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Orlann Ombissa-Dzangue

Découvrez le parcours de la sprinteuse Orlann Ombissa-Dzangue, vice-championne de France du 100 m et agent commercial, depuis décembre 2020, sur les lignes Transilien N et U.

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À Sens, le stade Claude Pitou était tout près de chez elle. Pourtant, enfant, Orlann Ombissa-Dzangue n’y prêtait jamais grande attention. La piste de 400 m, la rivière de steeple, les aires de saut comme de lancer… Très peu pour elle. Qu’il s’agisse d’athlétisme ou de n’importe quelle autre discipline, la jeune Sénonaise n’était pas du genre à enfiler un short pour le plaisir de suer et d’en baver et ce, au grand dam de son entourage.

« Depuis toute petite, je cours vite. Et je bats les garçons… Alors, fatalement, tout le monde me disait de faire du sprint. » Là où la plupart de ses camarades de l’équipe de France ont embrassé leur passion dès le plus jeune âge, Orlann Ombissa-Dzangue assume, elle, sa différence. Celle d’une vocation arrivée sur le tard et presque par accident.

Le météorite

« Ma mère était plutôt stricte. À l’époque du lycée, c’était 18h max à la maison, rembobine-t-elle. Alors, l'athlétisme et ses entraînements en fin de journée, c’était un bon prétexte pour rentrer un peu plus tard, c’était comme un échappatoire. » Orlann, 16 ans, pousse donc, pour la première fois, les portes du stade Claude Pitou. Nous sommes au mois de novembre 2007. Et ce qui va suivre est, pour le moins, hors du commun. Sa première participation à une compétition survient dès janvier 2008. Quelques semaines plus tard, celle qui n’a jamais été « une grande sportive » décroche à la surprise générale un titre de vice-championne de France du 60 m. Et à l’été, elle empoche le titre national sur 100 m en cadet 2 avant de se qualifier, dans la foulée, pour les championnats du monde junior. Dix mois à peine ont suffi à Orlann Ombissa-Dzangue pour faire une entrée fracassante dans le monde du sprint français.

« Au club, ils hallucinaient. Ils ne me connaissaient pas jusque-là et d’un seul coup, je devenais la première licenciée à intégrer l’équipe de France, raconte-t-elle sans forfanterie. Moi, je ne réalisais pas vraiment, j’étais qu’une gamine qui ne cherchait qu’à s’amuser, j’avais pas encore le feu en moi. » Le fait est, de son propre aveu, si Orlann « adore les compétitions », son enthousiasme s’estompe à chaque fois qu’elle prend le chemin de l’entraînement. En 2009 pourtant, son niveau de performance ne lui laisse pas trop le choix. Sur les conseils de son entraîneur, elle prend la direction d’une plus grosse structure, le pôle Bourgogne à Dijon, où elle confirme ses prédispositions au sprint au point qu’à la fin de l’année, elle intègre le saint des saints : l’Insep1 à Paris.

À "contreSens"

Là-bas, c’est une usine à champions et pour la première fois de sa très jeune carrière, Orlann est confrontée à une réelle adversité. « C’était du costaud en face de moi, confirme-t-elle. Soudain, je n’étais plus la fille qui court toujours le plus vite. » L’expérience va tourner court, un an et demi seulement. La nouvelle venue croise pourtant les grands noms actuels ou futurs de l’athlétisme - Ladji Doucouré, Pascal Martinot-Lagarde, Kevin Mayer, etc. - sans que le déclic se fasse vraiment. Orlann Ombissa-Dzangue ne parvient pas à s’investir à 100%, comme lui fait remarquer Guy Ontanon. Le célèbre entraîneur se désole ainsi ouvertement de voir un tel potentiel ne s’exprimer qu’à moitié.

« Encore aujourd’hui, j’ai du mal à me l’expliquer, avoue-t-elle sans détours. Je manquais de maturité, j’étais tombé dans le haut niveau par hasard et cela me rendait un peu indifférente.» Malgré son détachement apparent, les résultats suivent. En 2011, elle est ainsi sacrée vice-championne d’Europe espoirs du 4X100 m, au stade Městský d'Ostrava, en République tchèque. La première grande médaille, annonciateur d’une belle carrière à venir et selon toute vraisemblance, une sacrée source de motivation. De retour en France, Orlann va néanmoins prendre tout le monde de vitesse mais cette fois, pas dans le sens escompté. « J’ai dit aux gens du club “à la semaine prochaine”, mais ils ne m’ont jamais revu. J’ai suspendu mon compte facebook, changé de numéro, je n’ai pas réfléchi, j’en avais juste marre… »

Chacune de mes séances d'entraînement, c’est autant de moment où je ne suis pas avec mon fils, donc il faut que ça vaille le coup à chaque fois, que ça paye !

Orlann Ombissa-Dzangue

« J’aurais dû en être ! »

Orlann Ombissa-Dzangue tourne donc le dos à l’Insep1 et à toute possibilité de faire une carrière de sportive de haut niveau. Elle rentre à Sens. Parents, oncles et tantes, amis… Ils sont nombreux suite à cette rupture brutale à lui répéter sans cesse la même phrase : « C’est du gâchis ». L’ancienne grande espoir du sprint n’en prend pas ombrage, sûre alors de son choix. D’ailleurs, les JO de Londres en 2012 ne l’affecte pas plus que ça. Et puis l’année d’après, vient le grand bonheur : son petit garçon naît. Les années passent, tranquille.

