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Un peu d’histoire…
les impressionnistes
et le train

Monet à Argenteuil ou Giverny, Pissarro à Pontoise ou au Havre, Renoir à Chatou… les impressionnistes ont tous recherché l’inspiration le long de la vallée de la Seine qu’ils parcouraient en train et où ils se sont établis pour certains. Avec leurs tubes de couleur, ils ont peint la lumière sur un pont à Argenteuil, ou la Gare Saint-Lazare, l’air du temps sur les plages de Normandie avec une approche nouvelle. Les impressionnistes ont cherché à transcrire sur leurs toiles quelque chose de subjectif, de l’ordre du moment, du changement permanent.


La révolution industrielle comme source d'inspiration

Cette modernité picturale est indissociable de la révolution industrielle qu’illustre le développement du train. Le thème du progrès technique est alors très en vogue. Emile Zola s’en inspirera dans La Bête humaine qui se déroule le long de la ligne Saint-Lazare – Le Havre et évoque le monde du chemin de fer. Pour les peintres, le train est une sorte de « Pégase moderne », une machine à voir autant qu’à se mouvoir. Ce moyen de locomotion permet à la fois d’apprécier le paysage qui défile par la fenêtre de la voiture, mais aussi de le dessiner ou de le peindre. Cette nouvelle approche qui n’est pas figée, mais en mouvement, contribue à une perception différente de la lumière et des contours. Afin de restituer leur expérience visuelle, les artistes impressionnistes délaissent la construction des formes par le dessin et emploient des touches de couleurs pures juxtaposées. La fumée des trains, la transparence des verrières et des vitres des voitures incarnant le mouvement et la liberté, les ponts ferroviaires sont autant de sources d’inspiration pour Monet, Manet ou Caillebotte.
Bardés de boîtes de couleurs et de chevalets, les impressionnistes se retrouvent au petit matin sur le quai d’une gare pour conduire leur véritable chasse à l’image. Ils peignent les nouveaux symboles de leur temps, les loisirs de la société, mais aussi les villes, les usines, les gares et les ponts. « Au moment des départs, assure Monet à Renoir, en parlant de la gare Saint-Lazare, les fumées des locomotives y sont tellement épaisses qu’on n’y distingue à peu près rien. C’est un enchantement, une véritable féérie ». Le maître y peignit des journées entières, avec l’aimable complicité du directeur des Chemins de fer de l’ouest.


Premières lignes de chemin de fer

Si la première ligne de chemin de fer au départ de Paris est inaugurée en 1837, rapidement, d’autres relient Asnières, Versailles, Rouen, Le Havre,  Saint-Germain-en-Laye, puis Argenteuil, Mantes, Rouen, Le Havre, pour arriver ensuite jusqu’à Honfleur. Turner, en 1838, est le premier à fixer sur la toile l’aspect fugitif, fugace, du chemin de fer, mais également sa puissance évocatrice, dans un tableau majeur, « Pluie, vapeur, vitesse ». A la fin du XIXè siècle, tout l’ouest parisien et la Normandie sont raccordés ce qui permet l’émergence d’une société de loisir.

Les bourgeois, notamment les plus jeunes, sont les premiers à monter à bord pour rejoindre leurs villégiatures des bords de Seine. Le train dit « de plaisir » offre la possibilité aux impressionnistes de se rendre dans des sites aménagés pour le loisir et la détente (promenade, canotage…), de l’Ile de Chatou aux plages de Trouville ou Honfleur. Ces peintres sont avant tout citadins et leur culture urbaine marque leur façon d’aborder le paysage : ils choisissent surtout pour sujets des jardins ou des lieux où la nature est domestiquée, aménagée, agrémentée de trains qui défilent ou de panaches de fumée.

Le 19 avril 1877, à la troisième exposition impressionniste, Monet présente 8 vues de la Gare Saint Lazare. Caillebotte une vue du pont de l’Europe. Le critique Emile Zola est enthousiaste : « Monet a exposé cette année des intérieurs de gare superbes. On y entend le grondement des trains qui s'engouffrent, on y voit des débordements de fumée qui roulent sous les vastes hangars. Là est aujourd'hui la peinture, dans ces cadres modernes d'une si belle largeur. Nos artistes doivent trouver la poésie des gares, comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves ». Mélange de tradition et de modernité, d’artificiel et de rationnel, la gare est le lieu transitoire par excellence, où tout est fugitif. Elle représente la société industrielle, la révolution en cours et incarne le mouvement si cher aux impressionnistes. 


Le chemin de fer à l'origine du mouvement impressionniste ?

Ce parallèle historique entre le développement d’une nouvelle infrastructure de transports moderne et une révolution picturale a fait dire à un critique : « C’est de la portière d’un train, lancé à cinquante ou quatre vingt kilomètres heures qu’est né l’impressionnisme ». La marche rapide du train approfondit le champ visuel des artistes. Depuis l’intérieur des voitures, de nouveaux cadrages s’offrent aux yeux des peintres. Instantanément, ils perçoivent dans ces paysages qui défilent à vive allure les éléments fugitifs qu’ils fixent pour l’éternité. On sait qu’Edgar Degas par exemple, peignait peu dans la nature et en plein air, mais a conçu une bonne partie de ses rares paysages à la portière d’une voiture de chemin de fer !
Le chemin de fer agir sur le paysage à la manière des peintres impressionnistes qui condensaient sur leur toile, à la plus grande satisfaction d’un public avide de mouvement