Crédit photo en-tête de page : iStock

Découvrez comment la Fondation SNCF s’engage avec et pour les jeunes

La fondation SNCF lance une démarche novatrice pour encourager les jeunes à devenir initiateurs et acteurs de leurs projets, y compris en les intégrant au sein de sa gouvernance. Sa déléguée générale Laetitia Gourbeille et Guillaume Prévost du think tank VersLeHaut, évoquent ce partenariat.

Mis à jour le

Lecture 5 min.

Vous avez une ambition commune : la jeunesse. Quelles sont la vision et les convictions que vous partagez ?

Laetitia Gourbeille : La Fondation SNCF a recentré sa mission sur l’insertion des jeunes dans la société. C’est avec eux et par eux que nous allons avancer dans la construction d’un avenir durable. Nous voulons les mettre au cœur de nos réflexions et de nos échanges, en lien avec nos partenaires associatifs, pour co-construire des projets de mécénat autour de nos deux domaines d’intervention : trouver sa voie et agir avec les jeunes pour l’environnement dans les territoires. Il s’agit non pas de faire entrer les jeunes dans un système mais de faire évoluer le système en partant de leurs idées et de leurs aspirations. Ce qui nous unit avec l’association VersLeHaut1, c’est la volonté de nous mettre à leur écoute et de prendre réellement en compte leur parole.

Guillaume Prévost : Nous sommes clairement alignés sur les valeurs et les objectifs. À un moment où le monde connaît des bouleversements économiques, sociaux et culturels, il est essentiel que les jeunes soient en position de s’exprimer sur ces grands enjeux sociétaux. Alors que l’Union européenne compte d’ores et déjà davantage de personnes de plus de 65 ans que de moins de 20 ans et que le vieillissement de nos sociétés est durable, cette exigence apparaît cruciale.

Comment est née cette démarche initiée ensemble ?

LG : En avril dernier, tous les membres du conseil d’administration de la Fondation SNCF ont convergé vers une conviction, celle de développer nos partenariats et nos actions de mécénat envers la jeunesse en partant de leur parole, de ce qu’ils pensent de leur avenir, de leurs aspirations, notamment au regard de la question environnementale, très importante à leurs yeux. Leurs contributions viendront enrichir les projets déjà portés, inspirer de nouvelles initiatives, mais aussi entrer dans la gouvernance même de la fondation. Nous avions besoin d’un partenaire pour mettre en œuvre notre démarche, qui embarque tout l’écosystème de la Fondation SNCF. Nous avons donc proposé ce rôle à VersLeHaut.

Quelles sont les actions que vous souhaitez mettre en place ?

GP : Nous allons aller à la rencontre de jeunes décrocheurs scolaires, de jeunes en insertion professionnelle, de jeunes en service civique, de collégiens et lycéens partout en France, pour recueillir leur parole. Nous voulons avoir un panel le plus large possible, car cela va nous permettre d’explorer des pistes. Nous allons capitaliser puis exploiter ces données pour nourrir la réflexion de la Fondation SNCF, mais aussi nos propres outils, au premier rang desquels le baromètre Jeunesse et Confiance, que nous produisons depuis 2015 en partenariat avec OpinionWay.

LG : Au-delà de l’organisation, nous allons également expérimenter jusqu’en 2022 un mode de fonctionnement en intelligence collective, qui va être amené à évoluer tout au long du projet. Notre comité de pilotage associe, en plus de nos deux entités, nos partenaires associatifs, les jeunes et tout l’écosystème interne de la fondation, y compris nos correspondants Fondation SNCF en régions. Nous sommes très alignés sur notre vision, mais nous avons choisi sur la forme de laisser de l’espace pour que s’expriment la créativité et les talents de chacun.

Laetitia Gourbeille, pourquoi avoir fait appel à VersLeHaut ?

LG : La fondation a participé l’année dernière à la grande mobilisation autour des états généraux de l’éducation lancés par VersLeHaut. Nous avons alors tissé une expérience commune. Nous avons vu que nous partagions des convictions et l’envie de mener d’autres projets ensemble pour aller un cran plus loin. La Fondation SNCF a souhaité aborder cette expérience assez innovante avec un partenaire en qui nous avions une grande confiance.

Les jeunes désirent être reconnus dans leur parole, leur vécu, leur trajectoire, leurs aspirations

Laetitia Gourbeille, déléguée générale de la Fondation SNCF

Pourquoi le think tank VersLeHaut a-t-il accepté de co-construire cette démarche avec la Fondation SNCF ?

GP : L’expérience réussie des états généraux de l’éducation a été déterminante. Elle a entraîné VersLeHaut au-delà de sa raison d’être initiale en révélant ce terreau d’acteurs de l’éducation en France. Il y a un vrai enjeu à faire émerger, consolider et faire grandir cette société civile pour la rendre capable de mieux saisir les enjeux de l’éducation et s’affirmer comme un partenaire de l’école. Nous avons souhaité poursuivre cette démarche avec la Fondation SNCF afin de faire émerger un socle trans-partisan susceptible de faire bouger durablement les lignes. La fondation nous donne un matériau exceptionnel pour porter le débat public un peu plus loin sur les notions de collectif et d’engagement des jeunes.

Qu’est-ce qui ressort des premières initiatives que vous avez mises en place ?

