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Refonder le fret ferroviaire français

Dans les colonnes du quotidien économique Les Échos en date du 23 avril, Frédéric Delorme, président de Transport ferroviaire et multimodal de marchandises-SNCF Fret, appelle à « refonder le fret ferroviaire français ». Découvrez sa tribune.

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Le rôle stratégique de la logistique

Cette crise nous le rappelle brutalement, trouver les réponses aux questions de mobilité des personnes et des biens nous interroge sur notre choix de société plus global, pour demain. La période que nous traversons a mis en lumière le rôle stratégique de la logistique :  au carrefour de l’économie, levier d’une politique écologique courageuse et d’un engagement mesurable en matière de cohésion territoriale, elle est un enjeu majeur pour l’attractivité de nos ports, soumis à une concurrence féroce.

Encore faut-il lui donner une place à la hauteur de tels enjeux. Sa mission d’organisation des flux de marchandises, de façon rapide, massive et cohérente est plus que jamais déterminante pour la compétitivité des filières industrielles françaises. Le développement du fret est propice à la relocalisation de la création de valeur économique au bénéfice de tous les territoires. C’est une question de souveraineté à part entière, nationale et européenne.

Prendre totalement part au « Green Deal » européen

Le « jour d’après », il nous faudra refonder la filière du transport ferroviaire de fret, de manière collective (État, Régions, SNCF Réseau, entreprises ferroviaires, industriels, citoyens). Nous devons prendre totalement notre part au « Green Deal » européen visant la neutralité carbone en 2050, objectif qui nous oblige à agir de façon claire et massive dès maintenant.

Comment ? En favorisant encore plus la complémentarité des modes de transport, à condition que chacun d’eux donne une impulsion radicale en faveur d’un développement plus durable. Atteindre cette neutralité carbone dans 30 ans nécessite un doublement de la part du fret ferroviaire d’ici 10 ans. C’est ainsi que nous pourrons multiplier le transport conventionnel par 1,5 et le transport combiné par 3.

6 fois moins d’énergie consommée que la route

Les défis posés par l’urgence sanitaire et climatique nous obligent également. La réponse doit intégrer un transfert massif vers le rail, seul mode de transport capable d’offrir un rendement économique et écologique croissant et rapide dans les prochaines années. Pour une même tonne transportée, le transport ferroviaire de fret consomme 6 fois moins d’énergie que la route. Pourtant, sa part a été divisée par 2 en 30 ans... Un rééquilibrage est urgent.

Les énormes atouts du fret ferroviaire

Le fret ferroviaire a d’énormes atouts pour répondre aux nouveaux enjeux politiques et économiques :

  • Sur le plan territorial, avec la réappropriation par les Régions de leur patrimoine ferroviaire pour en faire un point d’attractivité économique.
  • Sur le plan de l’innovation avec l’utilisation de toute la puissance des plateformes digitales et du partage des données, de l’IA et de la robotique au profit de nouveaux services techniques et commerciaux.
  • Sur le plan industriel à travers la modernisation des locomotives, la modularité des wagons ou des containers. L’innovation et l’excellence industrielle française seront ainsi stimulées dans de nombreux secteurs. Pour chaque emploi créé dans le fret ferroviaire, ce sont trois emplois qui seront créés au niveau de la filière ferroviaire.
  • Sur le plan des infrastructures avec notamment la désaturation du réseau et des trains longs et lourds sur les corridors de fret, des plateformes d’échanges multimodales automatisées, la modernisation simplifiée des voies de service, des lignes capillaires et des triages principaux. En toute lucidité, ce changement de modèle nécessite de rééquilibrer l’ordonnancement des circulations et faire du fret une priorité.
  • Sur le plan d’une économie qui préserve la planète, en doublant la part du fret ferroviaire sur 10 ans, ce sont près de 8 millions de tonnes de CO2 émises en moins en 2030 et 9 milliards d’euros d’externalités négatives évitées en cumul. Des mesures de politique publique, complémentaires et incitatives, pourraient soutenir ce mouvement, comme la baisse de la TVA ou une incitation verte à l’usage du combiné à la fois pour les routiers et pour le transport ferroviaire. Le transport ferroviaire de marchandises peut réconcilier durablement : écologie et économie. Le momentum pour tous les acteurs est historique.