Crédit photo en-tête de page : Jean Jacques d'Angelo

« Passer le cap de 2021 et saisir les opportunités du plan de relance »

Fret SNCF s'adapte pour réduire les conséquences de la crise, tout en se réinventant dans un contexte de potentiel accroissement de la demande. Explications avec Frédéric Delorme, président de Transport ferroviaire et multimodal de marchandises (TFMM).

Publié le

Lecture 7 min.

Où en est l’activité de Fret SNCF aujourd’hui ?

Frédéric Delorme : Dans la mesure où l’activité économique se maintient, notamment dans le secteur du bâtiment, nous sommes aujourd’hui au même niveau d’activité qu’à la sortie du premier confinement, c’est-à-dire environ 80% d’un plan de transport normal. La baisse est un peu moins forte pour le combiné, qui résiste plutôt bien.

Qu’est-ce qui a changé pour la société entre les 2 confinements ?

F. D. : Le plan de relance du gouvernement, qui est un évènement majeur. Fret SNCF et les autres acteurs du secteur ont démontré, lors du premier confinement, l'importance des trains de fret durant une telle crise. Ce plan traduit notamment la prise de conscience du rôle stratégique du transport ferroviaire de marchandises pour l'industrie française et européenne.

Concrètement, qu’apporte ce plan de relance au fret ferroviaire ?

F. D : Une aide à l'exploitation qui représente 170 millions d'euros  pour l’ensemble des acteurs du secteur. Dans l’attente de l’adoption du projet de loi de finances pour 2021, prévue mi-décembre, et des précisions sur les dates de versements, la répartition suivante se dessine ainsi : 65 M€ en faveur de la baisse du coût des péages, 70 M€ d'aide au wagon isolé, 35 M€ d’aide pour le combiné – soit 20 M€ supplémentaires (27 M€ actuellement) pour «l’aide à la pince»1 – et enfin, 15 M€ d’aide liée au lancement des trois nouvelles autoroutes ferroviaires (Barcelone-Perpignan-Rungis-Anvers, Cherbourg-Hendaye et Sète-Calais, Ndr) annoncées par le Premier ministre en juillet dernier et pour lesquelles nous attendons les appels à projets.

Ce plan traduit la prise de conscience du rôle stratégique du transport ferroviaire de marchandises pour l'industrie française et européenne.

Frédéric Delorme, président de TFMM - SNCF Fret

Une aide pour le wagon isolé, c’est une première ?

F. D :  Oui. Cette offre est en concurrence frontale avec la route et le choix a été fait de soutenir le mode ferroviaire, qui préserve l'environnement et qui est indispensable à tout un pan de l’industrie, notamment la sidérurgie et la chimie. C’est une très bonne nouvelle pour le wagon isolé, structurellement déficitaire depuis longtemps parce que cher à produire. D’autant qu’au-delà des 70 M€ d’aide directe, dont une partie importante ira à Fret SNCF, principal acteur sur ce marché, d’autres actions vont contribuer à la pérennité et à l’attractivité de cette offre : d’abord, les triages, les voies de service et les terminaux embranchés bénéficieront aussi du volet infrastructure du plan de relance. Ces financements contribueront notamment à la rénovation progressive de nos quatre triages principaux : soit Woippy, Sibelin, Miramas et Le Bourget. Ensuite, Fret SNCF participe dans le cadre du groupement XRail au développement d’une interface client qui permettra de réserver dans un système européen et de suivre en continu chaque wagon isolé. Cet outil digital sera opérationnel fin 2021.

Comment Fret SNCF prépare l’après-confinement ?

F. D. : Le très court terme, c’est la préparation du Service annuel 2021 : nous travaillons étroitement avec SNCF Réseau sur notre stabilité horaire, pour éviter toute modification après le changement de service, du fait de l’intégration de plages travaux qui n’auraient pas pu être anticipées. Cette question de la qualité des sillons fret est essentielle. 

Et à court et moyen terme ?

C'est comment utiliser le plan de relance pour réussir. Dans un premier temps, ce plan de relance, c’est d’abord un plan de sauvegarde, car sans ces aides d’État, les opérateurs, dont Fret SNCF, seraient dans des situations extrêmement critiques. Donc toutes les équipes mettent aussi à profit cette période pour engager progressivement les actions que nous avons à mettre en œuvre pour que ces aides nous permettent de passer le cap de la crise dans les deux ans, tout en contribuant efficacement à une relance durable de l’activité.

