Estelle Diasio rétablit le courant entre les sexes

Estelle Diasio est dirigeante d’Unité Télécom chez SNCF Réseau. Après des études de technicienne en télécom, elle intègre SNCF Réseau en 1997. En 20 ans de carrière, Estelle a fait évoluer les mentalités en devenant un élément indispensable des unités strictement masculines qu’elle intégrait.

Avant de devenir manager d’équipes techniques, vous étiez vous-même technicienne. Qu’est-ce qui vous a motivé à monter en compétences dans ce domaine ?

Mon père travaillait dans des mines. Il était donc très bricoleur et m’a transmis cet intérêt pour le travail manuel. J’ai choisi cette carrière car, enfant, je voulais piloter un hélicoptère. N’ayant pas les moyens de m’offrir les cours de pilotage, j’ai choisi une carrière se rapprochant le plus possible de mes centres d’intérêt : les télécoms.

Lorsque j’ai commencé à chercher du travail, il y a un peu plus de 20 ans, on ne prenait pas de femmes techniciennes dans les entreprises. C’est par hasard que SNCF a croisé mon chemin, lors d’un salon professionnel. Je n’avais pas l’intention de candidater, et pourtant la personne en charge du stand s’est intéressée à moi et m’a proposé des tests et un entretien, suite auxquels j’ai suivi une formation de 3 ans. Puis, un premier poste m’a été proposé : adjointe en signalisation électrique.

J’étais la première femme du service. Il y avait 3 femmes dans la promotion nationale dont je faisais partie, les 2 autres ont choisi des carrières plus administratives alors que je préférais le terrain. J’ai ensuite gravi les échelons. J’adore la relation humaine. Le milieu de la technique et des chantiers est très solidaire. Quel que soit votre sexe, c’est une relation très égalitaire.

Avez-vous rencontré des obstacles pendant votre parcours ? Quels sont les plus marquants ?

Je n’ai pas rencontré de gros obstacles. Il est vrai que mes collègues ne m’ont pas ménagée lorsque je suis arrivée. Ils m’ont traitée comme l’une des leurs, ce qui pouvait s’avérer compliqué lorsqu’il s’agissait de porter des objets lourds, mais j’ai répondu avec courage et humilité et j’ai vite gagné leur sympathie. Je pense que nous nous créons nos propres obstacles. En effet, nous sommes des femmes, nous sommes différentes. Des hommes peuvent se montrer maladroits avec nous mais c’est aussi à nous de les mettre à l’aise. Je tutoie mon directeur et on se querelle tout comme il le ferait avec un autre directeur d’Unité. Il n’a pas de précautions particulières à prendre à mon égard. Je suis sa collaboratrice au même titre que tous les autres, qui sont des hommes.

Vous managez des équipes d’hommes depuis des années, comment avez-vous assumé ces responsabilités au début ? La question de la légitimité s’est-elle posée ?

Mes équipes n’ont jamais eu de problème à recevoir des ordres de ma part parce que je suis une femme. Cependant, la condition était de toujours être au moins aussi compétente qu’eux, voire plus. Je devais faire preuve de justesse et de précision dans mes communications.

Comment avez-vous fait évoluer les mentalités pour assumer vos responsabilités sans contraintes ?

Mes différences sont devenues mes forces. C’est lorsque je suis partie que je me suis rendue compte qu’ils étaient contents de m’avoir. J’écoute énormément, je ne juge personne, je mets le facteur humain en première ligne tout en étant ferme. Quelle que soit la situation, je tente de rester positive et de transmettre cette énergie à mes équipes.

Comment maintenez-vous un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ?

Mon mari me soutient énormément, il s’occupe beaucoup de mon fils pour que je puisse à mon tour me consacrer à ma carrière.

De la même manière mon fils me soutient en communiquant énormément avec moi. Ils sont très à l’écoute et n’hésitent pas à me faire savoir lorsqu’ils ont besoin de moi, parce qu’il est vrai que mon travail est très prenant.

On a établi une règle car je ne suis pas souvent présente : le temps qui leur est imparti est sacré, je ne peux rien faire d’autre qu’être pleinement avec eux. C’est dur mais faisable, la clé de la réussite est la communication ainsi que la compréhension, car si je fais ça, si je travaille beaucoup, c’est avant tout pour ma famille.

Quel conseil donneriez-vous à une femme qui souhaite suivre le même chemin que vous au sein de SNCF ?

Rester elle-même, c’est très important. Il n’y a rien de pire que de vouloir se transformer en homme pour être son égal. On est différente, il faut positiver et aller au bout de ses rêves. Oser reste le maître mot de la réussite.