Crédit photo en-tête de page : Jean-Jacques d'Angelo / SNCF Réseau

Jérôme Leborgne : « Nous observons un véritable rebond »

Pour le directeur général de Fret SNCF, les effets conjugués du plan de relance et des transformations engagées dans l’entreprise aident à passer le cap difficile de la crise. Ils permettent aussi à Fret SNCF de rester sur la trajectoire de redressement fixée pour les trois ans à venir. Entretien.

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Quelle est la situation économique de Fret SNCF aujourd’hui ? Quel est le niveau d’activité ?

Après une année 2020 difficile en raison de la situation sanitaire (-20% de chiffre d’affaires), nous observons aujourd’hui un véritable rebond, avec un niveau d’activité soutenu, en hausse d’environ 10% par rapport à l’année dernière. La reprise est donc réelle et semble même s'amplifier, puisque que nous avons fait un mois d’avril à +7% par rapport aux prévisions. L’activité est tirée par le transport combiné, qui marche très fort, mais aussi par la sidérurgie et le transport céréalier. Seule la chimie est un peu en retrait.

En résumé, Fret SNCF perd encore de l’argent cette année, mais nous sommes sur la voie du redressement. Cela nous rend optimiste pour l'avenir et nous permet de rebâtir une trajectoire qui confirme notre objectif de marge opérationnelle positive en 2023 et de cash-flow positif en 2024.

Fret SNCF bénéficie-t-elle déjà du plan France Relance ?

Oui, en partie. Pour ce qui est des aides à l’exploitation : l'ensemble des entreprises ferroviaires, dont Fret SNCF, ont bénéficié de la gratuité des péages en 2020 et ceux-ci sont à moitié prix cette année.

Pour le transport combiné, l’aide à la pince1 a été doublée. Ce n’est pas une aide directe à Fret SNCF mais les opérateurs de combiné la perçoivent et elle booste le trafic. Fret SNCF en bénéficie au travers de la hausse du trafic sur l’autoroute ferroviaire Bettembourg - Le Boulou, où l’on est passé de 16 à 21 trains quotidiens.
Concernant l'aide au wagon isolé, les modalités sont en cours de définition et il faut qu’elle soit validée par Bruxelles, mais elle a été confirmée et devrait être applicable dès cette année.

Sur le volet infrastructures, un milliard d’euros a été affecté par l’État aux investissements qui doivent favoriser la relance du fret ferroviaire. Dans le cadre de l'association 4F2, nous travaillons avec SNCF Réseau sur la liste des investissements prioritaires et une première réalisation importante vient d’être actée : la rénovation du triage de Miramas (l’un des quatre grands triages à la gravité de Fret SNCF, avec Woippy, Sibelin et Le Bourget). Au total, une quinzaine de millions d'euros, financés à parts égales par l’État, les collectivités locales et SNCF Réseau, seront investis pour pérenniser et développer l'activité ferroviaire autour de ce nœud stratégique qu’est le bassin de Martigues-Fos-Marseille.

Toujours dans le cadre de 4F2, nous travaillons aussi avec SNCF Réseau à l'emploi le plus pertinent possible des 210 millions d’euros affectés par l'État pour que les travaux nécessaires ne dégradent pas les sillons du fret ferroviaire.

Nous avons la capacité de prendre de petits volumes et c’est un atout de Fret SNCF.

Jérôme Leborgne, directeur général de Fret SNCF.

Concrètement, comment ces aides du plan de relance peuvent-elles contribuer à attirer plus de volumes dans les trains Fret SNCF ?

La rénovation progressive des triages, des voies de service et des capillaires va donner des moyens concrets de développer les trafics. D’autre part, la baisse des péages et l’aide au wagon isolé rendent le ferroviaire plus compétitif par rapport à la route, ce qui est déterminant pour favoriser le report modal.

Sur les trafics conventionnels, notre capacité à profiter pleinement de la relance passe par la gestion capacitaire, c'est-à-dire le fait de mutualiser dans nos trains des wagons, des coupons ou groupes de wagons. Nous avons la capacité de prendre de petits volumes et c’est un atout de Fret SNCF. L’engagement de l’ensemble des équipes est très fort sur ce sujet et nous sommes en train de retravailler notre organisation commerciale pour renforcer notre présence territoriale, afin d’être davantage au contact de nos prospects.

