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SNCF dit oui au vélo

Décrétée en 2018 par l’ONU, le 3 juin est la journée mondiale pour le vélo. Au cœur des préoccupations climatiques, environnementales et de santé publique, le vélo est aussi un enjeu majeur pour SNCF. Le point avec Jean-Luc Bourget, qui accompagne les activités sur ce sujet au sein de la direction de l’engagement social, territorial et environnemental (Deste).

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La pratique du vélo ne cesse d’augmenter en France : +10% sur l’ensemble de l’année 2020, et +27% si l’on exclut les périodes de confinement1. Si la crise sanitaire a donné un coup d’accélérateur visible, à la pratique du vélo avec notamment la mise en place des « coronapistes », on observe depuis plusieurs années une forte expansion de ce mode. «La prise de conscience écologique entraine en effet la modification des usages vers des mobilités douces et décarbonées et des attentes nouvelles de nos clients.», confirme Jean-Luc Bourget, qui accompagne les activités sur ce sujet au sein de la direction de l’engagement social, territorial et environnemental (Deste) de SNCF.

Objectif pour 2024 : 9% des déplacements se feront à vélo

La loi d’orientation des mobilités (LOM) adoptée en décembre 2019, vient consacrer cette tendance en fixant un objectif ambitieux pour 2024 de tripler la part modale du vélo. Les déplacements à vélo passeraient ainsi de 3% (chiffre de 2019) à 9% des déplacements totaux.
«Le train et le vélo ont tant de valeurs et de combats communs pour développer une mobilité écologique, déclare Jean-Luc Bourget. Avec les acteurs de l’écosystème du vélo, SNCF souhaite construire des solutions pour développer le vélo en intermodalité avec le train.»
Pour ce faire, SNCF, sous l’égide de Christophe Fanichet, a mis en place un comité de parties prenantes vélo afin de pérenniser ce dialogue et d’évaluer annuellement les progrès enregistrés.

Le vélo peut amener plus de voyageurs vers le train

Un exemple concret : selon une étude parue en 2018 du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA)2, 80 % des voyageurs qui prennent le train accèdent à la gare par un trajet qui mettrait moins de 20 minutes à vélo, ou moins de 15 minutes en vélo à assistance électrique. Pour ces trajets, un report modal de la voiture vers le vélo serait donc envisageable. Afin d’accompagner cette transformation, la solution privilégiée par SNCF est de déployer les places de stationnements vélo à proximité des gares. «Au-delà d’un devoir d’exemplarité, il s’agit aussi de faire du vélo un moyen pour SNCF de conquérir de nouveaux clients», ajoute Jean-Luc Bourget. En effet, selon plusieurs enquêtes d’opinions, l’installation d’abris-vélos en régions, aurait pour conséquence immédiate une hausse du nombre d’abonnements TER3.
À ce jour, Gares & Connexions compte déjà 25 000 stationnements vélo sécurisés et plus de 15 000 emplacements semi ou non sécurisés. SNCF Gares & Connexions, en lien avec les régions et les collectivités, se fixe l’objectif de déployer 70 000 places d’ici à 2025.

L’emport du vélo à bord : la question qui fâche ?

D’autres services sont aussi expérimentés actuellement par Gares & Connexions : des bornes de recharge électrique pour les vélos à assistance électrique, des ateliers de réparation, de dépannage ou de location vélo, un service de démontage et de mise sous housse des vélos pour qu’ils puissent être emportés à bord comme un simple bagage.
Lorsque le vélo n’est pas démonté, la situation se complique. Jusqu’à présent, le nombre de vélos pouvant être transportés à bord pesait sur relation entre les associations de cyclistes et la SNCF. «Grâce à la mise en place du Comité des parties prenantes, aujourd’hui, le dialogue est renoué entre la SNCF (et les SA concernées) et 14 associations de cyclistes ou de défense de l’environnement4, témoigne Jean-Luc Bourget. Sur le sujet de l’emport des vélos à bord, chaque partie s’efforce de comprendre les problématiques des autres alors qu’un nombre trop important de vélos à bord se traduirait par une menace sur la régularité.»
La capacité sera évolutive afin de tenir compte de la politique transport de chaque autorité organisatrice et du décret LOM qui définit pour les trains neufs et rénovés le nombre d’emplacements vélos.
Pour le TGV M, qui entrera en service en 2024, 6 emplacements seront ainsi prévus à bord de chaque rame, à minima. Pour TER, 95% des trains sont équipés de places dédiées aux vélos, avec en moyenne 6 places par rame. Par ailleurs, la signalétique est en train d’évoluer pour faciliter la vie de nos clients, grâce à un logo apposé à l’extérieur sur la voiture concernée, mais aussi à l’intérieur, pour éviter que l’espace soit pris par des voyageurs pour leurs bagages. «Autre nouveauté : les contrôleurs seront aussi au courant du nombre de vélos embarqués et ils pourront donner des consignes en fonction de cette information», informe Jean-Luc Bourget.
Autre chantier entamé avec les associations de cyclistes et de protection de l’environnement : fournir davantage d’informations aux cyclistes pour qu’ils puissent préparer leur voyage, en se servant des outils numériques.

Cyclotouristes : welcome !

«En Régions, les initiatives se multiplient alors que les campagnes électorales successives attestent que le vélo est au cœur de tous les projets de mobilité», éclaire Jean-Luc Bourget. La Région Sud propose ainsi un tarif combiné TER plus vélo en libre-service, tandis que plusieurs Régions suggèrent une aide à l’achat pour des vélos pliants avec des abonnements TER.
Plusieurs innovations ont pour but de faire de la place aux cyclotouristes, dont le nombre a explosé à l’été 2020. Ainsi, entre le Croisic et Orléans, une voiture entière réaménagée est rajoutée au cours de l’été (depuis 2019) pour accueillir jusqu’à 83 vélos, à destination des touristes qui s’attellent à «la Loire à vélo». En Nouvelle-Aquitaine, une voiture est aussi réservée à l’accueil des vélos, tandis que les sièges sont protégés par des housses. Deux personnes s’occupent d’embarquer et de débarquer les deux-roues. Résultat : 25 vélos supplémentaires embarqués pour les courageux qui veulent profiter des 1 200 km de pistes vertes qui s’étendent de la Bretagne au Pays basque. En Bretagne, les cyclistes devront réserver un emplacement pour leur vélo (pour 3 euros) pour être sûrs de pouvoir l’embarquer à bord, même en période de forte affluence. C’est une expérimentation TER qui a lieu du 7 juin au 30 septembre.
«Chaque Région et territoire a des besoins différents, à nous, SNCF, de déployer un panel d’offres pour que chacun y trouve son compte», s’enthousiasme Jean-Luc Bourget.

(1) Les chiffres sont issus du dernier rapport Vélo & Territoires, publié en janvier 2021
(2) Le Cerema est un établissement public tourné vers l’appui aux politiques publiques, placé sous la double tutelle du ministère de la transition écologique et du ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
(3) Selon les données de l’enquête IFOP-SNCF réalisée en 2015, sur un panel de 1 804 Français, la présence de services vélos en gare d’arrivée inciterait 33 % des usagers à prendre plus les trains du quotidien.
(4) FNAUT, Fédérations des usagers de la bicyclette, Fédération française de cyclotourisme, AF3V, Amis de la Nature, Cyclo Camping international, France Nature Environnement, Vélo & Territoires, Vélorution, Club des villes et territoires cyclables, etc.