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Interview
Nicolas Fourrier

Publié le 22 avril 2013 à 19:19

Alors que l’on fêtait hier, lundi 22 avril 2013, le 43ème anniversaire de la journée de la terre, destinée à célébrer notre planète en danger, notamment sur le plan environnemental, SNCF affiche de plus en plus de sobriété énergétique. L’occasion de faire le point avec Nicolas Fourrier, le nouveau directeur de l’énergie SNCF.


Que représente le fait pour un groupe comme SNCF d’avoir un directeur énergie?

Nicolas Fourrier : La création de postes de directeurs de l’énergie dans les entreprises a une histoire. Il y a eu des créations de poste au début des années 2000. Ces titres ont beaucoup fleuri, puis ces postes ont été supprimés, car le prix de l’énergie a baissé de façon importante et donc l’intérêt de mettre en place des politiques d’économie d’énergie s’est émoussé. Mais depuis quelques années, fin 2008 surtout, on voit réapparaître des postes nécessitant cette compétence.
SNCF n’est pas du tout un cas isolé. Le débat national actuel sur la transition énergétique, et les mesures législatives qui sont discutées, visant à contraindre les entreprises, renforce ce besoin. Les sociétés ont besoin de mettre en place des systèmes pour gérer leur énergie. Surtout que le contexte règlementaire et légal pour l’électricité d’origine nucléaire – le gros de notre consommation- est très instable. Au cours des six dernières années, la loi a été modifié de fond en comble en moyenne tous les deux ans ! Les débats sur la transition énergétique vont faire évoluer le cadre de façon importante. Or c’est un domaine d’une technicité redoutable et le diable est peut-être dans les détails.


Que recouvrent concrètement vos attributions ?

Nicolas Fourrier : Mon premier rôle est une fonction d’achat assurée pour l’électricité de traction, par une filiale, SNCF énergie dont je suis président. Ma mission est de faire le lien entre l’EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial) et la filiale. Rôle assuré jusqu’au premier janvier dernier par le directeur des achats qui avait mille autre choses à faire. Il était relativement peu présent sur l‘énergie, or c’est un sujet suffisamment important et compliqué pour qu’il y ait un cadre dirigeant qui ait un œil direct sur la façon dont on les organise à court, moyen et long terme.
Le deuxième axe est celui des économies d’énergie à réaliser sur la traction des trains, mais aussi sur notre immobilier. Notre parc est vieux et la consommation énergétique de nos bâtiments pas toujours mesurée. Longtemps il n’y a pas eu à ce sujet de politique véritablement affirmée. Du coup, nous avons engagé des actions dans les gares et nos technicentres. Nous essayons dans un souci d’efficacité énergétique, de remplacer les lampes par des LED quand on le peut. On a toute cette activité à développer en complément de la réduction de la consommation des trains.


Pourquoi SNCF a adopté en novembre 2012 un plan de réduction de sa consommation d’énergie ?

Nicolas Fourrier : Le raisonnement est d’abord économique, mais il s’agit d’une stratégie  à  long terme. Le prix de l’électricité, historiquement bas en France du fait du faible coût de l’électricité nucléaire, doublera  à l’horizon 2030. Dans cette optique, l’avantage comparatif dont dispose le train par rapport aux autres modes de transports (avion, autocar, camion, automobile) va se réduire. Il faut donc que SNCF se prépare à cette situation. Au-delà de l’économique, SNCF est une entreprise citoyenne. Elle veut promouvoir des services de mobilité durables pour les déplacements des particuliers et pour les transports de marchandises des entreprises. Elle se reconnaît donc tout à fait dans la démarche du débat sur la transition énergétique engagée par le gouvernement.


Par le passé la SNCF a été producteur d’électricité, pensez-vous qu’elle doive chercher à produire sa propre énergie ?

Nicolas Fourrier : On peut, on doit d’ailleurs, surtout se poser la question de savoir comment développer davantage le recours aux énergies renouvelables. D’ailleurs l’objectif assigné par le Comité Exécutif de l'entreprise est de passer de 12 à 24% d’énergies renouvelables sur l’énergie utilisée pour la traction des trains. Mais cela ne va pas se faire spontanément. Pour assurer notre fourniture en énergie, nous avons le choix d’investir, ou de passer des contrats de long terme avec des électriciens. Sur ces sujets, nous en sommes encore au stade de la réflexion. Cela fait aussi partie du travail du directeur de l’énergie. Par ailleurs, il existe un 4ème axe, qui est celui d’assurer une veille et une compréhension des évolutions législatives et règlementaires. Il est normal que je m’assure qu’elle vont dans le sens des intérêts du groupe SNCF.


Donc vous pourriez être amené à produire à nouveau de l’électricité ?

Nicolas Fourrier : SNCF n’est pas une entreprise dont le métier est de produire de l’électricité. Transporter des gens exige déjà des investissements massifs. Or nous sommes déjà endettés. Et la production d’énergie est très gourmande en capital. Produire de l’électricité impose de la vendre. Il faut regarder les conditions d’achat sur le marché : les prix sont publics. Aujourd’hui le prix d’achat de l’électricité d’origine nucléaire est de 42 euros le mégawatt heure, et à la pointe de la consommation, il est autour de 57 euros, en forte baisse par rapport à 2012. Or le coût de production pour l’énergie renouvelable la plus mature, l’éolien est entre 80 et 90 euros. Pour le photovoltaïque, dans des conditions d’ensoleillement bonnes, on tourne autour de 150 euros le mégawatt/heure. Dans les domaines les moins avancés comme l’éolien offshore, ou marin, il dépasse 2OO euros. La seule source d’approvisionnement en énergie renouvelable qui demeure économique, c’est l’hydroélectricité. Le coût des autres est supérieure au cout moyen d’approvisionnement. Faire ce choix ne serait pas très rationnel à court terme.


Pour autant, la SNCF suit le mouvement ?

Nicolas Fourrier : Oui, elle l’encourage même. Bien qu’il n’y ait pas d’intérêt évident à investir directement dans ces énergies, à part l’hydraulique. On peut le faire, mais cela crée un surcoût. Qui est prêt à payer ? Mais le coût des énergies classiques va augmenter et le coût des énergies renouvelables va diminuer pour atteindre le prix moyen des premières. Si nous raisonnons à plus long terme, bien sûr que nous devons développer nos approvisionnements en énergies renouvelables. Mais seulement si ce recours est subventionné par les Etats. Aujourd’hui, EDF s’est engagé à nous acheter au prix du marché l’électricité renouvelable que nous produisons par exemple en recouvrant de panneaux photovoltaïques les toits de certaines gares. Mais c’est uniquement parce que l’écart entre le prix de revient et le cours du marché est sponsorisé par l’Etat que c’est viable.