Crédit photo en-tête de page : Maxime Huriez / SNCF

Christine Montecot : Il faut affirmer « j’ai le droit d'être là »

Cette cheffe de projet infrastructure chez SNCF Réseau a gravi les échelons en luttant contre son propre sentiment d’imposture. Elle détaille pour nous les manières de permettre aux femmes de s’affirmer pour briguer des postes traditionnellement occupés par des hommes.

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Pouvez-vous nous présenter votre métier ?

Je suis adjointe chef de projet à l’Agence projets Bretagne-Pays de la Loire de SNCF Réseau. Le ou la cheffe de projet représente la maîtrise d’œuvre « générale », et chapeaute donc les études réalisées par les bureaux d’études (maîtrise d’œuvre « études ») et les travaux réalisés par la maîtrise d’œuvre « travaux », et les entreprises.

Quelles sont vos principales missions ?

Dans ma structure, nous avons en charge des projets d’investissement (donc co-financés) sur le réseau ferré de la région : suppressions de passage à niveau, renouvellements de voie, d’ouvrages d’art, de signalisation, et accessibilité dans les gares, par exemple. Pour ces projets, une équipe est montée, qui comprend une maîtrise d’ouvrage, une maîtrise d’œuvre et des entreprises.

Ainsi, je rends compte à la maîtrise d’ouvrage de l’avancement des études et des travaux et je la conseille dans les choix techniques qui se posent. Je suis responsable pour la maîtrise d’œuvre du triptyque coût-programme-délai, et, donc, du bon déroulement des études et des travaux conformément à la commande de la maîtrise d’ouvrage et des financeurs.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

J’ai toujours été attirée par les métiers techniques. Je suis entrée à la SNCF par la porte « sécurité circulation », et j’ai essayé très tôt de rejoindre les travaux. N’ayant pas de bagage théorique suffisant pour atteindre des postes en établissement tout en poursuivant une carrière satisfaisante, la gestion de projet m’est apparue comme une bonne solution pour atteindre mon objectif. L’opportunité s’est présentée de travailler sur un projet sur lequel j’ai pu mettre en œuvre des compétences que j’avais acquises dans mes postes précédents, ce qui m’a permis d’accéder ensuite au poste que j’occupe actuellement.

Quelles sont pour vous les clés de la réussite ?

Identifier ses acquis et capitaliser dessus, les mettre toujours en valeur. Croire qu’on peut toujours plus que ce qu’on imagine au premier abord, pour s’autoriser à accéder à des postes malgré un éventuel manque de compétences (qu’il soit réel ou imaginé). Saisir les opportunités et voir les portes ouvertes (ou entrouvertes). Et puis il faut faire exploser le complexe de l’imposteur, et dire : « j’ai le droit d’être là ». Il suffit de regarder autour de soi pour voir des dizaines de personnes qui semblent ne pas être à la « bonne » place et qui pourtant sont heureuses et/ou progressent et/ou sont reconnues.

Pouvez-vous témoigner de l’ambiance entre les hommes et les femmes dans votre entité ?

Dans mon entité, l’ambiance est parfaite. Ma hiérarchie est tellement en phase avec les sujets d’égalité qu’elle ne laisse aucune place à des comportements, remarques ou autre qui pourrait s’y opposer. La manière de manager est essentielle et les valeurs profondes de la hiérarchie semblent être un moyen très efficace pour lutter contre les inégalités. Sans même devoir lutter, en fait…

Avez-vous souffert de stéréotypes de genre durant votre carrière ?

J’ai été confrontée, avant de rentrer à la SNCF, à un comportement qu’avec le recul je peux aujourd’hui qualifier de harcèlement sexuel, et qui m’a fait quitter l’entreprise.

