Crédit photo en-tête de page : RFF / McCann / Franck Dunouau

Maîtriser la végétation en respectant l’environnement

Nous développons de nombreuses techniques pour maîtriser la végétation, que ce soit sur les voies ou sur leurs abords, en respectant toujours mieux l’environnement.

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Un réseau divers à entretenir

En 10 ans, SNCF Réseau, qui est en charge de l’entretien des abords des voies ferrées, a réduit de 60% le volume de produits phytosanitaires destinés à désherber les voies et leurs abords. Renoncer progressivement au glyphosate signifie devoir élaborer des solutions alternatives aussi efficaces, puisque l’enjeu est d’entretenir 125 000 hectares d’emprises ferroviaires.

En effet, la présence de végétation sur les voies ou à proximité a de réelles incidences sur la sécurité comme sur la régularité de nos trains. C’est pour cette raison que SNCF Réseau développe plusieurs techniques de maîtrise de la végétation, en fonction des différentes zones à traiter.

Comment le réseau est constitué

Le réseau ferré national qui irrigue l’ensemble du territoire français comprend une grande diversité de voies, souvent méconnues du grand public. Toutes ces voies représentent une surface considérable à entretenir en raison de l’espace important qu’elles occupent au sol.

Exploiter une ligne de chemin de fer exige, en outre, d’occuper différents types de terrain. Cet espace au sol, appelé l’emprise ferroviaire, est composé de :

  • 30 000 km de lignes sur lesquelles les trains circulent, soit 60 000 km de voies
  • pistes de cheminement le long de la voie
  • bandes de proximité1
  • abords plus ou moins larges selon la proximité avec les riverains

Les enjeux de sécurité sont différents sur les voies et pistes d’une part, et sur les dépendances vertes, soit les bandes de proximité et les abords des voies, d’autre part.

125 000 hectares d’emprises ferroviaires à entretenir (dont 34 000 ha. de voies)

Sécurité et régularité

La végétation représente un facteur de risques pour la sécurité ou la régularité des circulations. En effet, elle peut :

  • interrompre le trafic en cas de chute
  • masquer ou endommager les installations de signalisation ou les équipements de sécurité
  • perturber la surveillance des voies
  • empêcher le drainage nécessaire à la stabilité et à la géométrie des voies
  • provoquer des départs d’incendies quand elle est trop sèche
  • entraver la visibilité des trains
  • déclencher l’enrayage ou le patinage des trains.
  • constituer un refuge pour le grand gibier indésirable sur les voies

Des opérations de maintenance essentielles

La maîtrise de la végétation dans les emprises ferroviaires est donc indispensable pour satisfaire aux impératifs de sécurité des personnes (voyageurs et personnels) et de maintien des infrastructures ferroviaires en bon état de fonctionnement.

Au sein de SNCF Réseau, cette activité est structurée autour d’un réseau de spécialistes en maîtrise de la végétation, répartis sur tout le territoire.

Notre travail sur la biodiversité

Depuis la création du réseau ferré, SNCF Réseau a su mettre en place et faire évoluer une gestion industrielle efficace de la végétation. Son but ? Garantir la sécurité des circulations, des voyageurs et des agents.

Ces modes de gestion ont récemment évolué pour mieux intégrer les nouveaux défis environnementaux.

Dans le contexte de diminution drastique de l’emploi de produits phytosanitaires, la part d’entretien mécanisé augmente nécessairement dans les dépendances vertes comme sur les pistes. Cette évolution accroît le risque d’atteinte à la biodiversité, qu’il s’agisse d’espèces communes2, d’espèces protégées3 ou, parfois, de leurs habitats.

Confronté à ces enjeux, SNCF Réseau met en place des actions visant à améliorer ses connaissances relatives à la biodiversité dans ses emprises.

