Crédit photo en-tête de page : Kevin Bohnes / SNCF

Hèlene Naudon : « Plus j’ai d’informations, plus je peux créer de valeur »

Hélène Naudon est chief data officer au sein de la Direction du Matériel. Un poste dont le commun des mortels a encore du mal à identifier les contours, mais qui s’avère pourtant crucial dans le cadre de l’ouverture prochaine à la concurrence. Rencontre.

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Faire en sorte que tout le monde comprenne

Le monde d’Hélène Naudon ? Celui insaisissable des chiffres, des données, des lignes de codes et des tableaux Excel. Dit autrement, un univers obscur, réservé aux seuls initiés. « Pas du tout », réfute-t-elle avec le sourire. Pour cette ancienne élève de l’ENSAE1, loin de toute abstraction, la donnée serait avant tout une manière de « factualiser le monde, d’approcher le réel, de travailler en se basant moins sur le ressenti qui peut être biaisé ». 

Raison pour laquelle cette approche concerne tout le monde. Et Hélène Naudon de rappeler le rôle actuel des data sciences dans l’évolution de nos cultures professionnelles et l’apparition des métiers de demain. 

Faire en sorte que tout le monde sache

Le futur justement… En pleine révolution technologique, le voilà désormais pressé. Prenez le poste d’Hélène Naudon, celui chief data officer : il y a 20 ans, il n’existait même pas. Désormais, c’est un métier clé dans le cadre de la transformation digitale des entreprises. Car, aujourd’hui, on mesure tout, on analyse tout : la disponibilité du matériel roulant, la réalisation de la maintenance mais aussi les données financières de SNCF… 

Ainsi, entre exigence de transparence et ouverture prochaine à la concurrence, son métier est plus que jamais indispensable. Comment favoriser, en effet, l’ouverture et la transmission de nos datas en interne, tout en préservant leur valeur stratégique face aux concurrents ? Voilà tout le défi que tente de relever Hélène Naudon au quotidien.

Faire en sorte que tout le monde se parle

La première mission d’Hélène et de son équipe est donc de faire émerger les données et de vérifier qu’elles soient de qualité. Toutes les activités produisent de la data, souvent pour leur propre usage, mais ne les partagent pas forcément, car ils n’imaginent pas que cela puisse aider d’autres métiers. Il revient donc à Hélène, passée chez ENGIE (excellence Opérationnelle et conseil en stratégie), d’impulser une vision transverse aux différents acteurs, tout en les aidant à mieux gérer leurs données.

Mais c’est n’est là qu’une première étape. Une fois identifiées et récoltées, il faut ensuite rendre accessibles les datas aux personnes capables de les valoriser : experts, ingénieurs, etc… Dans le cadre de son travail, Hélène Naudon apprécie ainsi de pouvoir collaborer avec tant de métiers différents. « Les données incitent au partage, la valeur des données est dans l’échange. Plus j’ai d’informations, plus je peux créer de valeur », argue-t-elle. 

Faire en sorte que tout le monde y gagne

« La connaissance est la clé du pouvoir, de la sagesse » écrivait Confucius. Dans un environnement ferroviaire de plus en plus concurrentiel, cette phrase est d’autant plus vraie. Afin de faire remonter et mieux partager les données, un portail unique, baptisé « Data’Idées », regroupe toutes les demandes liées au Matériel. Une fois celles-ci émises, elles sont analysées par l’équipe d’Hélène. Le demandeur est-il légitime ? La donnée n’existe-t-elle pas déjà ailleurs ? En centralisant les requêtes, la chief data officer est en mesure de faire émerger une solution répondant à plusieurs usages différents.  

Hélène Naudon accompagne également des projets portés par les établissements, à l’instar du technicentre des Pays de la Loire et son application « Eurêka »2 plébiscitée par nos agents. À ce titre, plus de 100 applications informatiques existent aujourd’hui à la Direction du Matériel et un quart d’entre elles environ traitent d’informations potentiellement sensibles.

Mais, agréger les données a bien d’autres vertus. Parmi celles-ci, assister nos ingénieurs dans leurs décisions stratégiques. À titre d’exemple, le data office a récemment construit, à partir des données réparties entre technicentres de maintenance et industriels,  un tableau de bord stratégique pour le suivi des coûts des pièces. 

Faire en sorte que tout le monde ait la bonne information

Si les données du Matériel circulent de plus en plus facilement en interne, elles sont également courtisées à l’externe. Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence, un projet de décret est d’ailleurs en cours d’écriture. Il vise à définir les obligations de SNCF en la matière. 

En effet, à partir de 2020, d’autres entreprises pourront effectuer des opérations de maintenance sur du matériel précédemment exploité par SNCF. Il faudra donc leur fournir des informations précises et exhaustives sur l’état du matériel roulant et sur la maintenance à effectuer, afin que les transferts s’effectuent dans de bonnes conditions et en toute sécurité.

Cette décision, dont les conditions précises restent encore à acter, pose la question de la préservation du savoir-faire de l’entreprise mais aussi de la capacité à délivrer, dans un délai restreint, de telles informations qui sont aujourd’hui dispersées dans différents lieux et logiciels. Autant de défis à venir concernant la gouvernance des données. 

1 École Nationale de la Statistique et de l'Administration Économique, située à Palaiseau (Essonne)

2 Cette application permet la recherche, à la manière de Google, de pièces en texte libre. En inscrivant par exemple « accoudoir », l’agent trouve le symbole de la pièce et sa référence précise, il n’a plus qu’à passer sa commande. Un gain de temps considérable, alors qu’il fallait auparavant feuilleter plusieurs pages de documentations techniques.