Crédit photo en-tête de page : SNCF

Paul Verhaeghe, l’économe

Paul Verhaeghe est un chasseur de watts. Sa mission ? Économiser toujours plus d’énergie pour faire rouler des trains les plus sobres possibles.

Publié le | Mis à jour le

Lecture 5 min.

Sa raison d’être

Entre enjeux environnementaux, impératifs financiers1 et engagement citoyen, SNCF est lancé, depuis maintenant plusieurs années, dans une grande chasse au gaspi. En effet, pour notre Groupe dont la raison d’être est d’« apporter à chacun la liberté de se déplacer facilement en préservant la planète », économiser l’énergie est une préoccupation quotidienne.

Mais s’il est aisé d’éteindre la lumière en sortant de chez soi, optimiser les dépenses en énergie d’un train se révèle une tâche bien plus compliquée. Un défi pourtant relevé par Paul Verhaeghe, expert énergie au cluster sud d'Oullins, situé à la périphérie de Lyon.

La loco plus que l’auto

Avec sa formation d’ingénieur en génie électrique, Paul Verhaeghe aurait pu tout aussi bien travailler dans le nucléaire ou l’automobile ; mais son alternance au bureau d’études du Matériel, au technicentre de Rouen-Quatre Mares, à partir de 2011, le convainc de rejoindre la grande famille du ferroviaire.

Tout juste embauché chez SNCF deux ans plus tard, il travaille alors au suivi de séries de matériels roulants. À lui d’améliorer et de veiller à la qualité, la sécurité et la disponibilité des engins, pouvant aller d’une dizaine à une centaine d’unités. Il se se consacre par ailleurs à un défi de taille : mieux maîtriser la consommation d’énergie des trains. Un sujet qui passionne ce spécialiste de la chaîne de traction pour les locomotives2.

Le compte est bon

Pour mener à bien cette mission, Paul Verhaeghe contribue à développer deux outils placés à bord du train : une balise de géolocalisation et un compteur d’énergie. En plus d’établir un rapport détaillé de la consommation d’énergie, cet instrument a aussi une vocation pédagogique. Il permet ainsi d’analyser les pratiques des conducteurs et de les inciter à adopter une conduite plus économique et écologique de leurs trains.

En phase de déploiement

Après de nombreux prototypes et des phases de tests menées sur le terrain, en collaboration avec les différents technicentres, le compteur imaginé par Paul est actuellement en phase de déploiement. Et l’enjeu est de taille, surtout lorsqu’on sait qu’un TGV consomme en 1 kilomètre l’équivalent de la consommation moyenne en énergie d’une famille de 5 personnes durant 24 heures.

En attendant la mise en place définitive des compteurs sur l’ensemble des séries de locomotives en circulation, les conducteurs veillent à rouler au maximum sur « l’erre », autrement dit avec l’énergie emmagasinée par le train.

Faire ses gammes

Paul n’a toutefois pas attendu de travailler sur le compteur d’énergie pour se préoccuper de la sobriété des trains. Son parcours est là pour en témoigner. Aussi, dès son stage de fin d’études au CIM (Centre d’Ingénierie du Matériel), le jeune ingénieur a pu travailler sur un projet de locomotive hybride, avant d’aller parfaire son expérience en Suède, le temps d’un trimestre, aux sein du groupe Bombardier.

À son retour en France, en 2011, le voilà qui mène des études d’amélioration de la documentation de maintenance pour l’Ingénierie du Matériel. Concrètement, il combine documents issus des constructeurs et retours d’expérience venant des technicentres afin de proposer des fiches de réparation mieux adaptées.

Être prêt face à la concurrence

Ses années d’expérience n’entament nullement son envie de rester en contact avec le terrain. Bien au contraire, cela le pousse à effectuer un stage en tant que DPX (Dirigeant de proximité) au technicentre de maintenance Rhône-Alpes, avant d’être nommé, en 2017, ingénieur chef de lots études. Du chef de projet Matériel aux ingénieurs « Vie Série » (en charge du suivi d’un parc de locomotives), en passant par les fournisseurs ou encore les agents en technicentre… Paul Verhaeghe multiplient les échanges avec des interlocuteurs variés au quotidien.

En outre, cette mission lui confère une proximité nouvelle avec les activités : la branche Fret par exemple, avec laquelle il parvient à établir un réel rapport de confiance. Une satisfaction pour lui, tant il constate que SNCF a encore parfois des difficultés à entendre la voix de ses clients. Une démarche pourtant primordiale avec l’ouverture à la concurrence. Respect des délais de réalisation, maîtrise de coûts, réactivité… Autant de points à ne pas négliger, selon Paul Verhaeghe, du fait de l’évolution du transport ferroviaire.

1 La facture énergétique de SNCF s'élève annuellement à plus d'un milliard d'euros. C'est le premier poste de dépenses externes à l'entreprise.

2 Système qui permet d’alimenter tous les organes nécessitant de l’énergie électrique.

3 École supérieure d'ingénieurs en génie électrique