Crédit photo en-tête de page : Sébastien Godefroy

Exceptionnellement ouvert : le "bunker" de la gare de Paris-Est

Créé à la veille de la seconde guerre mondiale pour continuer à faire circuler les trains, même en cas d’attaque au gaz, le "bunker" situé sous la gare de Paris-Est est normalement fermé au public. Il est exceptionnellement ouvert pour les Journées européennes du patrimoine, les 21 et 22 septembre.

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On y accède par une trappe fermée à clé, placée sur l’une des voies de la gare de Paris-Est. Après une volée de marches, le visiteur arrive à une porte complètement étanche qui débouche sur un espace puis une deuxième porte du même acabit. Il s’agit d’un sas de décontamination. En effet, l’installation de 110 m2 a été spécialement construite pour faire face aux attaques aériennes, notamment aux gaz qui ont sévi pendant la première guerre mondiale et fortement marqué les pouvoirs publics.

La fonction du "bunker" est d’abriter une activité ferroviaire et essentielle aux opérations : le commandement et la régulation du trafic sur toute la région de l’Est, d’une part, et dans l’ensemble des voies de la gare, d’autre part. Le terme de bunker est d’ailleurs impropre puisqu’il n’est pas fortifié. Il s’agit ici d’un abri "actif", commandé en avril 1939 par les autorités militaires, et terminé en novembre 1941.

Pédaler pour respirer

Le dédale souterrain compte ensuite onze salles, chacune ayant une fonction. D’un côté, les deux salles réservées au commandement, et les quatre salles dédiées à la régulation des trains ; de l’autre, les trois salles qui leur donnent les moyens de fonctionner : énergie, soufflerie, central téléphonique, précédées d’une antichambre pour le surveillant. Un groupe électrogène, des piles et accumulateurs ont été installés pour que 50 personnes puissent travailler et respirer 10 heures durant dans l’abri, sans remplacement de l’air ambiant. Mais aussi, pour remplacer ces équipements, des bicyclettes fixes qui permettent de produire l’électricité nécessaire à la ventilation et au filtrage de l’air.

Les personnes prévues dans le bunker sont des militaires et des cheminots. En effet, en temps de guerre, la SNCF et son personnel sont mis à la disposition du commandement militaire qui prend les décisions relatives au trafic. Sous l’Occupation, elles sont remplacées par une direction allemande. A partir de l’armistice du 22 juin 1940, les moyens de transport, donc la SNCF, sont sous les ordres de la direction militaire allemande des transports en zone occupée. Les cheminots allemands doublent dans les bureaux de direction leurs confrères français, prêts à reprendre directement en main la circulation quand il s’agit de transports de troupes allemandes.

A-t-il été utilisé ?

C'est la grande question. Le doute subsiste, car, outre l’état parfait des installations, aucun témoignage ne nous en est parvenu, aucun graffiti ou marque d’usure. Les inscriptions allemandes montrent que les occupants l’avaient préparé pour leur usage.

Après le démantèlement des abris semblables de Paris-Lyon (début des années 1980), Paris-Nord, Paris-Saint-Lazare (2007), l’abri de Paris-Est représente donc un patrimoine unique. Il n’a jamais été réutilisé comme lieu de stockage ou dépôt d’archives et a donc conservé l’intégralité de ses équipements.

L’abri est ainsi un musée des techniques de production de l’électricité, de ventilation et de filtrage, de mesure de la qualité de l’air, et des télécommunications. Tout son équipement est dans son état d’origine. Patrimoine fragile, le bunker de Paris-Est ouvert au public à titre exceptionnel. Une visite virtuelle est proposée en gare de Paris-Est, destinée en priorité aux personnes ne pouvant se rendre dans les sous-sols.