Publié le

Y a-t-il un contrôleur dans le train ?

Michel Claremontet, contrôleur chez SNCF depuis 18 ans, a compilé 72 anecdotes vécues à bord. Cela va du dentier disparu aux ébats sadomasochistes interrompus en passant par des sardines cuisinées au grille-pain. Elles paraissent le 8 mars dans Y a-t-il un contrôleur dans le train ? aux éditions du Cherche-midi. Rencontre.

Lire les bonnes feuilles

Comment vous est venue l’idée du livre ?

M. C. : L’idée ne vient pas de moi. C’est arrivé au mois de novembre. J’étais en train de faire ma tournée d’accueil… Il faut savoir que je raconte souvent des anecdotes à ce moment-là, pour détendre l’atmosphère et mettre à l’aise les voyageurs. A cette occasion, je rencontre le fils d’un éditeur qui s’est empressé d’aller chercher son père en voiture-bar, et tout a commencé.

Comment avez-vous récolté les 72 histoires ?

M. C. : J’en ai vécu quelques-unes au cours de mes 18 ans de carrière. Les autres proviennent des collègues de partout en France, Toulouse, Rennes, Bordeaux… Ce sont des histoires qui viennent naturellement sur le tapis au cours de la conversation, lorsqu’on déjeune entre nous. Un contrôleur commence à raconter ce qui lui est arrivé dans son dernier train, et les autres prennent le relais. J’ai enregistré ces anecdotes dans ma tête, rappelant parfois les collègues pour demander des détails supplémentaires !

A la lecture de votre livre, on se dit qu’il faut un sacré sang-froid pour exercer le métier de contrôleur ?

M. C. : En effet, pendant un trajet de TGV, on est assez isolé pendant plusieurs heures. Dans une situation critique, on ne peut compter que sur soi-même, il faut gérer. On est un peu prêtre, psychiatre, médiateur ou médecin… C’est un métier plus que complet ! Blague à part, le métier nécessite d’être d’humeur égale, mais aussi à l’écoute pour bien comprendre la demande du client, et une bon équilibre mental pour encaisser les réactions hostiles (nombreuses) quand on doit verbaliser.

Quel effet souhaitez-vous avoir avec votre livre ?

M. C. : Je pense que les lecteurs vont voir une autre facette du métier. On n’est pas que des machines à mettre des amendes. On s’occupe des gens, aussi. Parfois, des personnes en détresse complètement laissées à elles-mêmes montent à bord d’un train, presque comme un appel au secours. Nous vivons aussi des situations tragiques, que je n’ai pas abordées dans le livre.
Et il y a aussi des rencontres mémorables, comme la fois où j’ai croisé Alain Bashung : il jouait de la guitare à sa place, puis m’a demandé ce que je pensais de ce qu’il composait. Je lui ai conseillé de se déplacer dans la voiture-bar pour avoir une plus grande audience. Il ne s’est pas démonté, il y est allé ! Et il a payé les consommations de tous les clients passés pendant ce laps de temps. Il y avait des enfants qui achetaient des bonbons… une très bonne ambiance !