Mais en 2016, contre toute attente, le passé finit bel et bien par la rattraper. Cette fois, c’est au Brésil, à Rio, que les Jeux Olympiques ont lieu. Les Français, tous d’anciens camarades de l’Insep1, se montrent à leur avantage, Kevin Mayer en tête. « Là, je me suis dit : “Purée, ils sont tous de ma génération, ils ont tous réussi et j’aurais dû en être !” ». Le coup de fil que Guy Ontanon n’attendait plus est passé, mais beaucoup trop tard. Pour l’instant, un retour à l’Insep1 n’est pas envisageable. Trop d’années se sont écoulées. Alors, Orlann, qui a désormais 25 ans, repart de la base. Retour au stade Claude Pitou. Aucun entraîneur ne l’attend, elle recommence seule en décembre 2016. Trois mois après cette improbable come-back, Orlann devient vice-championne de France du 60 m en salle. L’histoire reprend son cours de manière toute aussi surprenante.

De bien belles années à venir

Il est peu de dire que son retour en équipe de France en a surpris plus d’un. « Ils étaient choqués ! », en rit-elle encore. 2018 est l’année de son retour à l’Insep1 et de ses retrouvailles avec Guy Ontanon. Et cette fois, la sprinteuse est bien décidée à ne plus le décevoir. « Ça m'a pris du temps, mais je suis pro désormais, à fond dans ce que je fais », insiste-t-elle. Une preuve parmi tant d’autres, l’ancienne dilettante aime désormais s’entraîner. « Chacune de ses séances, c’est autant de moment où je ne suis pas avec mon fils, donc il faut que ça vaille le coup à chaque fois, que ça paye ! ». Et c’est bien le cas. La machine Orlann Ombissa-Dzangue ne connaît plus de ratés : 3 fois vice-championne de France du 100 m, deux médailles d’or aux Jeux méditerranéens en 2018 (100 m et 4X100 m) et un titre de championne d’Europe par équipes, l’année suivante, en relais avec les Bleus.

Désormais, ce sont les JO de Tokyo qui sont en ligne de mire et avec le sentiment qu’une nouvelle fois, on n’est pas à l’abri d’une énorme surprise. Son record personnel date de 2018 et est fixé à 11’06. « Je dois absolument descendre sous les 11’, j’ai juste besoin de cette perf’ pour débloquer tout le reste… » Et après, qui sait ? La « fille qui court plus vite que les garçons » nous a habitués à déjouer tous les pronostics. Pour cela, elle se refuse à ruminer le passé. « Si je ressasse mes années perdues, ça ne va pas me faire avancer. Je n’ai rien à regretter et j’ai l’avenir devant moi, martelle-t-elle. En 2024, à Paris, j’aurai 33 ans, l’âge où les sprinteurs donnent tout leur potentiel... »

Maintenant que je suis à la SNCF, je m’y investis totalement. Quand je suis au boulot, il n’y a pas d’athlète de haut niveau qui tienne, je suis comme tout le monde.

Orlann Ombissa-Dzangue

« Une boîte où je pouvais évoluer »

« J’ai toujours travaillé », souligne Orlann Ombissa Dzangue. Un peu d’usine, des petits boulots à droite, à gauche et notamment comme vendeuse et puis, un boulot dans la fonction publique pendant 3 ans. Début 2017, quand elle se décide soudainement à reprendre le sprint, le détachement n’est pas envisageable. Orlann se retrouve donc sans filet de sécurité. Heureusement pour elle, les résultats sportifs suivent, les sponsors reviennent. « Mais, ma situation restait compliquée, fragile et d’autant plus, avec la crise sanitaire, les JO repoussés. » Elle, qui a bien conscience que sa carrière est « plus près de la fin que du début », cherche donc un nouvel équilibre : « J’ai toujours eu besoin d’avoir autre chose dans ma vie que le sport. »

Harold Correa, champion de France du triple saut et cheminot depuis 2015, lui parle alors du Dispositif Athlètes SNCF. « Il m’a vraiment rassurée, bien vendu le truc car ce que je cherchais surtout, c’était une boîte où je pouvais évoluer, confie-t-elle. Une fois convaincue, je voulais vraiment avoir cette chance, obtenir cette CIP2 ». Avec l’aide de sa fédération, c’est chose faite. Depuis décembre 2020, Orlann Ombissa-Dzangue est agent commercial sur les lignes Transilien N et U. « Maintenant que je suis à la SNCF, je m’y investis totalement, insiste-t-elle. Quand je suis au boulot, il n’y a pas d’athlète de haut niveau qui tienne, je suis comme tout le monde ».

Sa mission ? « Que tout se passe bien en gare, c’est ça notre but ». Renseigner les gens, vérifier que les rames soient totalement vides avant tout retour au garage, être à l’écoute si un voyageur détecte un colis suspect, etc. Orlann qui se considère pourtant comme une « personne pudique » s’épanouit dans ce métier fait de contacts constants. L’ambiance générale l’aide grandement. « La convivialité entre collègues, le côté familial, je n’avais jamais connu ça dans mes autres expériences professionnelles. Ici, tout le monde se tutoie, quel que soit le grade, c’est sain. » De quoi envisager l’avenir, cette fois, sans virage à 180° ? « Mon ambition est vraiment d’évoluer dans l’entreprise, de passer des concours internes pour y parvenir, affirme-t-elle. Mais, en attendant, ce premier poste est parfait car c’est du terrain, c’est ici qu’on apprend la base. »

Son palmarès

  1. 1991

    1991

    Naît à Sens (89)

  2. 2007

    2007

    Premiers entraînement d’athlétisme

  3. 2008

    2008

    Vice-championne de France du 60 m et championne de France du 100 m (cadet 2)

  4. 2011

    2011

    Médaille d’argent en relais 4X100 m au championnat d’Europe espoirs

  5. 2017

    2017

    Vice-championne de France du 100 m

1 L’institut national du sport, de l'expertise et de la performance est situé dans le bois de Vincennes, à Paris.

2 Convention d’Insertion Professionnelle.