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« Donner de l’information à nos voyageurs pour qu’ils privilégient le transport le plus responsable et pratique »

Selon une étude de 20201, plus de 50% des Français déclarent manquer d’information pour adopter une consommation et des modes de vie plus responsable. Le comparateur de mobilité, lancé le 4 mars 2021 sur le site SNCF Connect, pourrait apporter une partie de la réponse. Éclairage avec Anne Pruvot, directrice générale de SNCF Connect & Tech.

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Qu’est-ce que le comparateur de mobilité ?

C’est un outil qui, pour un trajet donné, compare 5 moyens de transports en tenant compte de 3 critères : la quantité de CO2 équivalent (CO2e), le temps de trajet et le temps utile, c’est-à-dire le temps moyen dont dispose le voyageur pour faire une autre activité (lire, travailler, regarder un film, etc.). Les 5 moyens de transport comparés sont le train, l’autocar longue distance, la voiture, le covoiturage et l’avion.

Quelles sont les nouveautés de ce comparateur ?

Beaucoup de choses ont évolué dans la société. De nouveaux moyens de transport, comme le covoiturage qui était embryonnaire au moment où nous avions sorti une première version expérimentale d’un éco-comparateur en 2006, et l’autocar longue distance, qui n’existait pas.

Dans la forme, l’éco-comparateur demandait une démarche spéciale puisqu’il était sur une page en dehors du site de vente. Là, le comparateur de mobilité fait partie de SNCF Connect. C’est un outil d’information pour aider le voyageur à définir le mode de transport qui correspond à ses attentes, en fonction de trois critères : les émissions de CO2e, le temps de trajet lui-même, et le temps de trajet utile qui correspond au temps où l’on peut se concentrer sur une autre activité.

Le comparateur référence une soixantaine d’Origines-Destinations (OD) directes2. Il s’agit des OD qui représentent un tiers des demandes des voyageurs en 2019, soit plus de 36 millions de billets vendus sur SNCF Connect cette année-là. Nous mesurerons précisément comment les clients utilisent le comparateur, en analysant leur comportement sur le site et l’appli SNCF Connect. Nous organiserons régulièrement des ateliers avec des groupes d’utilisateurs qui nous feront leurs remarques pour faire évoluer ce comparateur. Par exemple, le critère de prix n’y figure pas pour le moment, car il dépend d’un très grand nombre de facteurs : la date d’achat, la saisonnalité, le moment du voyage, etc. Mais cela pourrait être amené à changer. Nous voulons répondre aux besoins d’information de nos clients et prospects qui déclarent vouloir choisir l’option durable, notamment dans leurs déplacements, cependant 50% d’entre eux estiment manquer d’informations à ce sujet, nous avons donc un rôle important à jouer.

Le comparateur prend-il en compte le bilan carbone de la construction de l’infrastructure ferroviaire ?

Nous adoptons la  méthodologie de calcul de l’Ademe dans laquelle les infrastructures, qu’elles soient ferroviaires, aéroportuaires ou automobiles, ne sont pas prises en compte. Ni la fabrication du « matériel roulant ou volant », train, avion ou voiture. Il est important d’adopter un langage commun pour pouvoir comparer les émissions. C’est aussi le mode de calcul adopté par la Direction générale de l'Aviation civile.

Méthodologie de calcul de l'Ademe

Mode de calcul adopté par la Direction générale de l'Aviation civile

Comment calcule-t-on cette empreinte carbone pour le train ?

On utilise un facteur d’émission de gaz à effet de serre adapté à chaque type de matériel : évidemment les rames TER diesel n’ont pas le même impact environnemental que le TGV qui utilise la traction électrique. De même, parmi les Trains à Grande Vitesse, le facteur d’émission ne sera pas le même que l’on parle d’un TGV INOUI ou d’un OUIGO, car le rapport nombre de kilomètres/nombre de kWh varie selon le moteur et la capacité du train. Ce n’est pas la même pour un OUIGO que pour un TGV INOUI par exemple. Ce facteur est ensuite multiplié par le nombre de kilomètres pour obtenir le résultat final de l’émission du trajet.

