Crédit photo en-tête de page : Christophe Recoura / SNCF

Pourquoi la maintenance prédictive améliore vos voyages en train

« Espionnez » vos trains grâce à des capteurs et au réseau 4G pour anticiper les pannes et vous garantir une meilleure régularité, telle est la promesse de la maintenance prédictive ferroviaire. Notre groupe, leader mondial en la matière, accélère le déploiement de ces solutions innovantes, notamment sur vos TER.

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« Bientôt, la maintenance sera prédictive : grâce aux capteurs, nous pourrons arrêter le train juste avant que la porte en question ne tombe en panne. L’immobilisation du train durera moins longtemps, coûtera bien moins cher et sera bien plus efficace », a récemment rappelé Jean-Pierre Farandou, président-directeur général de la SNCF1. Aussi, depuis plus de six ans, nous déployons des capteurs et recueillons les données de centaines de rames en Île-de-France pour anticiper les pannes le plus tôt possible. Et vous garantir ainsi des trains toujours plus fiables et réguliers.

Aujourd’hui, notre groupe franchit une nouvelle étape avec le déploiement de ces outils innovants pour vos TER et vos TGV. Leader mondial dans le domaine de la maintenance prédictive ferroviaire, nous sommes, en effet, capables d’analyser en temps réel plus de 2 000 variables d’un train. Et sur plus de 300 trains en même temps. 

Explications avec l’un de nos spécialistes : Cyril Verdun, directeur du Cluster ingénierie Ouest Matériel2 à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire).

En savoir plus sur la maintenance prédictive

Voilà maintenant plus de six ans que la SNCF déploie des solutions de maintenance prédictive sur les trains. À quel stade d’avancement se situe le projet ?

Nous travaillons actuellement sur une double avancée en matière de maintenance prédictive. D’un côté, lorsqu’un train n’est pas équipé, on installe des IoT3. Ces capteurs connectés nous permettent de collecter les données qui nous intéressent. C’est ce qu’on appelle le télédiagnostic. De l’autre, quand une rame est déjà dotée de données sur leur réseau et de cartes SIM 3G ou 4G permettant de réaliser des opérations de maintenance prédictive, on étend cette solution innovante à de nouveaux organes du train. C’est le cas des trains Regio 2N et « Francilien » notamment.

Concrètement, qu’est-ce que cela change d’étendre les possibilités de maintenance prédictive à de nouvelles parties du train ?

Le télédiagnostic et la maintenance prédictive permettent de diviser le nombre de pannes par deux, voire par trois. C’est donc tout sauf un gadget. Cela sert simplement à améliorer les transports du quotidien. À titre d’exemple, grâce à la maintenance prédictive du pantographe4, nous ne sommes plus obligés de monter sur le toit du train, et donc de l’immobiliser, pour contrôler l’effort, via la pression, de cet organe porté sur la caténaire. De même, grâce à un certain nombre de  nouveaux paramétrages, nous sommes désormais capables de connaître précisément l'état des batteries. Et donc, de savoir quand les changer précisément. Cela évite les opérations de maintenance préventive toutes les X années sur les batteries. Ce qui revient à avoir plus de trains disponibles à la circulation.

2000 variables d’un train peuvent être analysées en temps réel

 

Quels trains sont équipés de ces solutions innovantes ?

Déjà plus de 300 trains (Regio 2N et « Francilien ») sont équipés de cartes SIM ou de capteurs IoT en Île-de-France, sur les lignes Transilien et RER. TER a également récemment pris le virage de la maintenance prédictive. Depuis 18 mois, nos équipes travaillent, en autonomie, sur le déploiement du télédiagnostic sur plusieurs séries. SNCF TER Grand Est a ainsi souhaité faire une expérimentation complète du télédiagnostic sur une rame TER 2N NG. Le train circule depuis la mi-mai et nous disposerons, à partir de la fin septembre, de suffisamment de données exploitables pour nous pencher sur le niveau d’eau des sanitaires ou encore les données réseau… Des expérimentations sont également en cours sur un TER Régiolis et d’un Regio 2N.

TER constitue donc une nouvelle étape dans le déploiement du télédiagnostic et de la maintenance prédictive. Pourquoi maintenant ?

Les Autorités organisatrices des transports, dont les Régions, ont compris que la maintenance prédictive est un axe décisif pour améliorer la performance des TER en termes de régularité et de diminution du nombre de pannes. À l’heure de l’ouverture à la concurrence, notre savoir-faire en la matière est donc un avantage indéniable sur nos concurrents. En outre, les TER 2N NG et les autorails à grande capacité (AGC) arrivent actuellement à mi-vie. Les 20 ans de ces matériels sont pour nous l’occasion de faire une révision générale des rames et de proposer aux Régions l’ajout de nouvelles fonctions et options en utilisant les IoT, et d’implanter ces capteurs sur des organes bien ciblés des trains, comme les portes, susceptibles de générer des pannes. Le capteur nous dit ensuite combien de fois la porte s’ouvre et se referme, en combien de temps, et nous permet d’anticiper les incidents avant qu’ils ne surviennent et entraînent une immobilisation du train. Mais la maintenance prédictive s’effectue aussi sur les voies.

Le télédiagnostic et la maintenance prédictive permettent de diviser le nombre de pannes par trois.

Cyril Verdun, directeur du Cluster ingénierie Ouest Matériel

C’est-à-dire ?

Nous avons installé et équipé, un banc de maintenance modulaire sur les voies de notre technicentre TGV de Châtillon, non loin de la gare Montparnasse. Il nous permet aujourd’hui d’analyser l’état des pièces mécaniques extérieures des TGV, telles que les essieux, les garnitures et les disques de freins.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Des modules placés au sol, équipés de caméras, de lasers, et de micros, analysent les pièces au passage du train. L’intelligence artificielle et les algorithmes sont ensuite capables d’interpréter les données de mesure et les images recueillies par le banc, et de nous dire si une pièce est usée ou défectueuse. Ces installations sont très coûteuses mais permettent d’automatiser des opérations de maintenance et d’optimiser l’utilisation de la flotte et des installations de maintenance. Certains modules sont encore en phase d’expérimentation et de mise au point.

1 Extrait de l’intervention de Jean-Pierre Farandou devant la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale, le 2 octobre 2019.

2 Le « Cluster Ingénierie Ouest » est des 7 entités opérationnelles de l’Ingénierie du Matériel de SNCF Voyageurs qui compte 300 ingénieurs et techniciens sur ses 4 sites

3 Internet of Things (IoT), terme qui désigne un système où les objets physiques sont connectés à Internet.

4 Dispositif articulé porté par un train électrique, destiné à établir le contact avec la caténaire.