Crédits photo : © JC Milhet / Fret SNCF

Quels sont les leviers d’action nécessaires à la réussite du plan de relance ?

F. D. : Ils sont de trois types. Primo, adapter le niveau de nos moyens de production au niveau de commandes de nos clients. On ne peut pas avoir les mêmes moyens de production quand les recettes sont 20% en dessous d’une année normale, comme cela est prévu pour 2021. Concrètement, ça veut dire moins de recrutements et plus de redéploiements de salariés vers d’autres activités du groupe. Secundo, améliorer notre compétitivité pour profiter au maximum de la relance quand elle sera là. Pour que le plan de relance nous serve à capter de nouveaux trafics et que ce ne soit pas nos concurrents qui les prennent, nous devons, dans les deux ans à venir, réduire nos coûts de structure, pour les rendre compatibles avec ceux du marché. Pour cela, nous ne devons faire que ce qui est strictement indispensable à nos clients et à la production. Concernant les fonctions supports, nous nous questionnons, fonction par fonction, projet par projet, sur ce qu’il faut abandonner, reporter et sur quoi nous devons maintenir nos investissements parce qu’ils ont un taux de retour à moins de trois ans. Ce travail s’effectue en coordination avec la société mère. La réduction de nos coûts de structure passe aussi par de la productivité grâce des changements de méthodes et d'outils. Je pense par exemple à la fonction Gestion-Finance : toute la société se regroupe autour d’un outil informatique unique qui s'appelle « Opéra ». On peut aussi évoquer le déploiement fin 2021 de l’outil ORP, qui va nous permettre de simplifier et de mieux mutualiser tous les aspects construction/gestion des plans de transport : gestion et commande des agents, gestion des locomotives, gestion des sillons, etc. 

Et tertio ?

FD : Revoir notre organisation et notre dynamique commerciale pour attirer plus de volumes. Chez Fret SNCF, VFLI, Naviland Cargo, VIIA, dans toutes les sociétés/entités de TFMM en fait, les équipes ont déjà engagé une très forte dynamique commerciale. Il ne s'agit en aucun cas de brader nos offres parce que nous bénéficions d’aides de l’État. L’objectif est de discuter avec chaque client de la façon dont on peut améliorer sa logistique ferroviaire, en volumes, et parfois en localisation sur certains flux. Nous leur disons : « Confiez-nous plus de volumes et regardons ensemble la manière dont ceux-ci peuvent générer plus d’efficacité chez nous, saturer nos moyens, de manière à ce que nous puissions vous proposer les prix les plus compétitifs. » C'est cela la logique commerciale qui accompagne le plan de relance.

Pour conclure, quels messages souhaitez-vous adresser aux équipes ?

F. D. : La période que nous traversons est contrastée. Jean-Pierre Farandou l’a déjà dit : 2021 sera très difficile pour l’entreprise, y compris pour Fret SNCF, et dans le même temps, nous n’avons jamais eu autant de raisons de croire au fret ferroviaire. C’est la première fois que nous bénéficions d’un plan de relance aussi favorable à l’activité. Il y a aussi une prise de conscience collective et citoyenne autour du ferroviaire comme levier pour le développement durable, et les industriels sont demandeurs. Donc « l’horizon est en train de s’éclaircir », avec la perspective que la France rejoigne les pays comme l’Autriche, la Suisse ou la Belgique qui soutiennent l’activité du wagon isolé de manière pérenne. Maintenant, à nous de jouer ! Il faut que nous passions le cap des deux années à venir en nous donnant les moyens d’être plus compétitifs. Les équipes de Fret SNCF sauront s’adapter, elles l’ont déjà prouvé. Faisons « notre part du travail » en réduisant nos coûts, en poursuivant la dynamique engagée sur des offres innovantes, gagnant-gagnant avec nos clients, et la relance nous permettra de nous développer et d’augmenter la part du fret ferroviaire

Il y a aussi une prise de conscience collective et citoyenne autour du ferroviaire comme levier pour le développement durable, et les industriels sont demandeurs.

Frédéric Delorme, président de TFMM - SNCF Fret

1 Aide forfaitaire versée pour chaque unité de transport intermodal (conteneur, semi-remorque…) transbordée.