SNCF Connect & Tech souhaite s’inscrire dans une démarche responsable globale. Quels sont les autres projets ?

Notre cœur de métier, le digital, peut sembler à première vue peu impactant sur l’environnement comparé à d’autres secteurs. Or c’est un secteur énergivore, en effet, le numérique dépasse les émissions de gaz à effet de serre générées par l’aviation civile soit plus de 4% des émissions mondiales. C’est le cas par exemple des serveurs qui consomment de l’énergie pour leur fonctionnement mais aussi pour leur refroidissement. Pour réduire cette consommation, nous sommes engagés dans une démarche « Serverless » avec un programme « 100% cloud », qui consiste à mutualiser les capacités des serveurs avec d’autres entreprises. Historiquement, la tendance générale était de créer de gros serveurs capables de faire face aux pointes de réservation par exemple, or les pointes sont ponctuelles. Comme dans l’exploitation ferroviaire, où les trains sont conçus pour les pointes du matin et du soir, les capacités sont sous-employées le reste de la journée. Là, avec les serveurs mutualisés, nous pouvons « emprunter » de la capacité supplémentaire au moment des pointes sans avoir besoin de créer un nouveau serveur qui serait très énergivore.

« Autre point central : sensibiliser nos collaborateurs à un comportement responsable »

Nous accompagnons nos collaborateurs pour adopter des gestes de tous les jours pour une plus grande sobriété numérique. Par le recyclage des ordinateurs et autres équipements, bien sûr, mais aussi par de meilleurs usages quotidiens. Par exemple : l’addiction à la pièce jointe dans les mails est très répandue. Or elle consomme beaucoup d’énergie par son stockage, qui est multiplié par le nombre de destinataires. Avec l’utilisation généralisée de Teams et du cloud Microsoft pour les échanges et que chacun travaille sur le même document partagé en ligne, nous avons considérablement réduit l’envoi des pièces jointes et des emails. Nous sommes 1 500 collaborateurs chez SNCF Connect & Tech et quand on sait que mettre 10 personnes en destinataire d’un email revient à multiplier par 4 l’impact de cet email, ce n’est pas négligeable.

« Nous voulons un numérique accessible et inclusif »

Avec l’application SNCF Connect, nous sommes l’outil de tous les Français, y compris ceux qui ne sont pas familiers avec le numérique. Pour les personnes en situation de handicap, on essaie de s’adapter au mieux, avec une aide à la réservation par la voix pour les malvoyants, par exemple, ou en prenant soin d’accentuer les contrastes dans l’appli pour être lisible par le plus grand nombre. On a aussi intégré dans l’équipe une personne en situation de handicap qui teste les nouvelles fonctionnalités de l’appli avant même qu’elles sortent, et nous sommes très en lien avec différentes associations qui testent aussi nos fonctionnalités et les évolutions du site et de l’appli.

Toutes ces innovations s’inscrivent dans la stratégie du Groupe SNCF qui a pour objectif de développer une mobilité durable et inclusive tout en réduisant l’empreinte environnementale de ses activités.

1L’ObSoCo/Citeo, Observatoire de la consommation responsable, 2020

2 de la longue distance avec TGV INOUI (comme Paris-Lyon, Lille-Roissy ou encore Paris-Biarritz), OUIGO (comme Marne-la-Vallée-Marseille, Massy-Bordeaux ou encore Paris-Nice) et des destinations européennes (comme Londres, Genève, Turin, Luxembourg, Bruxelles, Amsterdam, Barcelone ou encore Francfort, de la moyenne distance avec INTERCITÉS (comme Paris-Clermont-Ferrand ou encore Paris-Limoges), de la courte distance avec TER (comme Bordeaux-Agen, ou Nice-Marseille).