Ce travail passe par :

  • le renforcement du dialogue territorial (avec notamment les services instructeurs de l’État et l’Office français de la biodiversité)
  • l'évaluation, avec des partenaires scientifiques, institutionnels et associatifs, du potentiel d’accueil des emprises ferroviaires concernant la faune et la flore
  • une adaptation plus fine de la maintenance des zones végétalisées, selon les enjeux de biodiversité (période de nidification, etc.)

L’identification de ces enjeux autour de la biodiversité conduit SNCF Réseau à remettre en question ses pratiques. Il s’agit ainsi de renforcer le caractère attractif de ses emprises, notamment dans les milieux « anthropisés » (zones urbaines et agricoles), où les infrastructures constituent des corridors écologiques structurants au sein des paysages.

Les techniques principales

Notre stratégie pour maîtriser la végétation diffère selon les zones.

Pour le traitement des 60 000 km de voies ferrées et des pistes latérales, SNCF Réseau utilise des produits phytosanitaires afin de rechercher une absence de végétation, nécessaire à la sécurité des circulations.

Sur les voies et les pistes

Les nouveaux trains désherbeurs

Sur la partie ballastée4 supportant les rails et les traverses, il s’agit de tendre vers l’objectif zéro végétation. Pour ce faire, nous utilisons principalement une méthode industrielle : les trains désherbeurs de SNCF Réseau sont capables de s’insérer dans le trafic ferroviaire sans perturber ni interrompre les circulations de voyageurs ou de marchandises. Ainsi, 90 % du linéaire du réseau ferré national est traité par des trains désherbeurs modernes.

Pour répondre à son engagement de sortir du glyphosate avant la fin 2021, SNCF Réseau a mis au point une solution alternative à la substance controversée. C’est toute la flotte de trains désherbeurs qui a été modernisée afin de permettre l’épandage des produits de remplacement, de réduire de moitié les surfaces pulvérisées grâce à un système ingénieux de détection de la végétation présente, d’intégrer les nouvelles réglementations et de renforcer la protection de nos opérateurs de maintenance. 

Un nouveau mélange pour remplacer le glyphosate

Ces trains désherbeurs vont désormais utiliser une combinaison d’un produit de biocontrôle5 à 95% (acide pélargonique) avec un « herbicide » préventif de synthèse (flazasulfuron). Cette nouvelle combinaison de produits est le fruit de recherches et de tests menés pendant 3 ans.

Par ailleurs, nous continuons de mener des expérimentations en collaboration avec des industriels pour tester de nouvelles molécules, afin d’obtenir une solution 100% biocontrôle utilisable dans les trains désherbeurs. Et nos agents continuent d’être formés à l’utilisation de ces produits pour être toujours plus vertueux dans leurs pratiques.

Un fauchage annuel pour compenser

L’utilisation de trains désherbeurs et d’herbicides de biocontrôle va permettre de limiter la quantité de produits épandue au strict nécessaire, et de gérer la multiplicité accrue des coupures de traitement. Néanmoins, ce procédé, moins efficient que l’usage du glyphosate, nécessitera un fauchage annuel des bandes de proximité (contre tous les 3 ans actuellement), afin d’éviter que la végétation présente ne revienne trop vite sur les voies et pistes.

Aux abords des voies

Des méthodes mécaniques

Pour les abords des voies, sont utilisées en majorité des méthodes mécaniques complétées ponctuellement par des traitements aux herbicides sélectifs (dévitalisation de souche ou de repousses). L’objectif est de revenir à une végétation maîtrisée, permettant de conserver la stabilité des talus ou des ouvrages en terre.

Une maintenance raisonnée

Sur ces zones, SNCF Réseau a décidé de passer d’une maintenance corrective ou d’urgence, à une maintenance raisonnée, pluriannuelle, positive tant pour la préservation de l’environnement que pour le maintien de la performance de son réseau.

