Crédit photo en-tête de page : Maxime Huriez

Préserver la biodiversité : SNCF persiste et signe

SNCF a renouvelé ses engagements dans le cadre de la démarche Act4nature en mai 2021. Exemples : préserver et restaurer les continuités écologiques auxquels le réseau ferroviaire et le passage des trains peuvent faire obstacle, ou encore diminuer largement l’utilisation des produits phytopharmaceutiques pour maîtriser la végétation sur et aux abords des voies. Les détails avec Anne Guerrero, directrice déléguée à la transition écologique du groupe SNCF.

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Depuis quand et pourquoi le groupe SNCF est engagé dans la démarche Act4nature ?

SNCF est engagé depuis les débuts de la démarche, en 2018. Mais notre engagement en faveur de la biodiversité a commencé bien avant. Elle répond à notre responsabilité d’entreprise citoyenne et à notre mission de service public.

Avec ses 30.000 km de lignes et ses 100 000 hectares d’emprise dont 50 000 de dépendances vertes, 10 millions de m2 de bâtiments, plus de 3 000 gares, c’est une immense trame tissée au fil du temps qui irrigue l’ensemble du territoire et interagit donc en permanence avec la nature.

Quelle que soit la manière dont il est conçu et la meilleure volonté pour l’insérer dans l’environnement, la construction et la gestion d’un système ferroviaire et de ses composantes engendrent forcément des impacts sur l’environnement et la biodiversité : destruction/perturbation des habitats et des espèces, fragmentation des territoires, rupture de continuités écologiques. Ils sont identifiés et nous en sommes parfaitement conscients. Mais il ne faut pas opposer préservation de la biodiversité et développement économique. Il faut les concilier. C’est là notre engagement.

La démarche Act4nature

Act4nature international (« Agis pour la nature » en anglais) est une initiative, lancée par l’association française des Entreprises pour l’Environnement (EpE) en partenariat avec les pouvoirs publics, la communauté scientifique et différentes ONG. Elle vise à faire émerger des programmes d’actions concrètes et mesurables afin de limiter les impacts, directs et indirects, sur la biodiversité.

Quels sont les objectifs de SNCF en matière de biodiversité lorsqu’il s’agit de développer de nouveaux bâtiments ou nouvelles infrastructures ?

L’exemple des projets de développement est révélateur. Notre démarche d’écoconception suit trois axes :

  • éviter les impacts en faisant réaliser des inventaires écologiques et en hiérarchisant les secteurs les plus sensibles pour les éviter,
  • réduire les impacts en créant par exemple des ouvrages spécifiques pour la faune,
  • compenser les impacts résiduels.

Qu’en est-il de la biodiversité sur le réseau existant ?

Pour ce qui concerne le réseau existant, le sujet est plus complexe compte tenu des impératifs de maintien des circulations et de sécurité. Notre priorité est de passer d’un traitement total des talus à un traitement différencié des dépendances vertes, plus adapté à la diversité du vivant que recèlent ces espaces. C’est un nouveau défi pour le secteur. Des méthodes douces ou raisonnées sont mises en œuvre : débroussaillage manuel, éco-pâturage - lorsque des moutons ou des chèvres pâturent à proximité des voies -, gestion de la strate herbacée qui privilégie les essences locales au développement très lent, plutôt rampantes, et avec peu de perte de feuilles, etc. Des nids de cigognes implantés sur les poteaux caténaires dans le sud-ouest ont été déplacés sur des mâts spécialement conçus à cette fin en collaboration avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et le conseil départemental. Plusieurs passes à poisson, certaines réalisées et d’autres programmées, ont pour mission de rétablir la continuité écologique de cours d’eau qui sont coupés par des voies.

Il y a un autre enjeu important pour SNCF en 2021 : la fin de l’usage du glyphosate. Où en est SNCF sur ce sujet ?

Nos trains désherbeurs sont actuellement modifiés pour les rendre compatibles avec des produits alternatifs de biocontrôle (c’est-à-dire du désherbant sans produit chimique), mais aussi pour les équiper de radars qui détectent la végétation présente afin de doser les pulvérisations uniquement sur les portions le nécessitant. Résultat : on réduit de moitié les surfaces pulvérisées.

D’autres chantiers sont en cours : solutions mécaniques, usage de géotextile, etc. Plus globalement nous poursuivons un programme de recherche d’alternatives aux produits phytopharmaceutiques, pas seulement le glyphosate, pour réduire notre utilisation. Notre objectif est de ne les utiliser que de manière dosée en 2024. C’est un défi important : à l’heure actuelle, on ne sait pas désherber la voie de manière industrielle, sans ces produits.

Pour les gares, l’usage du glyphosate est déjà proscrit. Il s’agit donc de faire évoluer les pratiques d’entretien des espaces verts vers une gestion différenciée de ces espaces, entre les zones nécessitant l’absence ou la présence réduite de végétation, des zones pouvant faire l’objet d’une couverture végétale basse, ou plus haute de type prairie fleurie.

Qu’en est-il des relations de SNCF avec les autres acteurs de la biodiversité ?

Partant du constat que quand on se connaît mieux, on se comprend mieux et donc on avance plus loin, nous avons engagé une démarche de dialogue avec les parties prenantes du domaine. Partager nos contraintes, nos enjeux, nos connaissances, c’est l’objet de plusieurs partenariats et coopérations que nous avons signés avec France Nature Environnement, la Fondation pour la Nature et les Hommes, la Ligue de Protection des Oiseaux, entre autres, mais aussi avec la profession agricole.  

Avant d’agir, il faut savoir comment agir, et ce qu’il est nécessaire de préserver. D’où notre contribution à la connaissance de la biodiversité, notamment par notre inscription dans des programmes de recherche.

Il y a un autre point important : la sensibilisation des agents à la biodiversité ?

Oui, car SNCF passe progressivement d’une approche purement standard, référencée et réglementaire et donc défensive, à une approche plus proactive, c’est-à-dire à un mode de conception et d’entretien de ces espaces plus différencié. Et pour cela, l’implication de nos agents est indispensable. C’est l’un des engagements pris en 2021 : sensibiliser 10% des agents de maintenance du réseau chaque année, ainsi que l’ensemble des salariés du groupe via le mécénat de compétences. Grâce à nos partenariats avec les associations naturalistes, qui remonte à 2009 pour le premier, nous tenons compte des zones de biodiversité connues localement, pour les travaux d’entretien courant ou les grands projets.