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Train Léger innovant : une solution écolo et tout terrain pour les petites lignes

Le Train Léger innovant fait partie des innovations que nous développons. Comment peut-il contribuer à relancer les petites lignes en réduisant les coûts d’achat et d’exploitation pour les Régions ? Explications en compagnie du directeur de ce projet.

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Alimenté par batteries, plus léger qu’un TER classique, fabriqué à partir de matériaux recyclables, le Train Léger innovant entend redynamiser les lignes de desserte fine du territoire. En quoi permet-il de diminuer la facture pour les Régions ? Quelles technologies utilise-t-il ? Jacques Berling, le directeur du Train Léger innovant, revient sur l’ambition de ce projet pour la mobilité au sein des territoires.

Pourquoi le Train Léger innovant est-il important pour redynamiser les lignes de desserte fine du territoire ?

Comme les ventes records de billets de train de l’été 2022 le montrent, les Français ont envie de train. Le TGV et les trains régionaux répondent à ce besoin sur une bonne partie du territoire, notamment pour mailler les villes et les métropoles. En revanche, les matériels ferroviaires classiques sont souvent surdimensionnés pour les petites lignes qui irriguent le territoire et notamment les zones rurales.

Faire circuler un TER classique représente, en effet, des coûts d’exploitation et d’entretien importants, parfois décalés par rapport aux besoins des territoires. La grande idée du Train Léger innovant est donc de proposer une nouvelle approche systémique qui intègre matériel roulant, infrastructure et exploitation pour réduire les coûts globaux. De cette façon, il sera possible de faire circuler plus de trains sur les lignes qu’il empruntera. Le Train Léger innovant complétera ainsi l’offre TGV et TER et représente donc un moyen supplémentaire d’encourager les Français à prendre le train.

Quelle est la différence entre le Train Léger innovant et le train très léger Draisy ?

Les deux projets sont complémentaires et répondent à des besoins différents.

Le gabarit du Train Léger innovant est plus important : nous visons une capacité de 60 à 80 places assises, là où Draisy en propose 30 pour les lignes à faible trafic. Mais c’est surtout son caractère interopérable qui distingue le Train Léger innovant. Grâce à sa capacité à interagir avec la signalisation ferroviaire, le Train Léger innovant sera à même de franchir les passages à niveaux sans ralentir et de rejoindre les grandes gares sur des lignes du réseau principal empruntées par d’autres types de trains. Draisy va plutôt fonctionner comme un tram sur des lignes de moins de 100 km. Il circulera sur des voies dédiées, ce qui veut dire qu’aucun autre type de train n’y passera.

La grande idée du Train Léger innovant est de proposer une nouvelle approche qui intègre matériel roulant, infrastructure et exploitation pour réduire les coûts globaux.

Jacques Berling, Directeur du Train Léger innovant

Sur quelles innovations repose le Train Léger innovant ?

C’est un train alimenté par des batteries dont l’autonomie pourrait dépasser les 200 kilomètres. La volonté des régions de ne plus recourir, d’ici 2030, à des trains roulant au diesel a guidé notre réflexion. Et ce train sera fabriqué à partir de matériaux recyclés, et, par la suite, eux-mêmes recyclables. Voilà pour l’aspect écologique. Ensuite, avec ses 30 tonnes, il sera plus léger qu’un TER classique afin de ne pas trop solliciter la voie ferrée, et donc de limiter sa maintenance. Nous menons enfin une réflexion importante au sujet de sa liaison au sol. Notre but, c’est de concevoir un système de suspension, qui non seulement évite le martelage sur les voies mais qui amortisse les défauts pour le confort des passagers. C’est un concept de « train 4x4 », mais sans la pollution de ce type de véhicule.

Est-il question d’utiliser de l’hydrogène pour faire rouler ce train ?

Ce n’est pas notre solution prioritaire et notre premier démonstrateur1 n’y aura pas recours. Par la suite, il suffira d’installer ce qu’on appelle une pile à combustible et d’ajouter des réservoirs spécifiques, pour que les batteries du train soient alimentées par de l’hydrogène et non plus grâce à la caténaire.

Le Train Léger innovant apporte-t-il des changements en matière de conduite ?

La place du conducteur sera surélevée au milieu du train, afin d’économiser une cabine de conduite et cela facilitera les retournements : le conducteur tournera son siège et repartira dans l’autre sens. Cette cabine sera digitale, avec une aide à la conduite au moyen d’écrans et de capteurs qui faciliteront le travail du conducteur.

La SNCF a rassemblé le fleuron de la filière ferroviaire française autour d’une conviction commune : il faut innover pour redynamiser les petites lignes.

Jacques Berling, Directeur du Train Léger innovant

Comment sera aménagé l’intérieur du Train Léger innovant ?

L’espace intérieur sera configurable pour s'adapter aux besoins spécifiques des régions. Ce train pourra aussi bien transporter des skis, des vélos ou du micro-fret dans des caisses. En outre, cet espace devra pouvoir être modifié au cours de la même journée. Imaginons un train qui puisse transporter des élèves le matin, puis des vélos à la mi-journée, et en fin de journée, à nouveau des étudiants. Grâce à ses suspensions, ce train pourra aussi s’adapter à la hauteur du quai, et donc permettre un accès facilité aux voyageurs en situation de handicap. On travaille donc sur un design modulable au départ avec, par la suite, la possibilité d’aller plus loin pour répondre aux diverses exigences de nos clients que sont les régions.

Justement, comment travaillez-vous avec les régions ?

Nous avons la chance d’avoir comme partenaire la région Nouvelle-Aquitaine, qui joue un rôle d’ambassadeur auprès des autres territoires. Parmi nos autres partenaires, figure également le Cerema2 (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement, ndr), qui est là pour montrer que le Train Léger innovant répond aux besoins des régions.

Quelles sont les prochaines grandes étapes du projet ?

D’abord, nous devons démontrer, d’ici fin 2024, que les technologies fonctionnent. Cette étape sera validée par la réalisation d’une maquette échelle 1 qui montrera tout ou partie du train, avec des démonstrateurs pour les sous-systèmes.

Des tests seront ensuite effectués sur une ligne «  laboratoire  » en 2025. Après les phases d'industrialisation et d'homologation, notre objectif est de mettre le Train Léger innovant sur le marché en 2029.

Avec qui la SNCF développe-t-elle ce projet ?

Notre Groupe a rassemblé, au sein d’un consortium, le fleuron de la filière ferroviaire française autour d’une conviction commune : il faut innover pour redynamiser les petites lignes. Le consortium est composé de 11 partenaires aux rôles complémentaires. Certains sont de grands groupes industriels. D’autres sont des PME plus spécialisées. Le projet fait également appel aux expertises de partenaires publics. Tout l’enjeu, c’est d’aligner nos visions d’entreprise pour produire des technologies à la pointe de l’innovation, mais à un coût très compétitif. C’est une aventure humaine incroyable au service d’un objectif majeur pour la collectivité et la transition écologique. 

1 Un démonstrateur est un dispositif ou engin qu’on fabrique pour évaluer la faisabilité d’une innovation technique. C’est une étape intermédiaire entre le prototype et la présérie.

2 Le Cerema, établissement public sous la tutelle du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, accompagne l’État et les collectivités territoriales pour l’élaboration, le déploiement et l’évaluation de politiques publiques d’aménagement et de transport.

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