Les méthodes mécaniques utilisées sont :

  • l’abattage, soit couper les arbres dangereux proches de la voie ferrée et des caténaires, ou présentant des risques de chute de branches
  • l’élagage, soit supprimer des branches gênantes ou susceptibles de le devenir
  • le débroussaillage, soit maîtriser le développement d’une végétation arbustive sur les abords des talus ferroviaires, pour l’empêcher de masquer les signaux ou de s’étendre sur la voie
  • le fauchage, soit maintenir une végétation de type prairie

L’éco-pâturage

Vaches, poneys, chèvres ou encore moutons participent également modestement, mais utilement, à la lutte contre les plantes invasives. Ils peuvent manger jusqu’à 5 kilos par jour de végétation. Le recours à cette méthode ancestrale se fait en collaboration avec des éleveurs locaux, des associations et des prestataires spécialisés dans l’éco-pâturage.

Cette alternative est non seulement durable mais également moins coûteuse : 30% moins chère en moyenne. En effet, les ruminants sont bien plus à l’aise sur des talus escarpés difficiles d’accès que des machines ou des hommes. Cette technique est réservée particulièrement aux talus protégés aux abords des voies, difficiles d’accès, ou encore aux voies non circulées soumises à de l’embroussaillement.

En savoir plus sur l’éco-pâturage

Les techniques en cours d'expérimentation

Parallèlement aux techniques à l’efficacité éprouvée utilisées actuellement, SNCF Réseau expérimente des méthodes variées pour maîtriser la végétation sans recourir aux produits phytosanitaires.

Sur les voies et les pistes

La couverture des pistes

Posé à l’occasion de travaux de renouvellement des voies, le géotextile sous piste permet d’empêcher la végétation de se développer sur les pistes de sécurité et le long des voies.

Les géotextiles empêchent la pousse des plantes présentes dans le sol et stoppent la croissance des graines déposées par voie aérienne. Recouverts de deux à trois cm de sable ou de gravillons pour assurer leur pérennité dans le temps, les géotextiles sont posés en sous-bassement lors des réfections de pistes qui peuvent accompagner les travaux de renouvellement voie-ballast. L’intérêt de cette technique est d’éviter le traitement des pistes entre deux cycles de renouvellement. L’objectif est de les intégrer dans toutes les opérations de réfection.

L’ensemencement choisi

Cette technique consiste à planter de manière volontaire, sur les voies de service et sur les triages de fret uniquement, un mélange d’espèces végétales compatibles avec les contraintes de sécurité ferroviaire et du personnel. Leur hauteur de pousse est maîtrisée, respectant ainsi les standards de sécurité. Sélectionner les graines qui vont être plantées nécessite de la recherche.

Lors des expérimentations menées avec une doctorante, plus de 500 espèces ont été étudiées, et au final, seules 14 espèces ont été jugées assez intéressantes pour être testées en mélange sur trois sites expérimentaux ; à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), à Dôle (Jura) et aux Sables d’Olonne (Vendée). Grâce à cette technique, les plantes choisies prennent le dessus sur les indésirables.

En savoir plus sur l’ensemencement

Les pistes alternatives

Les pistes alternatives

Cette infographie détaille les différentes solutions développées par SNCF Réseau pour maîtriser la végétation.

Sous le titre, 5 pictogrammes présentés de manière horizontale et reliés par des pointillés représentent 5 types de solutions différentes :

Sous le premier picto figurant une feuille, on peut lire le titre « Expérimentations en cours » et ces différentes techniques :

  • Ensemencement choisi sur les voies de service : des bouquets de graines sélectionnées pour ne pas dépasser les 10 cm y sont semés
  • Cryogénie : en créant un choc thermique, on brûle la plante par le froid
  • Géo-fibre : une fibre mélangée résistante est appliquée sur des sols à maintenir dégagés

Sous le deuxième picto figurant une personne poussant une tondeuse, on peut lire le titre « Matériels à l’étude » et ces différents matériels :

  • Tondeuse sur rail de voies de service
  • Tondeuses de pistes
  • Robots autonomes de traitement de pistes à énergie solaire

Sous le troisième picto figurant une touffe d’herbe, on peut lire le titre « L’éco-pâturage » et cette précision : L’éco-pâturage reste une technique intéressante mais sur de petites surfaces.

