-t-il encore amer.

Gagner, gagner, gagner…

Ces pensées sombres n’auront qu’un temps, car Aurel Manga a la bonne idée de se concentrer sur les compétitions indoor, où il se sent « plus détendu ». Les finales s’enchaînent, la confiance revient. Le licencié du club de l’US Créteil (Val-de-Marne) peut, de nouveau, avoir les yeux fixés sur son graal : les Jeux olympiques, « une compétition à la saveur unique que même les championnats du monde ou d’Europe ne peuvent égaler ». Car n’en déplaise à Pierre de Coubertin, le but n’est pas de participer mais bel et bien de ramener une médaille. Une obsession, chez Aurel Manga, qu’il nourrit chaque jour au contact de ses camarades d’entraînement : l’Italien Paolo Dal Molin, l’Anglais Lawrence Clarke ainsi que son compatriote Dimitri Bascou. Que des médaillés à de grandes compétitions internationales ! « Quand tu côtoies de tels cadors, ça déteint forcément sur toi, tu veux faire comme eux : gagner, gagner, gagner… »

Avec une médaille de bronze, en 2018, aux championnats du monde en salle puis l’année d’après, aux championnats d'Europe, l’athlète qui suit, en parallèle, des études d’ingénieur à la Sorbonne applique donc le précepte à la lettre. Une dynamique positive qui l’a conduit jusqu’en finale des récents JO de Tokyo. « Se retrouver parmi les huit meilleurs mondiaux, ce n’est pas rien, c’est une grosse étape dans ma carrière », argue celui qui refuse de trop gamberger sur son départ raté. « J’avais davantage la pression pendant les séries qu’en finale, donc j’ai peut-être été un peu trop euphorique une fois cet objectif atteint, au point d’en oublier les fondamentaux et de rater une possible médaille. » La déception a été vite mise de côté car désormais, il sait qu’il est « aux yeux du monde, un prétendant au podium », celui avec lequel il faut compter à chaque grande compétition. Et Paris 2024 dans tout ça ? « J’ai tellement hâte que ça arrive et d’ici là, je vais bosser comme un fou ».

C’est vrai qu’à la base, j’étais plus attiré par l’automobile. La SNCF, pour moi, ce n’était que du rail, l’image du cheminot classique mais dès que j’ai postulé, j’ai pris conscience de l’importance de l’entreprise, de la diversité de ses métiers.

Aurel Manga

La SNCF, cette heureuse surprise

« Bosser comme un fou », Aurel Manga sait de quoi il parle, lui qui a obtenu, en 2020, un master d’électronique embarquée, le sésame adéquat pour entrer de plain-pied dans la vie active. Ça tombait bien puisque, quelques mois plus tard, le triple-sauteur Harold Correa, multiple champion de France et accessoirement agent commercial Transilien, évoque avec lui l’existence du Dispositif Athlètes SNCF. Aurel Manga n’est pas du genre à lambiner, les contacts sont immédiatement pris. « Je ne me voyais pas attendre la fin de ma carrière sportive pour entrer dans le vif du sujet, détaille-t-il. Et puis, j’ai toujours eu cet équilibre entre entraînement et travail, que ce soit à la fac ou désormais à la SNCF». Sa CIP2 est signée juste avant les Jeux olympiques au Japon, en juin 2021. Le voilà donc assistant maîtrise d’œuvre - travaux télécoms à l'établissement de Services Télécoms et Informatiques Île-de-France de SNCF Réseau, un point de chute pas forcément évident au départ. « C’est vrai qu’à la base, j’étais plus attiré par l’automobile. La SNCF, pour moi, ce n’était que du rail, l’image du cheminot classique, commente-t-il. Mais dès que j’ai postulé, j’ai pris conscience de l’importance de l’entreprise, de la diversité de ses métiers et des carrières possibles ». Lui qui reconnaît aisément avoir été au préalable plus intéressé par le dispositif que par le Groupe en lui-même admet, aujourd’hui, avoir changé de point de vue.

L’accueil qu’il a reçu de la part de ses collègues a aussi joué un rôle décisif. « Il y a pas mal de gars qui ont de la bouteille. Avec leur grande expérience, ils auraient pu se montrer un peu abrupts, faire preuve d’impatience, décortique-t-il. Mais, c’est tout le contraire, ils sont toujours très cools, prennent vraiment le temps de m’expliquer le boulot, il y a beaucoup d’échanges, jamais de silence. » La mission actuelle d’Aurel Manga ? Fonctionner en binôme avec un agent de Paris-Austerlitz, la gare étant actuellement en chantier. « L’ensemble des câbles télécoms doit être déplacé du fait des travaux de rénovation, ce qui implique un grand nombre d’études que nous prenons en charge, décrypte-t-il. Et c’est le genre de projet qui s’avère très formateur sur la durée. » Aurel Manga est d’autant plus heureux qu’il a pour objectif, sur le long terme, d’accéder à des postes à responsabilité. En attendant, le tout récent cheminot se forme et ce, notamment sur les questions de sécurité qu’il n’imaginait pas « si cruciales avant d’attaquer certaines missions ». De son propre aveu, il y a donc « beaucoup à faire », l’histoire ne fait que commencer mais le plaisir est déjà là. « Avec ma mission actuelle, il faut vraiment mettre la main à la pâte, bien comprendre le terrain avant de proposer et tester, s’enthousiasme-t-il. Or, ce côté très concret du métier, c’est mon truc ! »

Son palmarès

  1. 1992

    1992

    Naît à Paris

  2. 2017

    2017

    Médaille d'or lors des championnats de France
    Médaille d'argent lors des championnats de France en salle
    Médaille d'argent lors des championnats d'Europe par équipes

  3. 2018

    2018

    Médaille d'or lors des championnats de France en salle
    Médaille de bronze aux championnats du monde en salle

  4. 2019

    2019

    Médaille d'argent lors des championnats de France en salle
    Médaille de bronze aux championnats d'Europe en salle

  5. 2020

    2020

    Médaille d'or lors des championnats de France en salle

1 L’institut national du sport, de l'expertise et de la performance est situé dans le bois de Vincennes, à Paris.

2 Convention d’Insertion Professionnelle.