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Sinem Kahraman, l’histoire d’une conquête féministe

Avec détermination, Sinem Kahraman est parvenue à s’imposer dans un milieu très masculin. Elle est soudeuse dans le technicentre de Bischheim.

Des débuts semés d’embûches

« Ma plus grande fierté en tant que soudeuse a été de montrer qu’une femme peut rivaliser avec des hommes dans un métier très masculin et difficile au quotidien ! ». Sinem Kahraman a en effet de quoi s’enorgueillir : elle a dû batailler ferme pour se faire une place dans le technicentre industriel de Bischheim, en Alsace.

Après une dizaine de refus, elle a même trouvé porte close lors de son entretien à l’usine de maintenance. Au dernier moment, le recruteur avait refusé de la recevoir sous prétexte que c’était une femme. Il finira par se raviser et l’embaucher. Nous sommes en 2007, et la jeune femme découvre alors l’univers ferroviaire et les cadences du travail à l’usine. On dit ce milieu difficile ? Elle y prend goût.

Six mois pour changer de vie

Rien ne prédestinait, pourtant, Sinem Kahraman à devenir soudeuse. À son arrivée en France, la jeune femme, qui a rencontré son mari à Strasbourg, avait commencé par travailler dans le restaurant et l’épicerie de sa belle-famille.

Le métier de soudeur, elle le découvre par hasard au cours d’une conversation avec un ami : « Je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait être ». Elle se décide pourtant à suivre une formation de six mois et finit par obtenir trois qualifications. À ce jour, aucune femme n’avait obtenu autant de certificats professionnels dans ce centre de formation.

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La soudure élevée au rang d’art

Avec abnégation, Sinem Kahraman gravit un à un les échelons à l’usine de Bischheim. Après cinq ans à souder l’acier, elle passe à l’aluminium et est affectée à la maintenance des TGV Duplex.

C’est dans le technicentre alsacien que ceux-ci sont en effet acheminés afin d’être rénovés et transformés en rames Océane ou OUIGO. Cela signifie démonter entièrement les trains afin de vérifier et changer toutes les pièces si besoin. Une opération de plusieurs mois qui exige de la persévérance et un soin minutieux.

Interrogée sur la possibilité que les robots puissent un jour effectuer les réparations à la place des êtres humains, notre soudeuse balaie d’un revers de la main cette éventualité. Cela nécessiterait bien trop de programmation, selon elle.

Servir d’exemple aux autres femmes

Crédits photo : © Hugo Presotto / SNCF

Aujourd’hui, Sinem Kahraman a dû renoncer à sa vocation en raison de ses douleurs au dos et aux cervicales. Non sans émotion, elle avoue que « l’idée qu’elle ne soudera plus jamais est dure à avaler ».

Au printemps 2018, elle a achevé une formation à la pratique du contrôle END par ressuage, une méthode qui permet de détecter les défauts des soudures sur les surfaces des matériaux.

Une spécialisation dans la continuité de son métier et qui lui permet d’accompagner une nouvelle génération de soudeurs. L’occasion pour Sinem Kahraman de transmettre sa passion : « J’espère que mon parcours professionnel donnera envie à d’autres femmes de pratiquer ce beau métier qui reste un peu un art malgré tout et n’est pas forcément donné à tout le monde même avec beaucoup de volonté… »