Sous le quatrième picto figurant une main tenant une planète miniature, on peut lire

le titre « Méthodes alternatives », et la précision suivante :

Plusieurs pays européens coopèrent pour expérimenter des méthodes alternatives afin de les comparer à terme.

Et la liste des méthodes alternatives en question :

  • Piste explorée par la Suisse : 1 train roulant à 50 km/h et pulvérisant de l’eau chaude à 70°C
  • Piste explorée par l’Allemagne : 1 train équipé d’un dispositif impulsant un choc électrique sur les plantes
  • Piste explorée par la France (SNCF Réseau) : 1 véhicule ultra léger tout terrain (570 kg), équipé d’un « micro-ondes » d’1 m² qui roule au pas hors voies : les ondes électromagnétiques chauffent les cellules d’eau des plantes, ce qui les brûle. Une seconde étude porte sur son éventuel usage en voie.

Sous le cinquième picto figurant un bidon de produit, on peut lire le titre « Zéro phytosanitaire de synthèse » et cette précision :

SNCF Réseau développe un programme pour tendre vers le zéro phytosanitaire de synthèse.

Les désherbants

Des expérimentations pour tester de nouvelles molécules 100% biocontrôle utilisables dans les trains désherbeurs sont en cours.

Des solutions à l’étude

SNCF Réseau coopère enfin avec les gestionnaires de voies ferrées européens pour étudier plusieurs techniques qui sont encore au stade de recherche et développement :

  • l’éradication des plantes par ondes électromagnétiques, en collaboration avec l’INRAE6 et l’institut Pascal en France
  • le désherbage par impulsion électrique en Allemagne
  • le désherbage thermique vapeur à détection sur voies seules en Suisse

400 000 minutes perdues ces dernières années à cause d’incidents liés à la végétation

1 Les bandes de proximité sont constituées des abords immédiats de la piste jusqu'à 3 m environ du bord de celle-ci. Ces zones sont maintenues enherbées afin d'éviter les phénomènes d'érosion. Cette maintenance est également nécessaire pour la visibilité des signaux, la visibilité des agents se déplaçant sur la piste, la sécurité incendie en été et la limitation du développement de la végétation dans ces zones.

2 Les espèces communes sont les espèces dont les populations sont largement distribuées, par opposition aux espèces rares.

3 Les espèces protégées, en droit français, sont les espèces animales et végétales dont les listes sont fixées par arrêtés ministériels en application du code de l’environnement et dans le cadre de la politique nationale de protection de la faune et de la flore sauvages.

4 Issu de l’anglais « to ballast » qui veut dire lester. Le ballast est constitué d’une roche dure concassée. Le lit de ballast, sur lequel repose la voie de chemin de fer, est destiné à immobiliser et soutenir les traverses de manière à assurer une bonne répartition des charges au passage des trains. Il facilite, par ailleurs, l’écoulement des eaux de pluie et limite le développement de la végétation. Un bon ballast doit être bien drainé, solide, stable et résistant à la déformation.

5 Le biocontrôle est un ensemble de méthodes de protection des végétaux basé sur l’utilisation de mécanismes naturels. Seules ou associées à d’autres moyens de protection des plantes, ces techniques sont fondées sur les mécanismes et interactions qui régissent les relations entre espèces dans le milieu naturel.

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6 L'Institut national de la recherche agronomique (INRAE) est le fruit de la fusion de l’Inra et d’Irstea. Premier organisme de recherche mondial spécialisé sur ces trois domaines, il s’engage à relever les défis qui les concernent en proposant par la recherche, l’innovation et l’appui aux politiques publiques de nouvelles orientations pour transformer durablement l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

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