Dans une autre structure, mais toujours avant la SNCF, j’ai aussi ressenti des stéréotypes de genre dans la mesure où il était très difficile pour une femme d’accéder à des postes techniques, la crédibilité des femmes étant limitée à la communication, au secrétariat et au tourisme… Depuis que je suis à la SNCF, tant à la Circulation qu’aux Voyageurs ou à l’Infra, je n’ai jamais ressenti de stéréotype majeur à mon égard. Les seules situations désagréables liées à mon poste, je les rencontre dans les chantiers avec les entreprises prestataires. Certaines personnes me prennent de haut sur les chantiers : ça ne dure pas longtemps !

Qu’en est-il de la mixité dans votre secteur d’activité ?

Au sein de l’Agence, il y a beaucoup de femmes, mais la moyenne cache de grandes disparités : on trouve des femmes en maîtrise d’ouvrage, y compris sur des projets importants, et les postes fonctionnels sont féminins à 100%… En revanche en maîtrise d’œuvre, je suis la seule, et je ne suis qu’adjointe… Plus c’est technique et lié à des travaux, moins c’est mixte, et je suis presque toujours la seule femme dans les réunions ou sur les chantiers.

Qu’est-ce qui vous a conduite à adhérer au réseau SNCF au Féminin ?

La volonté de témoigner, de dire qu’il est possible de suivre le chemin de ses envies et de développer ses compétences. Mais aussi l’envie de partager les réussites et les échecs, de développer un réseau de parole d’égalité, de force, d’énergie, de sororité, y compris avec des hommes.

Que représente pour vous ce réseau au sein de l’entreprise ?

C’est un réseau de dialogue et de partage en bienveillance, mais aussi un réseau de vigilance et d’énergie. C’est tellement agréable de vivre sur le temps du travail la bienveillance et la liberté, l’ouverture d’esprit et l’entraide, l’amitié et la sororité. Plus un groupe est nombreux plus il est fort, plus ses propositions et ses débats sont riches, plus sa vigilance peut s’exercer finement.

Pour développer la liberté de chacun d’accéder à son rêve, il faut donner à tous la possibilité de tout imaginer. Et donc la possibilité de se projeter, en tant que femme, homme… ou autre.

Christine Montecot

 

Pour vous, quelle est la principale valeur ajoutée d’une entreprise prônant l’égalité et la mixité ?

La garantie de l’apport de tous et toutes à l’efficacité de l’entreprise. La contribution à un monde plus libre.

Que diriez-vous à des personnes curieuses de découvrir votre métier ?

Mon métier est passionnant parce qu’il met en valeur une grande diversité de compétences et parce qu’il permet de travailler avec de très nombreuses structures avec chacune leur fonctionnement et leurs contraintes. C’est à la fois riche et très humain.

Quels conseils donneriez-vous à votre « vous du passé », et à votre « vous du futur » ?

À mon « moi du passé », je dirais d’oser plus, de croire plus en elle, de ne pas se reposer sur ce que les autres disent, mais de s’écouter. Qu’il faut oublier le cadre dans lequel les autres semblent vouloir vous faire rentrer pour mieux se trouver et donc de mieux trouver les autres.
À mon « moi du futur », je dirais qu’on n’a jamais fini d’oser, que c’est un chemin de vie. Et qu’il faut cultiver la bienveillance avec soi-même et s’autoriser à rester loin de la perfection imaginaire.

Comment faire avancer les sujets comme le sexisme, la mixité et l’égalité selon vous ?

J’ai découvert que la contrainte était nécessaire à certains et certaines pour faire bouger les choses : alors usons-en. Ensuite, la base, c’est l’école et les études, par l’exemple, toujours l’exemple, et le témoignage. Montrer les femmes, partout et tout le temps, en premier lieu dans les livres scolaires et les revues pour enfants. Et montrer aussi les hommes sur des métiers moins occupés par des hommes. Montrer les femmes dans les films et les séries. Pour développer la liberté de chacun d’accéder à son rêve, il faut donner à tous la possibilité de tout imaginer. Et donc la possibilité de se projeter, en tant que femme, homme… ou autre.