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Achats responsables : «Peu d’entreprises peuvent soutenir la comparaison»

Lorsqu'elle se fournit en produits et services, la SNCF applique de plus en plus de critères de sélection bénéfiques pour la société, l'environnement et l'économie des territoires. Le point sur la politique d’achats responsables du groupe.

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C’est un sujet qui monte, mais ce n’est pas un sujet nouveau. Développée depuis plus d’une dizaine d’années à la SNCF, la politique d’achats responsables consiste à prendre en compte des aspects autres que réglementaires ou financiers lors de la commande de services et de produits nécessaires au fonctionnement du groupe. Chaque année, l’entreprise dépense 12 milliards d’euros en achats (17 milliards si l’on inclut Geodis et Keolis), soit la moitié de son chiffre d’affaires. «Il serait inconcevable que pour un montant aussi important l’entreprise ne se soucie pas de la dimension sociétale et environnementale de ses achats» dit Fabrice Morel, directeur délégué Stratégie à la direction des Achats groupe, en charge des Achats Responsables.

 

La politique d’achats responsables de la SNCF

La politique d’achats responsables de la SNCF

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Une politique reposant sur des actions variées

La politique d’achats responsables s’applique à toutes les catégories de commandes, qu’il s’agisse de matériel roulant, de travaux d’infrastructure ferroviaire ou de bâtiment, de prestations de main d’œuvre (nettoyage ou sécurité, par exemple), de services informatiques ou de fournitures en tout genre. Elle se décline en actions très diverses : réduire et respecter les délais de paiement, notamment auprès des petites et moyennes entreprises (PME), assurer une répartition équilibrée des achats sur l’ensemble du territoire, c’est-à-dire ne pas les concentrer auprès de grands groupes ou d’entreprises exclusivement parisiennes, ou encore ne pas recourir aux entreprises étrangères quand c’est possible. Autre volet : acheter auprès du secteur de l’économie sociale et solidaire, qu’il s’agisse des structures d’insertion par l’activité économique ou de travail protégé et adapté.

«Il s’agit aussi de s’assurer que l’ensemble des engagements de l’entreprise en matière de respect des droits humains, de lutte contre la corruption, de parité femmes-hommes, de respect des obligations environnementales et de réduction des gaz à effet de serre soient également pris en compte et respectés par tous nos fournisseurs et leurs sous-traitants. C’est ce qu’on appelle le devoir de vigilance», ajoute Fabrice Morel.

Enfin, les Achats contribuent à la politique du groupe en matière de réduction des déchets ou de développement de la production d’énergie d’origine photovoltaïque. Fabrice Morel : «Dans ce domaine, nous venons en appui d’entités comme SNCF Immobilier ou SNCF Gares & Connexions, qui cherchent à décarboner leurs bâtiments».

Un instrument-clé, les critères de notation des offres

Les achats de produits et services sont soumis aux règles de la commande publique, qui comprennent notamment des principes de transparence et d’égalité de traitement des fournisseurs. La SNCF ne peut donc pas faire ce qu’elle veut en la matière, mais elle peut jouer sur une étape clé dans une mise en concurrence avant la passation d’un marché : le processus de notation. Fabrice Morel : «Jusqu’à il y a quelques années, la notation c’était essentiellement une pondération entre une note financière et une note technique. Aujourd’hui, toutes les pondérations de nos nouveaux marchés comportent une part de responsabilité sociétale et environnementale (RSE) de 20%», alors qu’on estime à environ 10% en moyenne la part qui y est accordée par les grands groupes français. Le choix de la SNCF, cumulé au faible impact environnemental de ses activités, lui a déjà permis de bénéficier de taux d’intérêt préférentiels lorsqu’elle a emprunté sur les marchés financiers.

