Crédit photo en-tête de page : Sébastien Besancenez

Quentin Caleyron et le paracyclisme : une aventure humaine et sportive

Après le BMX et le cyclisme sur piste, le pistard se lance dans une nouvelle discipline, le paracyclisme en s’associant avec Raphaël Beaugillet, athlète malvoyant. Notre chargé de projet au bureau d’études de l’Agence d’essai ferroviaire revient sur sa rencontre avec son nouveau binôme, leurs débuts en tandem et livre ses ambitions pour les Jeux paralympiques de Paris 2024.

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Vous avez commencé, début novembre, les entraînements en tandem sur piste avec Raphaël Beaugillet, athlète malvoyant. Quelles ont été vos premières impressions ?

Je fais du vélo depuis que je suis enfant, j’ai pratiqué sur tous les vélos avec des facilités ce qui m’a permis de changer de discipline mais le tandem, c’est encore autre chose. Je n’en avais jamais fait. Les deux-trois premières séances, c’était plus du réglage. Maintenant, j’apprends à rouler sur un tandem avec quelqu’un derrière moi. C’est comme si j’avais l’habitude de conduire une voiture et que je me retrouvais maintenant au volant d’un camion. Je change de gabarit ! Mais j’ai tout de suite beaucoup aimé. Je n’ai jamais réellement fait de sport d’équipe, là je ne pédale plus tout seul, je suis en contact direct avec Raphaël. C’est très motivant mais également une grosse responsabilité de tenir le guidon. Cela demande une grosse coordination entre nous. La moindre faute d’un des pilotes se répercute sur l’autre. C’est une nouvelle approche mais j’ai confiance en mon pilotage et mes qualités de cycliste.

Mon premier challenge avant les compétitions est d’arriver à gagner la confiance de mon partenaire qui a connu de nombreux pilotes rompus à l’exercice. Moi, je suis novice dans le paracyclisme, je découvre et j’apprends. Chaque entraînement permet d’acquérir des automatismes, des repères et de progresser. La piste procure de l’adrénaline et des sensations de vitesse. À deux, on peut aller encore plus vite, l’émulation est démultipliée ! En quelques semaines d’entraînement, nous avons déjà augmenté nos performances. Dans notre discipline, l’épreuve du kilomètre chronométrée sur quatre tours de piste est aux Jeux paralympiques. Deux tandems sont au départ de la course, celui qui arrive le premier, a gagné. Il va donc falloir que j’adapte mes sprints pour franchir la ligne d’arrivée le premier ! D’autant que si je suis en seconde position, il faudra que je double un tandem qui est un vélo qui mesure deux mètres ! C’est une autre dimension qu’un simple vélo. Mais, j’aime les nouveaux challenges !

Le paracyclisme est une expérience sportive exceptionnelle pour moi et une belle aventure humaine.

Quentin Caleyron, membre du Dispositif Athlètes SNCF

Quelle est la genèse de votre rencontre et votre partenariat avec Raphaël Beaugillet ?

J’ai découvert le tandem sur piste il y a deux ans lors d’une compétition en Suisse à laquelle participait un ami en paracyclisme. J’ai trouvé exceptionnel de pouvoir à la fois piloter, aider quelqu’un qui ne peut pas faire du vélo seul et faire du sport en même temps. Je me suis toujours dit que cela me plairait bien d’essayer. À cette époque, je croisais régulièrement Raphaël au Vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines (Yvelines, ndr) où je m’entraînais également. J’échangeais de temps en temps avec lui et son pilote François Pervis. Raphaël a apprécié que je m’intéresse à eux. Avant les Jeux paralympiques de Tokyo, il m’a contacté pour me demander si ça m’intéressait de succéder à François qui devait prendre sa retraite après la compétition. Je lui ai répondu que c’était le cas. Mais à ce moment-là, j’étais encore engagé avec la FFC (Fédération française de cyclisme, ndr) pour courir en valide. Malheureusement, je n’ai pas été sélectionné pour les Jeux olympiques de Tokyo. Et, en septembre dernier, j’ai appris que la fédération ne voulait pas forcément me garder. J’ai été assez surpris, je ne m’y attendais pas du tout. Mon engagement allait prendre fin, ça m’ouvrait donc la possibilité de m’orienter vers le paracyclisme. J’ai alors rappelé Raphaël dont j’avais beaucoup suivi le parcours pendant les Jeux paralympiques de Tokyo où il a remporté avec son pilote la médaille de bronze sur le kilomètre. Je lui ai dit que si sa proposition tenait toujours, j’étais hyper emballé de partir avec lui dans l’aventure. Nous avons alors beaucoup échangé ensemble et avec la FFH (Fédération française handisport, ndr), et notre collaboration a commencé rapidement.

