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Devenir conducteur en 2018

La Direction de la Traction recrute cette année 1 000 conducteurs et conductrices de train. Quels sont les points positifs et les points plus compliqués de la profession ? Réponse avec le DRH Traction, Bruno Bouette. Autre focus sur comment postuler, le Mooc "Destination conduite" et le portrait d’un contrôleur emblématique, Stéphane Vardon, alias PM 733 sur Twitter.

Interview de Bruno Bouette : " Conduire un train fait toujours rêver "

La Traction recrute cette année : qui peut postuler ? Comment franchir les étapes de tests ? Quid des formations ? Éléments de réponses avec Bruno Bouette, DRH de la Traction.
 

La direction de la Traction a engagé une vaste campagne de recrutement d'agent de conduite. Existe-t-il aujourd’hui un déficit de postes sur ce métier ?

Bruno Bouette : Après une période difficile ces dernières années, nous avons retrouvé un niveau d’effectifs correspondant à nos besoins globaux. Mais nous avons besoin de recruter chaque année. La campagne de recrutement actuelle a pour but d’anticiper les départs qui auront lieu en 2018 et 2019. D’où l’embauche programmée de 1 000 personnes dont plus de la moitié d’ici fin avril. Sachant qu’il faut un an pour former un conducteur, nous souhaitons débuter un maximum de formations au premier semestre.  

La conduite des trains fait-elle toujours rêver ?

B. B. : Bien sûr. Pour preuve les 50 000 CV que nous recevons chaque année. Le métier de conducteur et conductrice de train exige rigueur et autonomie. À cet égard, le Mooc "Destination conduite", accessible sur internet, est un excellent outil de sensibilisation. Via des tests en ligne, les candidats à la conduite peuvent mesurer leur motivation et leur connaissance de l’univers et du quotidien du métier. Cela leur donne ainsi plus de chances de franchir les étapes du recrutement.

Comment définiriez-vous les "plus" et les "moins" du métier ?

B. B. : C’est un métier qui demande rigueur, autonomie et un grand sens des responsabilités. Le sens du service au client et la gestion des situations parfois délicates en font un métier passionnant et très valorisant. Pendant leur formation, les candidats sont rémunérés. Enfin, la rémunération globale (salaire + primes), au bout de quelques années d’expérience, est plutôt attractive. Les contraintes du métier sont surtout liées au rythme de travail et horaires puisque les trains roulent 7 jours sur 7. Ce qui impose une organisation personnelle rigoureuse.

Quelles sont les régions qui recrutent le plus aujourd’hui ?

B. B. : Nous recrutons partout mais il y a davantage de besoins en Île-de-France, en Auvergne Rhône-Alpes, dans le Grand Est, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans les Hauts-de-France. Les candidats sont embauchés par un établissement et travailleront demain dans le périmètre géographique de cet établissement. En revanche, leur formation se déroule en alternance entre leur établissement et un campus de formation pour la partie théorique. Nous disposons aujourd’hui de huit campus de formation pour accueillir tous nos stagiaires : Dijon, Île-de-France, Lille, Lyon, Nancy, Rennes, Toulouse et Tours. Selon la spécificité de l’établissement qui les embauche, les futurs conducteurs et conductrices seront, pour leur premier emploi, aux commandes des trains Transilien, TER, ou Fret.

Quel est pourcentage de recrutements en interne ?

B. B. : Il est aujourd’hui de 20%. Les cheminots qui veulent devenir conducteurs et conductrices viennent de tous les métiers SNCF. Les compétences requises sont les mêmes que pour les candidats de l’externe. Ils ont toutefois l’avantage d’avoir déjà une bonne connaissance de l’entreprise ainsi que du système ferroviaire. Leur demande de reconversion est soumise à l’accord de leur hiérarchie.

Y-a-t-il aujourd’hui de plus en plus de femmes candidates à la conduite ?

B. B. : Pour nous, féminiser la profession reste un défi. Il faut bien reconnaître que le nombre de femmes conductrices est encore trop faible.  Les candidates au métier augmentent un peu plus chaque année mais nous sommes encore loin de la parité. Le Mooc peut sans doute aider à mieux faire connaître le métier et motiver de potentielles candidates.

Avez-vous un message particulier destiné aux agents SNCF ?

B. B. : J’ai envie de leur dire : SNCF recrute des conducteurs et conductrices. Si vous êtes intéressés par ce métier passionnant, postulez. Faites également passer l’info autour de vous. N’hésitez pas : testez vos connaissances du métier grâce au Mooc et encouragez votre entourage à postuler.

Un Twittos qui raconte son voyage

Chef de bord sur l’axe Atlantique, c’est un "Twittos"1 connu et reconnu. PM 733, c’est lui ! Comptabilisant près de 4 600 abonnés - un record pour un cheminot - il partage avec les voyageurs les coulisses de son métier et la complexité du rail.
 

Un jour en gare de Tours…

Tout a commencé un jour de février 2013. Ce jour-là, en gare de Tours, Stéphane Vardon voit débarquer à son bord, un voyageur avec son vélo. Le voyageur est essoufflé et furieux car sa journée a mal commencé. Il a loupé son train suite à une erreur d’affichage, puis a été verbalisé par la Suge… Enfin le voici avec un billet non valable sur le TGV de Stéphane. À l’écoute des mésaventures de ce client soucieux de prouver sa bonne foi, le chef de bord lui conseille d’avoir recours au service clientèle.

"Ce client souhaitait que nous gardions le contact, il m’a suggéré de créer un compte Twitter. Ce que j’ai fait." explique Stéphane Vardon.

