Crédit photo en-tête de page : SNCF

Portraits : une ingénieure et une conductrice aux commandes

Perrine encadre des ingénieurs tandis que Noémie conduit des TER en Hauts-de-France. Les parcours sont différents, mais il y a un point commun : elles n'étaient pas attendues dans cette voie. Suite des portraits diffusés par les infos pour le 8 mars.

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Perrine Jourdan est ingénieure au cluster Est de l’ingénierie du Matériel (située au technicentre de Bischheim).

Quel est votre poste actuel ?

Perrine Jourdan : Je suis responsable d’un bureau d’études systèmes et électrotechnique, et j’encadre 26 ingénieurs et techniciens, dont seulement une femme ! L’équipe travaille sur les interactions entre les différents organes du TGV. À titre personnel, il y a un important aspect «relations humaines» dans mon poste actuel, puisqu’il s’agit de gérer des êtres humains, les soutenir au quotidien, mais aussi de définir la stratégie, gérer le budget, etc.

C’est un métier passionnant et c’est fort dommage qu’il n’y ait pas plus de femmes. Il y a encore beaucoup de préjugés sur les métiers de l’industrie.

Comment vivez-vous ce manque de mixité dans votre métier ?

P.J. : La société est mixte et diverse. Il faut faire en sorte que notre collectif de travail soit aussi riche. Être environnée uniquement d’hommes fait partie de mon quotidien depuis mes études, et cela ne me pose pas de problème. Mais cela requiert des efforts d’adaptation en continu. Hommes et femmes n’ont pas la même façon de fonctionner, de porter les sujets ou de communiquer dessus. C’est une généralité, mais cela correspond à une réalité culturelle : nous n’avons pas été élevés de la même façon. C’est pour cela que j’ai souhaité adhérer au réseau SNCF Mixité (anciennement connu sous le nom SNCF au féminin) en 2016.

Lors des pauses café par exemple, j’essaie d’introduire des sujets de conversation plus neutres. Il ne s’agit pas de dire que les hommes ne parlent que de foot et les femmes que de couture, mais les échanges ne sont pas les mêmes si le groupe qui discute est mixte ou non. Le fait d’échanger avec des femmes dans le cadre du réseau SNCF Mixité constitue une bulle d’air pour moi.

Être cheffe de 26 agents, ça se passe comment ?

P.J. : Je n’ai pas rencontré de difficulté particulière du fait d’être la hiérarchique d’une trentaine d’agents masculins, dont la plupart n’avait probablement jamais eu de cheffe femme. Il faudrait leur demander si cela leur pose un problème ! J’ai dû beaucoup travailler, en revanche, pour m’adapter à un nouveau champ de compétence. Mon univers de travail était la mécanique et je suis passée à un domaine complètement différent : l’électrotechnique. Mais cela fait partie du métier d’ingénieur, de s’adapter à un nouvel environnement. J’ai passé dix années en Allemagne, j’ai l’habitude de m’adapter, que ce soit à une nouvelle culture ou un nouveau domaine technique.

Comment est née votre vocation ?

P.J. : Lorsque j’avais 15 ans, j’ai visité une usine de camions. Et j’ai été fascinée par ce qu’on arrive à faire lorsqu’on assemble des compétences différentes. À la fin, on arrive à construire un camion… ou à rénover un TGV. Derrière l’industrie, je suis captivée par la complexité d’une organisation, lorsque toutes les équipes contribuent au produit final.

Avez-vous reçu des messages encourageants ou décourageants au début de votre carrière ?

P.J. : Ni l’un ni l’autre ! Recevoir des messages encourageants, ce n’est pas fréquent dans la vie… J’ai entendu des phrases stéréotypées, du type «L’industrie, c’est sale, ce n’est pas un métier pour une femme», mais cela provenait de personnes extérieures à l’entreprise, donc ça ne m’a pas touchée. Ça m’a plutôt stimulée !  Ce qui est surtout important, c’est que l’on m’a donné ma chance en se fondant sur mes compétences.

Exercer ce métier, c'est une fierté pour vous ?

P.J. : Oui. J’ai toujours eu à cœur de prouver que je pouvais faire la même chose qu’un garçon. Dès mon enfance, j’ai constaté le comportement différent des gens vis-à-vis de mon frère et de moi. J’ai compris très tôt que certains domaines étaient assignés aux filles et d’autres aux garçons. Mais cela a joué un rôle d’aiguillon dans mon cas : pourquoi il y aurait des choses qui ne seraient pas pour moi ?

Autre vocation, autre parcours : Noémie est conductrice TER dans les Hauts-de-France... et ce, malgré des obstacles nombreux.

Regardez son portrait réalisé par Brut, dans le tweet ci-dessous.