Devez-vous suivre une formation spécifique ?

J’ai été plongé dans le bain dès la première séance. Il n’y a pas de cours théoriques, l’apprentissage du paracyclisme passe par la pratique sur le vélo. Raphaël et moi avons le même entraîneur, ce qui nous permet d’être sur les mêmes cycles d’entraînement. Raphaël habite à Blois (Loir-et-Cher, ndr) et moi en région parisienne mais nous essayons de nous réunir au moins deux fois par semaine au Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines. Le reste du temps, nous nous entraînons chacun de notre côté. J’alterne entraînement sur piste seul, avec Raphaël et musculation.

La SNCF vous suit dans cette nouvelle aventure à travers le Dispositif Athlètes SNCF.  Un soutien fidèle dans votre parcours sportif…

Oui ! j’ai intégré la SNCF en 2015 en tant que chargé de projet conception au bureau d’études mécaniques de l’Agence d’essai ferroviaire à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne, ndr). Je pratiquais à cette époque le BMX. À la suite d’une grosse blessure, j’ai bifurqué dans le cyclisme sur piste en 2017. La SNCF est restée à mes côtés. Sans elle, j'aurais arrêté ma carrière car je n'aurais pas pu concilier ma carrière sportive et un emploi. Quand j’ai fait le choix de me lancer dans le paracyclisme cette année, j’ai contacté Olivia Klein, la responsable des relations extérieures et des partenariats à la SNCF en charge du Dispositif Athlètes SNCF. Elle a été emballée par le projet. Le Groupe a décidé de continuer à me soutenir. D’ailleurs, c’est grâce au Dispositif Athlètes et à mes collègues que je peux me lancer dans ce nouveau challenge. Ces derniers ont trouvé que mon engagement en handisport était un beau projet. Je travaille un jour sur site et le reste du temps en télétravail, soit 3 jours par semaine en moyenne, en dehors des périodes de compétition. J’ai une équipe hyper compréhensive. Elle est habituée à mon emploi du temps. Je me rends disponible tous les jours, mes collègues savent qu’ils peuvent me laisser un message quand je suis en entraînement. Il y a quatre ans, j’ai mis en place une newsletter que je diffuse une à deux fois par mois pour les tenir informés de mon actualité. Dans la dernière, j’annonçais mon changement de carrière dans le paracyclisme. 200 personnes de l’agence sont abonnées à ma newsletter, beaucoup réagissent et me posent des questions, c’est un super outil qui permet d’échanger et de créer du lien.

Raphaël Beaugillet a obtenu la médaille de bronze en tandem aux Jeux paralympiques de Tokyo sur le kilomètre, en septembre dernier. En ligne de mire aujourd’hui, ce sont les Jeux paralympiques de Paris 2024 ?

En effet. Si nous sommes qualifiés pour les Jeux paralympiques 2024, nous avons de grandes chances de décrocher une médaille ! L’enjeu est de taille ! Nous démarrons mais nous redoublons d’efforts et apprenons à mieux nous connaître à chaque entraînement. Si nous roulons ensemble deux fois par semaine pour le moment, la Fédération handisport devrait nous réserver des créneaux supplémentaires mais il faut un peu de temps pour que ça se mette en place. Nous avons fait un premier test au Grand Prix de Grenchen en Suisse (17 et 18 décembre 2021, ndr), ça a été très enrichissant. Cela nous a permis d'avoir un temps de référence afin de voir notre niveau après un mois et demi de pratique. Nous avons réussi à gagner le kilomètre avec un bon temps par rapport au peu de temps de pratique (1'02"534, ndr). C'était aussi l'occasion d'apprendre à se connaître en compétition afin de préparer les championnats du monde qui auront lieu à Saint-Quentin-en-Yvelines en octobre prochain. En paracyclisme, il y a très peu de compétitions, c'est également une des raisons pour laquelle nous voulions courir rapidement même si nous n’avions pas à notre actif de nombreux entraînements ensemble. Ce nouveau challenge en paracyclisme est aussi une opportunité pour moi car je ne voulais pas arrêter ma carrière de sportif professionnel avant les Jeux de Paris. J’ai fait les Jeux olympiques de Londres, en 2012, mais je n’ai pas ramené de médailles. Alors, je serais ravi de participer aux prochains Jeux paralympiques. Le paracyclisme est une expérience sportive exceptionnelle pour moi et une belle aventure humaine.