Et voilà Stéphane désormais doté d’un compte Twitter. PM 733 c’est lui. Mais dans quel but ? "Et si je m’en servais pour informer les voyageurs sur mon métier, pour apporter des éléments de compréhension au fil de chaque parcours ?" se demande le cheminot, las des idées reçues sur l’entreprise. "À bord il y a beaucoup d’abonnés qui connaissent bien le train et ses rouages. Donc en tant que cheminots, nous n’avons plus droit à l’erreur". Twitter n’est-il pas une occasion de créer un lien informatif et sincère ? Au premier tweet, Stéphane n’en mène pas large. La première réaction est bonne, les suivantes encourageantes. Depuis, la "conversation" entre le contrôleur et les clients via ce compte Twitter n’a cessé de se développée. Pour le chef de bord, tweeter est devenu un réflexe souvent très utile pour trouver des solutions en cas d’aléas petits ou grands. Pour remettre aussi les pendules à l’heure comme ce matin où Stéphane a tweeté : "En deux mois, 44 des 47 TGV N°8549 sont arrivés à l’heure". Mais comment ça marche ?

"Quand je suis à bord d’un train, je précise à l’issue de mon annonce de bienvenue que les voyageurs peuvent suivre l’évolution de leur voyage sur Twitter ou contacter le personnel de bord en utilisant le hashtag #TGV suivi du numéro de train" ajoute le cheminot.

Au fur et à mesure du parcours, Stéphane explique et répond aux questions… Quelles conséquences a le givre sur les caténaires ? Pourquoi y a-t-il des travaux sur la ligne ?  Si, sur le hashtag, les informations sont dédiées au voyage en cours, celles fournies par le Twittos sur son compte sont variées. Ainsi, tel jour il parle de rugby, tel autre des dates de concerts de Mylène Farmer, sa chanteuse fétiche. Ou encore, il relaie les partenariats SNCF et échange sur l’actualité culturelle bretonne ou du Sud-Ouest, régions de l’axe Atlantique sur lesquelles il travaille depuis 2006.
 

Le twittos aux multiples casquettes

Un jour de 1999, alors étudiant en sociologie à Saint-Étienne, Stéphane répond à une petite annonce parue dans le journal local. Ainsi il devient cheminot.

"Je n'ai jamais regretté de devenir cheminot. Même si mon métier a beaucoup changé depuis mes premières missions, je l’aime car il me laisse une grande autonomie. Aujourd’hui le service a pris le pas sur le contrôle et ça me va bien. Mon seul regret : le manque de moyens humains", continue Stéphane Vardon.

Bénévole à l’association des cheminots donneurs de sang, délégué CGT, membre du CHSCT, membre du programme "ambassadeurs" de SNCF qui regroupe une centaine de Twittos cheminots, passionné de rugby, de cinéma, de voyages, gourmand et gourmet… Stéphane comptabilise à ce jour près de 4 600 abonnés et 60 000 tweets échangés sur son compte Twitter. Belle performance pour ce cheminot Twittos soucieux de partager l’idée que le train est un voyage qui se raconte chaque jour différemment.

1.Personne inscrite sur Twitter.

Le Mooc, une formule innovante au service du recrutement

Pour l’année 2018, le groupe SNCF prévoit l’embauche de 1 000 nouveaux conducteurs et conductrices de trains en CDI. À la direction de la Traction " Nous recrutons en permanence, mais plus particulièrement actuellement en raison d’importants départs à la retraite et de projets de développement en Ile-de-France ", précise Nicolas Ligner, directeur de la Traction à SNCF. Dans cette optique, le Mooc continuera d’être un appui au recrutement en 2018. Cette formation en ligne propose aux intéressés une immersion dans l’univers de la conduite. Celle-ci est composée de quatre séquences abordant les thématiques propres aux missions du conducteur de trains. Des supports variés (vidéo, simulateur de conduite, témoignages de conducteurs) viennent enrichir l’expérience. Chaque module d’apprentissage d’une durée moyenne de deux heures, donne lieu à un quiz testant les connaissances des participants. L’attestation de réussite est délivrée sous condition de valider 70% de bonnes réponses à chaque module ainsi qu’au test final.

Le Mooc, une démarche pédagogique ouverte à tout profil

L’assiduité au Mooc permet de " bénéficier d’un parcours privilégié ", précise Caroline Martinez, directrice de l’École Nationale des Compétences Traction (ENCTM). Les profils Mooc ayant reçu l’attestation de réussite intègrent donc le processus de recrutement en qualité de candidat privilégié. Pour la deuxième session, certains changements ont été effectués. Le Mooc session 2 met davantage l’accent sur le rythme de vie d’un conducteur. Ainsi il contribue à confirmer ou infirmer l’attrait pour ce métier. Enfin, les modules ont été rééquilibrés au niveau de leur contenu : des vidéos ont été ajoutées dans le but d’homogénéiser toutes les séquences.

Le Mooc est ouvert à tout profil et à toute expérience. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’inscrire et actuellement dix d’entre elles sont en cours de recrutement. Ce chiffre reste malgré tout assez faible, cela s’explique " probablement par méconnaissance des métiers de la conduite " explique Caroline Martinez. Le Mooc répond justement à une démarche pédagogique de présentation du métier au service de la pré qualification des candidats.

Bien que le Mooc ne soit pas un prérequis à la candidature, sa participation témoigne d’une implication et d’un premier niveau de connaissance des réalités du métier.