Crédit photo en-tête de page : Stéphane Lenglet

Guillaume Pourageaux, l’heureux croque-mort

C’est un peu « le passeur » de SNCF, celui qui fait passer les trains sur l’autre rive après des années de bons et loyaux services. Un faux paradoxe pour ce passionné du monde ferroviaire depuis sa plus tendre enfance.

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Au terminus

S’il y avait un « cimetière des éléphants » version SNCF, pour les géants d’acier exténués après autant de kilomètres parcourus, Guillaume Pourageaux en serait le gardien. Depuis 2011, il est à la tête de la Cellule des Matériels Radiés (CMR), située au Mans.

Créée en 2005, cette entité a pour but de coordonner le transport des trains ne pouvant plus rouler et devant être mis au rebut. Chaque année, près de 1000 caisses1 sont donc radiées, dont il faut assurer le transfert par rail ou par route vers différents lieux de déconstruction. 

Plus de 1000 trains par an

L’enjeu est de taille, car actuellement 700 à 800 trains sont détruits chaque année. Il est donc nécessaire d’accélérer la cadence pour faire face à l’augmentation qui se profile, avec une estimation de 1200 à 1300 trains par an sur la décennie à venir. 

Pour convoyer ces rames hors d’âge, Guillaume Pourageaux se bat avec énergie : se plonger dans la documentation, dénicher les outils et les pièces qui permettent de faire rouler des trains ayant, parfois, quitté les rails depuis des dizaines d’années. Un défi de tous les jours ! 

Quelques jours ou un semestre entier…

D’ailleurs, le démantèlement est une opération coûteuse et qui n’est jamais traitée comme une priorité. Il faut donc constamment négocier, convaincre, afin d’obtenir les sillons nécessaires aux déplacements des engins. 

Reste un écueil de poids : l’épineuse question du traitement de l’amiante. Cette dernière est présente dans une grande partie des trains radiés et nécessite l’intervention de prestataires externes habilités. La radiation d’un train est un travail de longue haleine, qui peut prendre entre quelques jours et un semestre, selon la complexité. 

Atavisme familial et haute expertise

La déconstruction d’un train nécessite une rigueur et des connaissances approfondies que peu de personnes possèdent. Cela tombe bien, Guillaume Pourageaux est un expert. Représentant de la 5e génération de cheminots dans sa famille, il a publié plusieurs ouvrages aux éditions la Vie du Rail. Les thématiques abordées ? Aussi bien sur des sujets techniques comme les autorails ou les « premiers diesels de forte puissance », que sur des lignes touristiques emblématiques, tel le fameux Train jaune traversant les Pyrénées. 

Guillaume Pourageaux a aussi passé des années sur le terrain, en tant qu’aide conducteur à Nevers, puis comme adjoint au chef d’unité de production au technicentre de maintenance de Chalindrey en Haute-Marne. C’est dans cette région relativement isolée, située à une heure de la première grande ville sur le plateau de Langres, qu’il fait ses armes de cheminot. À ce poste, il se confronte à la rigueur de la production industrielle. Avec des températures extrêmes pouvant atteindre -17°C, il faut savoir faire preuve d’autonomie. 

Faire fi de la routine

De cette expérience, il garde le goût de se confronter chaque jour à des défis techniques et mener à bien, comme il le dit en souriant, « des choses compliquées que les autres ne savent pas faire ». 

Ces années de travail dans l’ombre ont aussi, aujourd’hui, leur part de lumière. Car, parmi les trains radiés, il arrive que certains retrouvent une seconde jeunesse en rejoignant les collections de la Cité du Train à Mulhouse ou en servant de décor lors de tournages de cinéma. 

De fossoyeur à conservateur, il n’y a finalement qu’un pas…

1 un wagon, une voiture corail, une locomotive, etc.