La liste des critères RSE est adaptée de manière fine à chaque famille d’achats voire à chaque marché : critères environnementaux ou critères d’inclusion pour les achats de matériel ou de travaux, modes de déplacement des consultants pour les prestations intellectuelles, ou encore réduction de l’empreinte écologique en ce qui concerne les systèmes informatiques. Pascal Décary, directeur des Achats groupe, précise : «Attribuer une part de 20% minimum aux critères RSE ne veut pas dire qu’on va diminuer l’impact financier : l’acheteur va continuer de faire son travail, qui est d’acheter et de négocier.»

Autre exemple d’intervention sur les critères de notation, la limitation à 50% de la note financière sur les marchés de propreté (nettoyage du matériel roulant, propreté des gares & locaux), pour lesquels la main d’œuvre peut représenter jusqu’à 95% des coûts. Aller au-delà de 50% ne serait pas conforme aux objectifs RSE du groupe en matière d’éthique. «Ce n’est pas cela qui nous permettra de faire des économies. Les économies, on va les faire en arrêtant de spécifier trop de détails dans nos appels d’offres et en achetant à notre juste besoin. Là, les économies se comptent par centaines de millions d’euros», souligne Pascal Décary.

Par ailleurs, dans le respect des règles de la commande publique, la SNCF s’efforce de se fournir auprès d’entreprises payant des impôts et des taxes en France. Pascal Décary : «L’argent dépensé par la SNCF, financée en partie par l’impôt, doit rester dans l’économie française, même si on ne peut atteindre un taux de 100%». La question du choix des fournisseurs répondant à cette exigence se pose par exemple en matière de services informatiques. Fabrice Morel : «On doit être attentif, en tant que grand groupe bénéficiant d’argent public, à ne pas être dépendants des acteurs qui ne sont pas des champions nationaux ou européens».

À l'heure de la concurrence, un atout pour un groupe fortement implanté dans les territoires

La contribution à l’économie locale est un autre volet majeur des achats responsables. En novembre 2020, la Direction des Achats Groupe a lancé les Rencontres territoriales fournisseurs. L’événement s’est déjà tenu dans les Hauts-de-France, en Grand Est et en Auvergne-Rhône-Alpes, et sera organisé dans chacune des régions de France.

Réunissant (en distanciel pour le moment) l’ensemble des sociétés et entités du groupe présentes sur le territoire dans un esprit «Tous SNCF», ces forums permettent à l’entreprise d’élargir et de renouveler sa base de fournisseurs locaux. Surtout, elles visent à expliquer aux entreprises quels sont les enjeux et les besoins du groupe, afin qu’elles puissent anticiper et se positionner. Fabrice Morel : «C’est aussi offrir une porte d’accès à la SNCF, qui est une sorte de mastodonte, qui peut avoir des process lourds, qui peut être une boîte intimidante», notamment pour les PME locales. Toutes les entreprises participantes se voient donc présenter les interlocuteurs SNCF pour chaque type de marché.

Ces rencontres, qui réunissent chaque fois plusieurs centaines de participants, témoignent du fait que les dépenses de la SNCF contribuent grandement à l’activité de l’ensemble des territoires.

«On n’est pas qu’un simple opérateur, on est bien plus que ça au travers de ce qu’on met au quotidien dans l’économie. Cela, il faut le faire savoir. Et en matière de RSE, peu d’entreprises peuvent soutenir la comparaison avec ce qui se passe à la SNCF.» Pascal Décary

Les Achats Responsables constituent d’ailleurs un atout dans le cadre de l’ouverture à la concurrence, d’autant que les autorités organisatrices peuvent inclure la RSE dans leurs critères de notation (10% dans les appels d’offres de la Région Sud).

Pour tirer le meilleur de cet avantage, l’entreprise se mobilise. «Par le biais du système de notation des offres fixant les critères RSE à 20%, on est en train d’insuffler un changement culturel, souligne Fabrice Morel. Les achats responsables c’est un effort de longue haleine à la direction des Achats Groupe et dans les directions des Achats en général. Cela a été soutenu par un gros travail de formation : nos acheteurs bénéficient tous de formations dispensées par l’Université des Achats, car c’est une matière qui ne s’improvise pas.»