Destination finale : Chalindrey

Après des millions de km sur les rails, les trains Corail feront leur dernier voyage vers Chalindrey, en Haute-Marne, où vient d’être inaugurée une usine de démantèlement dédiée.

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Un bâtiment rouge vif de 6 000 m2, encadré par des trains Corail, se détache sur la campagne haut-marnaise. Il s’agit d’une usine de démantèlement de matériels radiés, construite en 2019 et inaugurée le 28 septembre dernier, qui se trouve à Chalindrey, site historique de la SNCF. Si l’usine appartient à DI Environnement, entreprise de dépollution spécialisée entre autres dans le désamiantage, elle est de première importance pour la SNCF. En effet, c’est là que seront démantelées 1 300 voitures Corail dans les sept prochaines années.

Fini le temps où la SNCF était mise en cause par la presse à cause des trains stationnés sur le long terme, notamment à Sotteville-lès-Rouen ? Xavier Ouin, directeur industriel SNCF Voyageurs aime à le penser. « Cela a occasionné beaucoup de publicité négative pour la SNCF. Aujourd’hui, l’époque a changé : depuis 2015, une filière industrielle a vu le jour, capable de démanteler très proprement les trains. Dans les années 2000 à 2014, lorsque nous lancions des appels d’offres, aucune entreprise n’était apte à tenir la cadence, ou les coûts. Entre-temps, SNCF a su convaincre des PME et des entreprises plus importantes de s’intéresser à ce marché. Nous leur avons confié des matériels pour qu’elles puissent se faire les dents. Actuellement, nous avons agréé une demi-douzaine d’entreprises, toutes capables de répondre à nos besoins.» En plus des certifications obligatoires au niveau européen et français pour traiter les matériels qui contiennent de l’amiante, les entreprises agréées ont obtenu «le label SNCF », après des tests rigoureux.

« Il ne s’agit pas seulement du désamiantage, explique Alain Maucourt, expert démantèlement des matériels radiés SNCF. Dans un premier temps, on récupère les pièces qui peuvent servir, puis on valorise et recycle le maximum de matière. On en est à 92-95% valorisés, 98% pour les locomotives. On encourage tous nos prestataires à augmenter ce pourcentage : des expérimentations sont en cours pour valoriser les plastiques, le verre et le polyester. On s’oriente vers le zéro déchet. Demain, avec le TGV M (attendu en 2024, NDLR), l’économie circulaire sera prise en compte dès le départ, il y aura donc plus de matières recyclables et on atteindra 98%. »

  • 1300

    voitures Corail démantelées

  • 95 %

    de matière valorisée et recyclée

Un robot unique au monde

À Chalindrey, les Corail passeront par plusieurs étapes. La première : la salle de curage vert1, d’une superficie de 2 000 m2, munie de rails au sol. Les voitures y seront mises à nu manuellement, pour enlever baies vitrées, sièges, etc. Deuxième étape : l’atelier curage rouge2, de 100 m de longueur, aussi appelée salle de grenaillage, où les matériels sont désamiantés par deux robots, capables de projeter un abrasif à 800 km/h. « Il s’agit d’une salle blanche, explique Vernon Dollander, directeur de l’usine. L’atmosphère y est contrôlée par un système de filtrage absolu qui aspire la poussière en permanence. » Chaque voiture Corail y est scannée et mesurée sous toutes les coutures, puis modélisée par un logiciel informatique. Les mouvements du robot sont ensuite programmés par ce logiciel. Le robot se déplace sur huit axes. La buse de décapage est munie de capteurs de sensibilité qui provoquent l’arrêt du robot lorsqu’il y a contact. Au final : une caisse « mise à blanc », c’est-à-dire entièrement décapée, sans être abîmée. Au sol, des grilles permettent de récupérer les billes de grenaillage. Ces dernières sont recyclables 40 fois.

Après avoir été de nouveau aspirée, la voiture est remisée puis découpée, et les fers et métaux sont vendus à la filière sidérurgique. Les 2% restants sont des déchets ultimes dirigés vers un centre d’enfouissement spécialisé.

Cette usine de Chalindrey, c’est le chaînon qui manquait à la filière ferroviaire pour être complètement écologique.

Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs

Dans le plan stratégique de démantèlement de 2018 à 2028, près de 12 000 caisses radiées doivent être démantelées d’ici 2028. 3 000 ont déjà été détruites au 1er janvier 2018. 3 400 sont actuellement stationnées en attente de leur traitement, et plus de 5 700, actuellement en circulation, seront radiées d’ici 2028. Cela représente environ 1 000 caisses démantelées, soit 20 km de train, par an.

Pour réaliser cet objectif, plusieurs usines de démantèlement sont mises à contribution : deux usines à Grémonville, en Seine-Maritime, inaugurées le 12 octobre 2021, celles de Romilly-sur-Seine (Aube) et de Saintes (Charente-Maritime), qui commenceront leur activité en mars 2022.

1 Dans le vocabulaire du BTP, le curage «vert» consiste à retirer intégralement les volumes intérieurs du bâtiment qui ne sont pas amiantés ou en contact avec des matériaux amiantés. Cela peut être des revêtements muraux, des équipements, des sièges, des marchepieds et autres. Par contraste, le curage dit «rouge» consiste au retrait des éléments en contact avec de l’amiante.

2 L’amiante a été utilisée dans les trains jusqu’en 1996. Elle est inoffensive lorsqu’elle est laissée en l’état. En revanche, à partir du moment où elle est découpée, des règles très strictes s’imposent.