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Steven Da Costa : « Aller aux JO de Tokyo pour ramener l’or »

Champion d'Europe et du monde de karaté, Steven Da Costa, membre du dispositif Athlètes SNCF, évoque ses ambitions pour les JO de Tokyo 2020. Sa seule chance olympique en raison de la probable disparition de sa discipline pour Paris 2024 ? 

« Ça m’a coupé les jambes, je n’ai pas eu la force de m’entraîner »

Fraîchement auréolé d’un titre de champion d'Europe (-67 kg) acquis à Guadalajara en mars dernier, et champion du monde en 2018, Steven Da Costa fait désormais partie de l’élite du karaté international. À 22 ans, notre agent commercial voyageurs sur la ligne du RER C a le regard fixé sur le pays du Soleil-Levant et les prochains Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Un événement historique, dans la mesure où le karaté fera sa toute première apparition aux Jeux. 

Pourtant, la joie pourrait être de courte durée pour le Mosellan et l’ensemble de sa discipline. En effet, le 21 février 2019, le Comité d’organisation des Jeux Olympiques de Paris a décidé de ne pas retenir cet art martial dans la liste des sports olympiques présents lors de la grand-messe du sport en 2024. Un véritable coup de massue pour un sport qui souffre, comme beaucoup, d’une trop faible médiatisation. 

Très vite interrogé sur la question, Steven Da Costa n’a pas caché dans la presse son amertume mais également sa volonté de renverser le cours des choses d’ici décembre 2020 et la décision finale du comité international olympique. Rencontre. 

Comment avez-vous appris la décision du Comité d’organisation de Paris 2024 ?

J’étais en route pour le CREPS1 de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) où je m’entraîne tout au long de la semaine. Mon téléphone s’est mis à sonner. Différents médias me demandaient de réagir à chaud à la décision. « Mais quelle décision ? » Je ne comprenais pas ce qui se passait. Au début, j’ai cru à une rumeur, j’ai appelé la Fédération française de karaté pour en avoir le cœur net.

Et ensuite... 

Ça m’a coupé les jambes, je n’ai même pas eu la force de m’entraîner. Dégoûté, je me suis dit : « à quoi bon ? On ne nous respecte pas ». Plus que l’énorme déception, c’est le sentiment de trahison qui est difficile à digérer. On passe de la lumière à l’ombre, du coup de projecteur olympique au retour à l’anonymat. Mais, avec le soutien de la Fédération française de karaté, nous comptons nous battre pour peser et faire changer d’avis le comité d’organisation des Jeux de 2024. L’important aujourd’hui, c’est de montrer que nous sommes solidaires. On ne lâchera pas notre sport. 

De quelle manière le dispositif Athlètes SNCF vous a-t-il soutenu ?

C’est un vrai coup dur pour eux aussi. J’ai reçu beaucoup de messages. Ça ne m’a pas surpris, je suis très entouré depuis mon arrivée dans le groupe. 

Et vos collègues de la ligne C ? 

Ils ont été sonnés également. Il faut comprendre, ils me suivent tout au long de l’année, ils s’intéressent à ce que je fais. Ce qui est amusant et triste à la fois, c’est que dans l’esprit des gens, le karaté fait partie des disciplines olympiques depuis longtemps. Or, ce sera seulement la première fois à Tokyo.

Ce qui risque d’être la seule chance de votre carrière de décrocher une médaille olympique… 

J’y ai beaucoup pensé, avec cette question évidente : « Qu’est-ce que je vais faire après 2020 ? ». Mais je me suis très vite remis dans le bain : je ne vais pas arrêter le karaté et le haut niveau à seulement 23 ans ! En cela, faire partie du dispositif SNCF est une chance, une sécurité. J’envisage sereinement ma carrière professionnelle qui est au moins aussi importante que ma vie de sportif.

Une vie de sportif d’ailleurs bien remplie ces prochains mois…

Les échéances ne manquent pas. Je vais d’abord tenter de remporter un maximum d’épreuves de Premier League2 pour assurer ma qualification aux Jeux Olympiques de Tokyo. C’est clair, j’irai au Japon l’an prochain pour aller chercher l’or. 

Chez les Da Costa, le karaté est aussi une affaire de famille. En quoi cela vous aide-t-il dans votre préparation ?

Mon frère jumeau Jessie et mon grand frère Logan sont également membres de l’équipe de France. Notre père nous entraîne quand nous sommes réunis le week-end à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) et ma mère, elle, gère toute la logistique et nous ramasse quand ça ne va pas bien. Être en famille a toujours été une force. D’ailleurs, aucun de nous ne combat dans la même catégorie, pas de compétition entre frères. Logan est chez les -75 kg. Mon frère jumeau, en -84 kg. Il a donc dû prendre énormément de poids au début, ça a été compliqué. De mon côté, chez les -67 kg, je fais extrêmement attention, histoire de ne pas devoir me cogner un tas de régimes avant les compétitions ! 

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2 La Karate1 Premier League est un circuit mondial, organisé chaque année en neuf étapes, au terme duquel un classement international des karatékas est établi.