La prise de conscience collective et citoyenne autour du ferroviaire comme levier pour le développement durable est réelle. Cela se traduit-il dans les résultats ?

Oui, c’est tangible au niveau commercial. Des clients nous confient des trafics qui s’effectuaient jusqu’ici par la route. Certains chargeurs demandent aussi plus de ferroviaire parce que leurs propres clients veulent verdir leur chaîne logistique.

Je pense que la crise sanitaire a accéléré ce mouvement et que la relance va aussi le favoriser. Quelques exemples : pour Cristalco, un nouveau client, nous transportons, en coopération avec Captrain Espagne, des wagons de sucre de la Champagne jusqu'en Espagne. C’est 5 000 tonnes de CO2 évitées chaque année et 3 600 camions en moins sur les routes. Arcelor, notre plus gros client, nous a également demandé récemment deux trafics supplémentaires du nord de la France vers l'Allemagne. Autre exemple intéressant, le fabricant français de meubles Ligne Roset, qui exporte en Chine, a fait le choix du ferroviaire sur la nouvelle route de la soie. Forwardis, l’une des filiales de Rail Logistics Europe, gère ce transport et Fret SNCF assure le démarrage du trafic.

L'entreprise est à l'offensive, mais travaille aussi à la maîtrise de ses coûts. Que peut-on dire à ce sujet ?

La relance profite à l'ensemble des entreprises ferroviaires et Fret SNCF a un sujet de compétitivité intramodale. Pour que le plan de relance nous serve à capter de nouveaux trafics et que ce ne soit pas nos concurrents qui les prennent, nous devons optimiser et réduire nos coûts de structure, pour les rendre compatibles avec ceux du marché. Cela se fait en parallèle de la gestion capacitaire et c’est indispensable pour que l’entreprise soit dans une spirale ascendante. Ce travail d’optimisation et de réduction des coûts est engagé sur 2021-2022, dans le cadre de notre programme «Fret Efficace».

Crédit photo : © Aurore Baron / SNCF Réseau

Vendre Ermewa, n’est-ce pas priver le groupe d’un atout clé pour accompagner la relance de Fret SNCF ?

Nous louons à Ermewa environ 5 500 wagons. Cela concerne moins de 10% du trafic opéré par Fret SNCF et il s’agit essentiellement de wagons pour la sidérurgie. Nous louons aussi à d’autres wagonniers et surtout, beaucoup de nos clients, dans la chimie, l'automobile ou encore les céréales, ont leurs propres wagons ou les louent directement.

En résumé, nous ne sommes pas du tout dépendants d’Ermewa et on peut dire que la cession engagée d’Ermewa n’a aucun impact sur l’activité et le développement de Fret SNCF. Le partenariat noué de longue date avec Ermewa est satisfaisant pour les deux partis et il va se poursuivre dans le cadre de nos contrats, et notamment du contrat cadre qui en assure la pérennité.

Quel message pour les salariés qui, dans le contexte actuel, peuvent être inquiets pour l'emploi ?

Le travail engagé sur la réduction des frais de structure aura forcément, au travers de la revisite et de la simplification des processus, de leur digitalisation, un impact sur l’emploi dans les fonctions support.

Concernant les emplois de production, c’est conjoncturel et ça dépend de l'activité, de la vitesse et de l'ampleur de la relance, auxquelles nous devons nous adapter. Concrètement, dans la situation actuelle, ça veut dire moins de recrutements et plus de redéploiements de salariés vers d’autres activités du groupe. C'est la force du groupe de pouvoir assurer cette mobilité. Le programme Solidarité Emploi nous apporte un soutien fort et Fret SNCF déploie en complément un dispositif spécifique de soutien aux mobilités, qui comporte notamment des mesures financières renforcées.

Notre politique, partagée en CSE, est claire. Elle a pour objectifs de développer les compétences de chaque salarié, d’accompagner et de valoriser les parcours professionnels, au sein de Fret SNCF comme au sein du groupe.

1 Aide forfaitaire versée pour chaque unité de transport intermodal (conteneur, semi-remorque…) transbordée.

2 4F, « Fret Ferroviaire Français du Futur », est une alliance inédite qui réunit tous les acteurs de la filière en France afin de structurer un ensemble de mesures nécessaires à la sauvegarde et au développement du fret ferroviaire.

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