Des femmes en milieu masculin

"Moins de droit à l’erreur", "plus de pression"… Les conditions de travail dans les milieux très majoritairement masculins sont souvent plus difficiles pour les femmes. À l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes, le 8 mars, la Newsroom se penche sur la mixité chez SNCF.

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"J’ai déjà mouché quelques voyageurs"

Laëtitia Thomé, conductrice, Établissement Traction Alpes

Je suis conductrice de ligne depuis octobre 2014, et aussi la première (et seule pour le moment) femme depuis la création de la ligne du Mont-Blanc express. Dans l’ensemble, j’ai été plutôt bien accueillie. Les anciens ont montré des réticences, mais je peux le comprendre. En cas d’incident, c’est plus difficile pour les femmes, il n’y a pas de doute. On a une pression plus importante. Cependant, j’ai aussi eu beaucoup de compliments et d’encouragements.

Aujourd’hui, la situation est apaisée avec les collègues, mais ce sont parfois les clients qui font des remarques plus que désobligeantes. Comme il n’y a qu’une vitre qui nous sépare, j’ai eu l’occasion d’en moucher deux ou trois, en leur disant "si ça vous dérange d’être conduits par une femme, vous pouvez descendre et attendre le prochain train dans une heure, il sera conduit par un homme" ça les calme, en général ! Mon passé professionnel, dans le paysagisme et les remontées mécaniques, m’a habituée aux environnements majoritairement masculins.

NDLR : Laëtitia Thomé aura bientôt des missions supplémentaires de gestion du personnel et du matériel moteur.

"Je suis très satisfaite de m’être orientée vers la maintenance"

Fabienne Levêque, responsable d’équipe installation, outillage et travaux extérieurs au technicentre de Chambéry (Savoie)

Depuis six ans, je dirige une équipe de sept hommes au technicentre de Chambéry. Ils sont chargés de la maintenance liée à la production, des travaux sur les bâtiments et de la dotation des outillages aux agents intervenants sur les locomotives. Je suis également correspondante pour le patrimoine et pour l’environnement pour le traitement des déchets du site. À mon arrivée, ma crainte était de ne pas avoir suffisamment de connaissances en mécanique et électricité mais j’ai pu compter sur l’expertise de mon équipe pour en apprendre plus dans ces domaines. Grâce à mes compétences managériales et mes connaissances dans la gestion de travaux acquises d’expériences professionnelles passées, quelques mois d’adaptation ont suffi pour me sentir à l’aise. Issue d’une formation commerciale, je suis très satisfaite de ce virage professionnel et de la richesse de mes missions. J’ai appris comment fonctionne une locomotive, l’existence de chevalet de levage et de plaque tournante et j’en sais un peu plus sur les travaux électriques. Je crois que je n’aurais pas appris tout ça ailleurs ! Je suis aussi fière de travailler dans la plus grande rotonde de France, classée monument historique, dans laquelle nous organisons des journées portes ouvertes. Je pense que mon côté maternel facilite le relationnel dans cet environnement masculin.

"Les métiers techniques intéressent peu les filles"

Christelle Romeo, responsable de la démarche amélioration continue au technicentre de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire)

Ça fait 30 ans que je suis à la SNCF, j’ai longtemps travaillé dans des ateliers où j’étais la seule femme de l’équipe. Au début c’était assez compliqué. J’ai par exemple été confrontée à un chef qui disait que les femmes n’avaient rien à faire dans un atelier. Rencontrer des personnes misogynes m’a motivée pour passer des examens internes et évoluer dans l’entreprise. Aujourd’hui, nous sommes cinq femmes sur environ 160 personnes dans mon atelier. La volonté d’embaucher des femmes existe mais il est difficile de les recruter car elles ne postulent que très peu pour des métiers techniques. Parfois je participe à des forums de présentation des métiers dans un collège, afin de renverser un peu cette tendance, mais j’observe que les filles ne sont pas spécialement intéressées de prime abord par les métiers techniques.

Les femmes et les hommes de SNCF en 2018

  • 20,4% de femmes salariées dans l'entreprise, soit 29 308
  • 19% des personnes recrutées sont des femmes
  • 6,6% de femmes à la traction, contre 4,4% en 2012
  • 10,1% de femmes à la Suge, contre 8,2% en 2012
  • 12,7% de femmes à la Circulation, contre 9,5% en 2012