Assia Benziane : « SNCF au Féminin m’a permis d’oser et de croire en moi »

Nommée par le président de la République au Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes, le 19 février 2019, notre collaboratrice évoque le rôle joué par le réseau SNCF au Féminin dans son engagement contre les violences sexistes et sexuelles.

Quinze ans au service des droits des femmes

Membre du comité de pilotage du réseau SNCF au Féminin, Assia Benziane a rejoint le Conseil consultatif du G7 pour l’égalité entre les femmes et les hommes, à la demande du président de la République, Emmanuel Macron. Cet organisme, composé de trente personnalités issues de la société civile, dont deux prix Nobel de la paix, travaille actuellement sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et la promotion de l’égalité femmes-hommes. Le Conseil devrait ainsi formuler une série de propositions lors du prochain sommet du G7, organisé à Biarritz du 24 au 26 août 2019.

Entrée à SNCF en 2012 comme agent du service commercial train (ASCT) Transilien avant de rejoindre OUIGO pour finalement intégrer le dispositif Excellence DPX1 en qualité de Responsable équipe train, la nomination de notre collaboratrice vient récompenser son travail de longue haleine en faveur des droits des femmes. Un engagement d’abord associatif, né il y a une quinzaine d’années à la suite d’un drame familial, que la femme de 30 ans a prolongé politiquement dans sa ville de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) en devenant adjointe au maire en charge des Droits des femmes, puis dans notre groupe au sein du réseau SNCF au Féminin. Rencontre.

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Comment avez-vous accueilli cette nomination ?

C’était surprenant de prime abord, avec un mélange de fierté et de questionnement sur ma légitimité ou non au sein de ce conseil. Fort heureusement cela a été très vite balayé par les échanges profonds que j’ai pu avoir avec des personnes époustouflantes. C’est tout de même un honneur de travailler avec deux prix Nobel de la paix !

Comment votre travail doit-il se traduire concrètement d’ici le G7 de Biarritz ?

Ce conseil n’a pas vocation à discuter dans le vent. Nous répertorions actuellement les lois les plus ambitieuses, à travers le monde, en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, de scolarisation et d’émancipation par l’entrepreneuriat féminin.

Nos prochaines semaines seront intenses et ponctuées de réunions informelles avant un rendez-vous officiel programmé au mois de mai. Nous discuterons à ce moment-là de la du bouquet législatif compilant les textes les plus novateurs afin de le soumettre aux dirigeants du G7 à Biarritz. Mais notre démarche ne se limite à cette seule échéance.

C’est-à-dire ?

Le président a, en effet, souhaité étendre notre initiative à plus grande échelle. Nous serons donc présents à l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre prochain à New York, pour livrer le fruit de notre travail et sensibiliser un maximum de responsables. Et au-delà de l’étranger, nous entendons évidemment porter un haut degré d’exigence pour les droits des femmes en France.

Cette exigence, vous l’incarnez d’ailleurs dans le monde de l’entreprise à travers le réseau SNCF au Féminin…

La présidente du réseau, Francesca Aceto, m’a proposé de la rejoindre en juin 2017. Vu de l’extérieur, je ne pensais sincèrement pas que le groupe SNCF s’engageait aussi concrètement sur les questions d’égalité femmes-hommes. Plus qu’un véritable levier pour la mixité en entreprise, le réseau favorise aussi la prise de conscience et de confiance de nos collaboratrices.

Cela a été votre cas ?

C’est tout bête mais, avant de rejoindre le réseau SNCF au Féminin, je ne pensais pas être en mesure d’intégrer le dispositif Excellence DPX. J’avais développé « le syndrome de l’imposteur », je ne me sentais pas assez légitime ou qualifiée. C’est un vrai obstacle pour les femmes en entreprise et il faut en parler ouvertement. À présent, j’espère évoluer au sein de mon entreprise et pourquoi pas sur ces questions.

SNCF au Féminin vous a donc permis d’oser, de franchir le pas...

Tout à fait. Je pensais être là pour apporter des choses au réseau et je me suis rendue compte que le réseau m’avait aussi apporté énormément. Des femmes formidables m’ont entourée, encouragée : « Tu peux le faire, tu as toutes les compétences pour ». L’entendre m’a libérée. Oser est particulièrement important, encore plus sur des métiers essentiellement masculins, comme les postes de conduite. C’est tout l’intérêt d’initiatives telles que le « Girl’s day ». Cette journée qui permet à des femmes et jeunes femmes de découvrir tous les métiers de la SNCF afin de leur donner envie de nous rejoindre.

Féminisation, mixité, lutte contre les violences sexistes et sexuelles... Sentez-vous de vraies avancées au sein du Groupe ?

Le sexisme existe toujours dans l’entreprise. Néanmoins, de nombreux dispositifs ont été mis en place et la direction a pleinement pris conscience que quelque chose s’était joué avec les mouvements #MeToo et #Balancetonporc. La mise en place par la Direction de l’éthique d’une procédure claire en cas de harcèlement moral ou sexuel ainsi que d’un numéro de téléphone et d’une adresse mail spécialement dédiés en sont l’illustration.

Lors de mon dernier entretien annuel chez OUIGO, on m’a clairement parlé de ce dispositif. Preuve que les décisions prises se répercutent sur le terrain. Même si, à mes yeux, des points d’amélioration subsistent… Je pense, ici, à la formation des managers qui ne savent pas toujours comment gérer ce type de situation.

Justement, depuis votre arrivée en 2012, avez-vous constaté des changements concrets au quotidien ?

C’est indéniable. À mes débuts comme contrôleuse, je recevais beaucoup de remarques sexistes de la part de collègues. Pour eux, cela relevait de la petite blague d’ordre sexuel. Quand c’était le cas, je leur rappelais simplement que c’était du harcèlement et que je n’avais pas envie de recevoir ce genre de « blagues ».

Puis, ces dernières années, certains se sont venus me voir, essentiellement après #Balancetonporc. Ils s’interrogeaient sur leur comportement, sur la différence entre drague et harcèlement, tant dans la vie professionnelle que personnelle. Ces échanges en toute liberté sont précieux. Et, à mon niveau, j’ai clairement senti une différence.

Le changement se manifeste aussi dans des attitudes du quotidien. Je pense notamment à la réflexion menée par les entités afin d'aménager l’espace des vestiaires des femmes, de sorte à pouvoir les embaucher sans discrimination de genre. En effet, cela bloquait les embauches car il n’y avait pas d’espace dédié. Autant d’anecdotes qui me font dire que quelque chose s’est passé.

Retrouvez le portrait d’Assia Benziane

Qu’est-ce-que le réseau SNCF au Féminin ?

Lancé en 2012, ce réseau d’entreprise œuvre pour la mixité au sein de SNCF en proposant un espace de dialogue et d’écoute, et en organisant des ateliers et des conférences autour de sujets variés. Composé d’ambassades dédiées à de nombreuses thématiques, SNCF au Féminin compte plus de 6000 membres.

1 Programme effectué en alternance pour accéder à des fonctions de manager de proximité