Assia Benziane : « Agir pour les femmes, au-delà de l’échéance du G7 »

Membre du Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes, notre collaboratrice est présente au G7 de Biarritz. Elle nous explique les raisons de son engagement et l’importance de ce sommet pour les droits des femmes.

Quinze ans au service des droits des femmes

Elle a été nommée par Emmanuel Macron au Conseil consultatif pour l’égalité entre (CCEFH), en février dernier. Six mois plus tard, Assia Benziane, également membre du réseau SNCF au Féminin, s’apprête à soumettre les propositions du CCEFH en aux dirigeants du G7. D’où sa présence au sommet de Biarritz, du 24 au 26 août.

Entrée dans notre Groupe en 2012 comme agent du service commercial train (ASCT) pour finalement intégrer le dispositif Excellence DPX1, Assia Benziane voit dans ce rendez-vous international la concrétisation d’une implication de longue haleine contre les violences sexistes et sexuelles. Un engagement d’abord associatif, né il y a une quinzaine d’années à la suite d’un drame familial, que la femme de 30 ans a prolongé politiquement dans sa ville de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) en devenant adjointe au maire en charge des Droits des femmes, puis dans notre groupe au sein du réseau SNCF au Féminin. Rencontre.

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Comment avez-vous accueilli cette nomination ?

C’était surprenant de prime abord, avec un mélange de fierté et de questionnement sur ma légitimité ou non au sein de ce conseil. Fort heureusement cela a été très vite balayé par les échanges profonds que j’ai pu avoir avec des personnes époustouflantes. C’est tout de même un honneur de travailler avec deux prix Nobel de la paix !

Comment votre travail doit-il se traduire concrètement au G7 de Biarritz ?

Ce conseil n’a pas vocation à discuter dans le vent. Nous avons répertorié les lois les plus ambitieuses, à travers le monde, en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, de scolarisation et d’émancipation par l’entrepreneuriat féminin.

Les semaines passées ont été intenses et ponctuées de réunions informelles jusqu’au mois de mai dernier où nous avons discuté, lors d’une réunion officielle, du bouquet législatif. Nous allons désormais le soumettre aux dirigeants du G7 à Biarritz, même si notre démarche ne se limite à cette seule échéance.

C’est-à-dire ?

Le président a, en effet, souhaité étendre notre initiative à plus grande échelle. Nous serons donc présents à l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre prochain à New York, pour livrer le fruit de notre travail et sensibiliser un maximum de responsables. Et au-delà de l’étranger, nous entendons évidemment porter un haut degré d’exigence pour les droits des femmes en France.

Cette exigence, vous l’incarnez d’ailleurs dans le monde de l’entreprise à travers le réseau SNCF au Féminin…

La présidente du réseau, Francesca Aceto, m’a proposé de la rejoindre en juin 2017. Vu de l’extérieur, je ne pensais sincèrement pas que le groupe SNCF s’engageait aussi concrètement sur les questions d’égalité femmes-hommes. Plus qu’un véritable levier pour la mixité en entreprise, le réseau favorise aussi la prise de conscience et de confiance de nos collaboratrices.

Cela a été votre cas ?

C’est tout bête mais, avant de rejoindre le réseau SNCF au Féminin, je ne pensais pas être en mesure d’intégrer le dispositif Excellence DPX. J’avais développé « le syndrome de l’imposteur », je ne me sentais pas assez légitime ou qualifiée. C’est un vrai obstacle pour les femmes en entreprise et il faut en parler ouvertement. À présent, j’espère évoluer au sein de mon entreprise et pourquoi pas sur ces questions.

SNCF au Féminin vous a donc permis d’oser, de franchir le pas...

Tout à fait. Je pensais être là pour apporter des choses au réseau et je me suis rendue compte que le réseau m’avait aussi apporté énormément. Des femmes formidables m’ont entourée, encouragée : « Tu peux le faire, tu as toutes les compétences pour ». L’entendre m’a libérée. Oser est particulièrement important, encore plus sur des métiers essentiellement masculins, comme les postes de conduite. C’est tout l’intérêt d’initiatives telles que le « Girl’s day ». Cette journée qui permet à des femmes et jeunes femmes de découvrir tous les métiers de la SNCF afin de leur donner envie de nous rejoindre.

Féminisation, mixité, lutte contre les violences sexistes et sexuelles... Sentez-vous de vraies avancées au sein du Groupe ?

Le sexisme existe toujours dans l’entreprise. Néanmoins, de nombreux dispositifs ont été mis en place et la direction a pleinement pris conscience que quelque chose s’était joué avec les mouvements #MeToo et #Balancetonporc. La mise en place par la Direction de l’éthique d’une procédure claire en cas de harcèlement moral ou sexuel ainsi que d’un numéro de téléphone et d’une adresse mail spécialement dédiés en sont l’illustration.

Lors de mon dernier entretien annuel chez OUIGO, on m’a clairement parlé de ce dispositif. Preuve que les décisions prises se répercutent sur le terrain. Même si, à mes yeux, des points d’amélioration subsistent… Je pense, ici, à la formation des managers qui ne savent pas toujours comment gérer ce type de situation.

Justement, depuis votre arrivée en 2012, avez-vous constaté des changements concrets au quotidien ?

C’est indéniable. À mes débuts comme contrôleuse, je recevais beaucoup de remarques sexistes de la part de collègues. Pour eux, cela relevait de la petite blague d’ordre sexuel. Quand c’était le cas, je leur rappelais simplement que c’était du harcèlement et que je n’avais pas envie de recevoir ce genre de « blagues ».

Puis, ces dernières années, certains se sont venus me voir, essentiellement après #Balancetonporc. Ils s’interrogeaient sur leur comportement, sur la différence entre drague et harcèlement, tant dans la vie professionnelle que personnelle. Ces échanges en toute liberté sont précieux. Et, à mon niveau, j’ai clairement senti une différence.

Le changement se manifeste aussi dans des attitudes du quotidien. Je pense notamment à la réflexion menée par les entités afin d'aménager l’espace des vestiaires des femmes, de sorte à pouvoir les embaucher sans discrimination de genre. En effet, cela bloquait les embauches car il n’y avait pas d’espace dédié. Autant d’anecdotes qui me font dire que quelque chose s’est passé.

Retrouvez le portrait d’Assia Benziane

Qu’est-ce-que le réseau SNCF au Féminin ?

Lancé en 2012, ce réseau d’entreprise œuvre pour la mixité au sein de SNCF en proposant un espace de dialogue et d’écoute, et en organisant des ateliers et des conférences autour de sujets variés. Composé d’ambassades dédiées à de nombreuses thématiques, SNCF au Féminin compte plus de 6000 membres.

1 Programme effectué en alternance pour accéder à des fonctions de manager de proximité