LG : Lors du premier comité de pilotage, les jeunes nous ont alertés sur le rôle central de l’animation pour faire émerger la parole et les propositions. Nous avons donc décidé qu’il n’y aurait pas une méthode déclinable, mais des méthodes co-construites pour chaque collectif, en fonction de l’identité des jeunes et de l’association avec laquelle nous allons travailler. Nous avons eu nos premiers échanges fin octobre avec douze jeunes de l’Institut de l’Engagement2. Cela a confirmé notre intuition : les jeunes désirent être reconnus dans leur parole, leur vécu, leur trajectoire, leurs aspirations. Et au-delà d’être entendus, ils ont une réelle envie de contribuer et d’être reliés à d’autres acteurs tels qu’une fondation d’entreprise.

GP : Plus nous avançons, plus nous mesurons de part et d’autre la richesse de notre démarche. Nous avons eu plusieurs confirmations. Celle de l’existence d’une parole, d’une matière à aller chercher, sur laquelle nous étions attendus. Celle de vouloir transformer cette parole en actions. Et, enfin, celle de maintenir une exigence méthodologique, pour permettre à ceux qui ne parlent pas de s’exprimer pleinement. Cette exigence est déterminante dans la crédibilité de notre action. Ce que nous avons vu à l’Institut de l’Engagement nous est particulièrement utile pour rencontrer par la suite d’autres jeunes plus en difficulté, notamment en diversifiant largement les modalités d’animation de ces ateliers.

Quelles sont les prochaines étapes ?

LG : La prochaine étape est de déployer en 2022 le programme dans chaque territoire, en lien avec les correspondants de la Fondation SNCF et les associations partenaires. Nous souhaitons rencontrer au moins un collectif par région. En janvier, nous allons à la rencontre de jeunes issus de l’École de la Deuxième Chance3 dans le Nord de la France. Nous aurons aussi un groupe réuni par Les Colibris4, avec qui nous avons co-construit un mécénat national. Chaque fois c’est l’occasion pour la fondation d’être en proximité de manière singulière avec une association partenaire. Cela crée des liens différents, et demain, une manière de compagnonner avec eux sur les projets. C’est déjà très perceptible dans les actions que l’on mène.

Quels sont vos objectifs à long terme ?

LG : À la fin de l’année 2022, nous voulons avoir identifié les problématiques remontées par les jeunes. Nous réunirons ensuite un ou deux collectifs de jeunes souhaitant s’engager pour nourrir des mécénats que nous menons déjà, en initier de nouveaux, ou bien mettre en place des appels à projets. Nous voulons que les jeunes mobilisés puissent suivre et être véritablement acteurs de ces projets, y compris dans la gouvernance de la Fondation SNCF.

GP : En interne, ce partenariat est un véritable levier de transformation pour VersLeHaut en termes d’organisation et de compétences. Nous travaillons en temps réel sur les données que nous recueillons. Nous devons être capables d’appuyer une démarche itérative avec des allers-retours réguliers. Nous sommes dans la capitalisation, et en même temps, la capitalisation nourrit le pilotage. C’est très intéressant, notamment en termes de progression de notre capacité à faire des allers-retours rapides entre le concept et le réel. Nous ferons évoluer nos instruments. Nous aimerions également que tout ce travail vienne nourrir un rapport de fond sur le thème de la participation, de l’engagement, de la façon dont les jeunes entrent dans la vie civique et abordent la question du collectif. Derrière cela, il y a un grand pari. Car l’éducation est devenue un enjeu sociétal, où à l’enseignement des professeurs s’ajoutent des problèmes sociaux, humains, environnementaux, d’inégalités, qui dépassent le cadre de l’école. Au moment où il est à nouveau question de réformer l’Éducation nationale, il y a peut-être un pas de côté à prendre pour élargir le regard.

1 Lancé en 2015, VersLeHaut est le premier think tank français dédié aux jeunes et à l’éducation. Son ambition : répondre à la crise éducative. Pour mener à bien sa mission, VersLeHaut associe à sa réflexion des acteurs de terrain, des jeunes et des familles, ainsi que des experts et des personnalités de la société civile.

2 L’Institut de l’Engagement a été créé en 2012 pour ouvrir grand les portes à celles et ceux qui se sont révélés par leur engagement au service de l’intérêt général, et leur permettre de réaliser un projet d’avenir à la hauteur de leurs qualités. Grâce à 2 000 bénévoles engagés à ses côtés, il permet à des milliers de jeunes qui se sont engagés dans un volontariat (Service Civique, Corps Européen de Solidarité…) ou un bénévolat soutenu de valoriser leur engagement et structurer leur projet d’avenir, avec des conseils, du mentorat ou un accompagnement personnalisé.

3 L’École de la Deuxième Chance accueille des jeunes de 16 à 25 ans sans emploi, ni qualification. Elle leur propose une formation rémunérée pour s’insérer dans la vie active. La durée de formation est variable. L'objectif de l'École de la Deuxième Chance est que le jeune accède à un emploi ou qu'il intègre une formation professionnelle.

4 Créé en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, Cyril Dion et quelques proches, le Mouvement Colibris œuvre à l'émergence d’une société écologique et solidaire, en favorisant le passage à l’action individuelle et collective. Pour cela, l'association s’est donnée pour mission d’inspirer, relier et soutenir celles et ceux qui inventent de nouveaux modes de vie.