Crédit photo en-tête de page : Philippe Fraysseix

Violences sexuelles et sexistes, une responsabilité d’entreprise

Anxiété, dépression, mais aussi crises d’épilepsie ou diabète… Tout cela peut être le résultat de violences sexuelles, qu’elles soient perpétrées dans le cadre de l’entreprise ou intrafamilial. Quant au sexisme de tous les jours, il engendre entre autres mal-être et perte de confiance en soi. SNCF se penche sur la question le 12 mars pour sensibiliser ses managers aux mécanismes de ces violences.

Le programme du 12 mars

 

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Vidéo : Une journée SNCF contre les violences sexistes et sexuelles

Libérer la parole

Autre raison de s’inquiéter appuyée par de nombreux experts : le nombre de signalements, très inférieur à la réalité. C’est l’une des raisons qui a poussé SNCF à organiser cette journée. Les moyens de tirer la sonnette d’alarme existent, comme l’a souligné Guillaume Pepy : prévenir son manager, l’Action sociale, SNCF au féminin, l’Ethique ou les organisations syndicales. Cependant, la honte qui atteint les victimes les isole et les empêche souvent de parler, comme l’a évoqué le psychiatre Wissam El Hage.

Nouvelle loi contre le harcèlement

Le gouvernement, et en particulier la Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, s’attaquent également au problème. Depuis le 1er janvier 2019, la Loi Avenir professionnel oblige les entreprises de plus de 250 salariés de mettre en place des référents, formés en matière de violences sexistes et sexuelles. Elles doivent aussi afficher les actions contentieuses civiles et pénales ouvertes en matière de harcèlement sexuel, ainsi que les coordonnées du défenseur des droits. L’un des référents en matière de harcèlement sexuel est la direction de l’Ethique. Depuis 2011, cette direction dispose d’un système d’alerte professionnelle que peuvent déclencher les victimes de violences ou les témoins directs. Les recommandations délivrées après enquête par l’Ethique peuvent aller jusqu’au conseil disciplinaire, donc au licenciement, comme le rappelle Céline Debove-Postel, directrice adjointe de l’Ethique et de la Déontologie.

"La blague sexiste n'est pas anodine"

S’il est moins grave que les violences sexuelles, le sexisme y est directement lié, comme l’explique Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’Egalité professionnelle entre les femmes et les hommes : "La blague sexiste apparemment anodine, racontée à la machine à café autorise les comportements de prédateurs". A l’instar de l’humour, le sexisme peut revêtir une forme faussement bienveillante avec les formules bien connues comme "ma belle", "ma poule", etc. D’autres formes existent : incivilité et mépris, qui permettent d’interrompre les collaboratrices lors des réunions, fausse séduction, considérations sexistes sur la maternité, etc.
Tous les types de sexismes ont le même effet : disqualifier les femmes sur le marché du travail.

SNCF a mesuré les effets du sexisme dans plusieurs baromètres, réalisés en 2015 et en 2017 (article du Parisien 23/02/2018). "On s’est alors rendu compte qu’on n’était pas si bons que ça à la SNCF", déclare Catherine Woronoff-Argaud, responsable des politiques diversité et mixité. Même si plusieurs outils existent (lire vidéo ci-dessus).

Patrick Jeantet, président de SNCF Réseau, est aussi conscient du problème : "30% des femmes chez SNCF Réseau perçoivent de la discrimination. Dans un monde à grande majorité masculin (13% des salariées de Réseau sont des femmes) il faut penser à l’Autre. Chez SNCF Réseau, il faut généraliser les vestiaires, douches et toilettes pour femmes. En 2018, nous avons créé des vêtements de travail adaptés à la morphologie féminine. En 2019, nous allons expérimenter les sanitaires mobiles pour les femmes."

Francesca Aceto, présidente de SNCF au féminin, évoque à cette occasion le micro-learning développé pour résister au sexisme de tous les jours. "De nombreuses femmes l’ont suivi, mais aussi des hommes, afin de mieux savoir de quoi il s’agit", témoigne-t-elle.

Un directeur d’établissement en région parisienne est venu se renseigner sur un sujet qui l’intéresse depuis longtemps. "Le sexisme est un mécanisme d’une complexité infernale. J’arrive maintenant à le détecter chez les autres, mais pas forcément chez moi. Je suis moins sexiste que je l’ai été, mais c’est un long chemin. Cette journée donne des repères et aide à la réflexion." Tout comme ce directeur d’établissement, de nombreux hommes sont présents*, et la salle est comble. Un premier pas vers la "vigilance collective", élément indispensable pour lutter contre les violences.

*Les interventions du 12 mars étaient retransmises sur dix sites dans toute la France.

Définition du harcèlement sexuel

Selon Maître My-Kim Yang-Paya, avocate et fondatrice de l’association "Avocats femmes et violences" : c’est le fait d’imposer, de façon répétée ou non, des propos ou des comportements à connotation sexuelle. Comme l’a rappelé Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail, spécialiste des violences sexistes et sexuelles au travail, la peine peut aller jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende. En cas d’attouchement, le délit se transforme en agression sexuelle et monte jusqu’à 5 ans de prison et 70 000 euros d’amende.