Crédit photo en-tête de page : Matthieu Raffard / SNCF

Le réseau SNCF Mixité fête ses dix ans

Il y a 10 ans, 2 000 femmes se sont regroupées pour créer le réseau SNCF au féminin. En 2022, il est devenu SNCF Mixité et réunit désormais 11 000 membres, dont 23% d’hommes. Retour sur le chemin parcouru avec Anne-Sophie Nomblot, la présidente de SNCF Mixité.

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Comment a commencé l’histoire du réseau ?

Anne-Sophie Nomblot : L’idée a germé en 2010. Quelques dirigeantes de la SNCF assistaient à un séminaire inter-entreprise sur un sujet visionnaire : «Oser être soi pour pouvoir agir». En rentrant elles se sont dit qu’il serait pertinent de faire quelque chose au sein de la SNCF sur le sujet. En 2011, elles ont construit le projet, puis en janvier 2012, Virginie Abadie-Dalle, sa première présidente, a lancé officiellement SNCF au féminin. Initialement, il a été ouvert à 2 000 femmes cadres de l’entreprise. Les premiers sujets abordés ont été par exemple le plafond de verre -c’est-à-dire le plafonnement des carrières des femmes lorsqu’il s’agit de grimper dans les échelons hiérarchiques- , la confiance en soi et le syndrome d’imposture – souvent ressenti par les femmes au travail.

Pourquoi le réseau s’est-il ouvert uniquement aux cadres à ses débuts ?

A.-S. N. : C’est une évolution classique, la plupart des réseaux féminins ont suivi ce schéma. Tout simplement parce qu’il est plus facile de se réunir lorsqu’on maîtrise son agenda, ce qui est plus le cas pour les cadres que pour les collèges «Maîtrise» et «Exécution». Il y avait aussi l’enjeu de faire monter les femmes en compétence jusqu’aux conseils d’administration et de surveillance (dans les grandes entreprises), puisque la loi Copé Zimmerman, adoptée le 20 janvier 2011, imposait des quotas de femmes dans ces instances. Par la suite, le réseau s’est ouvert petit à petit aux femmes des collèges «Maîtrise» et «Exécution», puisqu’elles sont tout aussi concernées par les sujets de mixité, et aux hommes.

Quelles sont les plus grandes réussites du réseau au cours des dix années passées et ce qu’il reste à accomplir, selon vous ?

A.-S. N. : Il y a deux réussites symboliques qui disent bien l’action du réseau. Tout d’abord, nous avons participé à créer des tenues techniques pour les femmes, ce qui manquait jusqu’alors. Ensuite, l’une de nos actions phare, le mentorat, dont le succès ne se dément pas : il est recommandé à 96% par les personnes qui y participent, mentor ou mentorées*. Cela montre le rôle de transmetteur qu’assure SNCF Mixité. Une transmission nécessaire, qui va au-delà des organisations et des niveaux hiérarchiques. Le réseau permet ainsi de s’interroger sur des pratiques existantes. C’est ce qui s’est passé pour les tenues, mais aussi pour la Boutique Eco (plateforme d’échange de matériel de bureau au sein de la SNCF) et la démarche OptiMixte (outil de diagnostic interne aux établissements sur l’égalité femmes-hommes) qui sont nées de collectifs composés de personnes venues d’horizons différents, et qui ont trouvé des solutions inédites. Par le biais de la mixité, on remet en cause des choses qui semblent inamovibles. Et qui concernent toute l’entreprise.

*Le mentorat (mentoring en anglais) désigne une relation interpersonnelle de soutien, une relation d'aide, d'échanges et d'apprentissage, dans laquelle une personne d'expérience, le mentor, offre sa sagesse acquise et son expertise dans le but de favoriser le développement d'une autre personne, le mentoré, qui a des compétences ou des connaissances à acquérir et des objectifs professionnels à atteindre.

Quelles sont les orientations pour les dix prochaines années de SNCF Mixité ?

A.-S. N. : Avec la DRH, nous travaillons sur deux thématiques principales : la mixité dans le recrutement, puisque celle-ci est en baisse (le nombre de femmes recrutées en 2021 était de 18,5%), et la lutte contre le sexisme et le harcèlement. Car pour travailler il faut une ambiance de travail saine. SNCF Mixité a un rôle-clé : diffuser la culture de l’égalité, mais aussi conseiller dans des situations où il y a des stéréotypes ou du sexisme par exemple.

Sur le sujet du recrutement : nous travaillons sur les stéréotypes à l’orientation : comment donner aux filles de s’orienter vers les métiers techniques, et ce dès le collège ? Sur le fond, cela va avec l’ensemble de la trajectoire mixité, qui est la stratégie de la SNCF sur le sujet : il s’agit de recruter plus de femmes, et de faire en sorte qu’elles aient les mêmes chances que les hommes, en luttant contre le sexisme.

Quel est votre souhait pour l’avenir du réseau ?

A.-S. N. : Je souhaite qu’encore plus de membres nous rejoignent et participent aux évènements du réseau, pour comprendre les enjeux, prendre conscience de ce qui a déjà évolué et de ce qu’il reste à faire et agir au quotidien. La mixité est d’abord un enjeu de justice sociale, c’est également un enjeu de performance et de transformation. La raison d’être SNCF («Agir pour une société en mouvement, solidaire et durable») évoque une société en mouvement. Or la mixité est l’une des composantes essentielles de cette «société en mouvement».

Le réseau SNCF Mixité en chiffres

  • 11 000 membres dont 23% d'hommes
  • 31 ambassades dont 21 régionales, 7 métiers et 3 dans les filiales
  • 7 000 personnes formées contre le sexisme
  • 600 binômes de mentorat
  • 60 réseaux d'entreprises partenaires