Crédit photo en-tête de page : Centre des archives historiques de SNCF

Les cheminotes, histoire d’une conquête

Depuis plusieurs décennies, nous menons une politique volontariste en faveur de la mixité et de l’égalité professionnelle. Aujourd’hui, les femmes représentent 20% de nos effectifs. Petite histoire de la lente féminisation des métiers du rail.

Une évolution à l’image du reste de la société

En 1866, 7,4% seulement des employés des compagnies ferroviaires, ancêtres de SNCF, étaient des femmes. Plus d’un siècle et demi après, elles occupent des postes dans toutes les filières et à tous les niveaux hiérarchiques. Plonger dans l’histoire de l’évolution de la place des femmes dans les chemins de fer donne une idée du chemin parcouru.

Éviter tout désordre dans les bonnes mœurs

Au 19e siècle, le travail féminin est vu d’un mauvais œil : les ouvriers craignent une concurrence et les femmes de la bourgeoisie tiennent à ce que leurs tâches de ménagères et d’éducatrices soient valorisées. On redoute aussi de compromettre la discipline et la morale avec la réunion de personnes des deux sexes dans des locaux communs. Pour toutes ces raisons, les femmes sont cantonnées au foyer.

Le développement du chemin de fer va changer la donne en augmentant les besoins en main d’œuvre. Les premières femmes employées par les compagnies ferroviaires sont des veuves d’agents restées sans ressources. Pour leur venir en aide, les directeurs des compagnies leur offrent du travail, faisant au passage des économies substantielles, le personnel féminin étant, à l’époque, sous-payé.

Garde-barrière, le premier emploi féminin

La plus emblématique des professions ouvertes aux femmes est celle de garde-barrière. Confié, à l’époque, aux épouses des poseurs chargés d’entretenir les voies, ce métier consiste à soit fermer les barrières d’un passage à niveau pour empêcher les véhicules de traverser à l’approche des trains, soit les ouvrir. Depuis, les femmes garde-barrières sont entrées dans la mythologie grâce au cinéma et à la littérature.

La révolution industrielle, une aubaine pour les femmes

Avec l’arrivée des femmes dans les chemins de fer, les compagnies découvrent qu’elles font une excellente affaire ; efficaces et sérieuses, elles ne boivent pas d’alcool et sont aussi résistantes physiquement que les hommes.

Si les femmes accèdent à de plus en plus de métiers, elles occupent surtout des fonctions liées à la propreté telles que « préposées à la salubrité des lieux d’aisance » dans les gares, ou aux tâches administratives comme les travaux de caisses et de bureaux. Elles sont aussi « receveuses de billets » (délivrance et comptabilité des billets), « factrices aux écritures » ou « bibliothécaires » (c’est-à-dire vendeuses de livres et de journaux).

Les deux guerres mondiales, en privant les compagnies de leurs hommes, feront bondir les effectifs avant de rechuter dès les conflits terminés. Elles ouvrent cependant un chemin dans les mentalités.

La lutte contre les disparités continue

Après la Seconde Guerre mondiale, les transformations amorcées sont profondes dans l’esprit féminin comme dans celui des gouvernants. La Constitution du 27 octobre 1946 garantit enfin aux femmes des droits égaux à ceux des hommes. Avec le droit de vote, les femmes acquièrent un nouveau statut civil et politique. Mais ce n’est qu’à l’aube des années 1960 que l’activité féminine explose véritablement.

Au sein de SNCF, le cœur du système ferroviaire, le monde de la traction et de l’exploitation, des dépôts, des cabines d’aiguillage, et les postes de haute responsabilité s’ouvrent aux femmes vers la fin du 20e siècle. Encore aujourd’hui, le taux de féminisation masque de vraies disparités : les femmes sont surreprésentées dans les métiers commerciaux et les fonctions transverses et restent sous-représentées dans les métiers de conduite ou à la SUGE (sûreté ferroviaire).

En 2012, le réseau SNCF au Féminin a été créé afin de promouvoir la mixité et le recrutement dans les domaines techniques et combler les disparités. Premier réseau féminin d’entreprise en France, il compte, en 2019, 7500 membres.
Du 11 au 28 juin 2019, il est parti à la rencontre des salariés SNCF à bord d’un train expo consacré à la mixité des métiers et à la lutte contre le sexisme.

Parmi nos pionnières…

Au sein de SNCF, tout au long de ces décennies, nombreuses furent les pionnières qui ont su mettre un pied dans la porte, ouvrir la voie jusqu’à parfois, briser le fameux plafond de verre en accédant à des hauts postes hiérarchiques. Si la plupart restent méconnues, d’autres ont vu leur noms devenir indissociables de l’histoire de notre groupe ferroviaire. Parmi elles, nous pouvons citer :

Blanche Le Thessier, 1ère femme cadre supérieure

Née en 1897, Blanche Le Thessier est centralienne, ingénieur des Arts et Manufactures et licenciée ès sciences et en droit. Lorsqu’elle part à la retraite en mai 1953, en tant qu’ingénieure en chef à la Division des Études de voitures et wagons, elle est la seule femme fonctionnaire supérieure de SNCF.

Sylvie Guedeville, 1ère femme conductrice de TGV

L’accession à ce type de métier fut permise par Valéry Giscard d’Estaing en 1976, lorsqu’en tant que président de la République, il mit fin à l’interdiction faite aux femmes d’accéder au travail en 3 X 8. Sylvie Guedeville entre dans l’entreprise en 1981 et devient l’une des deux premières femmes aide-conducteur en 1983. Le 22 décembre 2004, elle franchi un nouveau cap :  première femme aux commandes d’un TGV lors d’un trajet inaugural entre Saint-Pierre-des-Corps et Paris.

Mireille Faugère, 1ère femme directrice d’une grande gare

Douze ans après son entrée dans l'entreprise ferroviaire, Mireille Faugère est nommée directrice de la gare Montparnasse. En 1991, elle devient la première femme à accéder à ce type de responsabilité. Elle est également à l’origine de voyages-sncf.com, lancé en juin 2000. En quelques mois, le nouveau site s’impose comme un leader du e-commerce en France.

Anne-Marie Idrac, 1ère femme présidente de SNCF

En 2006, Anne-Marie Idrac succède à Louis Gallois. L’ancienne secrétaire d'État aux Transports devient la première femme à présider SNCF mais aussi la première vice-présidente de l’Union internationale des chemins de fer (UIC). Sa présidence est notamment marquée par la réforme du régime spécial de retraite des cheminots et la mise en place du service minimum.