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Alain Bublex, un artiste entre en gare

Publié le 15 mai 2013 à 16:40

Photographes, plasticiens, musiciens, les artistes sont sans cesse en quête de nouveaux espaces, de défis à relever. Loin des cimaises des musées où les publics sont acquis, certains n’hésitent pas à embrasser la démarche de produire des œuvres destinées aux terminaux ferroviaires. Témoignage d’Alain Bublex, dont le travail va être exposé à Montpellier.


Témoignage d'Alain Bulbex

« L’idée de SNCF de promouvoir l’art dans l’espace public m’a plu dès le départ. Dans le cadre du partenariat passé pour célébrer le trentenaire des FRAC, ma contribution s’est rapidement dirigée vers le chantier de la gare de Montpellier. L’une des raisons est sans doute que mon travail s’intéresse depuis longtemps aux chantiers, à la construction, au mouvement et aux différentes dynamiques de la construction, ainsi qu’aux routes et aux transports. Il y a un faisceau de connexions évident qui donne du sens à cette collaboration artistique. Dans la phase de travail en amont du projet, je me suis senti à l’aise, parce que le dialogue était simple avec Gares & Connexions. Je me suis rendu sur place sur le chantier de la gare. Assez rapidement, j’ai compris ce que je voulais faire. Les relations avec les responsables de l’opération ont été constructives, rationnelles et efficaces, toujours tournées vers la réalisation. Il est certain que ça s’est complexifié au fur et à mesure qu’on arrivait à la production proprement dite, parce que l’échelle est grande et que cela demande des précautions, mais tout le monde a été très positif. Pour tous les intervenants ça a été quelque chose d’assez particulier, parce qu’accrocher une œuvre d’art dans une gare ce n’est pas comme installer un panneau d’affichage. Techniquement si, c’est un objet comme un autre, mais on a pour lui des attentes particulières. SNCF s’est montrée très attentive, ils m’ont aidé dans la recherche de fournisseurs de qualité, avec un effort constant. Le plus difficile à appréhender pour un artiste dans ce travail, c’est sans doute l’échelle du projet. On est vite en dizaines de mètres ! Ce sont des dimensions techniques inhabituelles et on ne le réalise pas forcément tout de suite. C’est pourquoi il est important que les œuvres exposées soient produites pour les sites, pour les lieux où elles seront exposées, en tenant compte du fait que tout le monde passe dans un hall de gare. La fréquentation des gares est considérable. D’ailleurs pour moi ce qui est important ce n’est pas tant que des milliers de gens voient mon œuvre, que la manière dont mon travail sera vu. Ce qui est intéressant c’est de rendre visibles des pièces dans des endroits inattendus. Voilà pourquoi il faut que le travail de l’artiste soit adapté, reconfiguré même spécifiquement pour ces lieux si atypiques. Dans une gare, le public peut parfois être le même que celui qui se rend au musée, mais dans les gares les pièces sont mises à disposition plutôt que mises en regard. Et il faut y penser avant ! 

L'idée m'a plu dès le départ parce ces espaces attirent mon attention, aussi parce que je les pratique régulièrement (je suis abonné au TGV depuis la création de la ligne Paris-Lyon !) - que l'exposition "le temps des gares" au Centre Georges Pompidou m'avait marqué et enfin parce qu'il me semble qu'une nouvelle époque des gares s'ouvre actuellement...

La pièce qui sera installée dans la gare de Montpellier sera comme un écho lointain des grandes fresques qui ornent traditionnellement les salles des gares (des guichets ou des pas perdus) - mais quand ces fresques étaient des sortes d'allégories du voyages (en créant souvent un paysage unifié par la ligne de chemin de fer et rythmé par les monuments), ici, ce n'est plus le paysage traversé par le train qui est mis en image, mais la construction de la gare elle-même. Quand les fresques originelles donnaient à voir le temps de voyage, celle-ci donnera à voir pour un temps celui de la construction...

 


Bio express

Artiste français, né à Lyon en 1961,  Alain Bublex propose un travail conceptuel et plastique inclassable, qui emprunte à la fois au carnet de voyage et à l’utopie. Formé au design automobile, il a commencé sa carrière au début des années 1990 en imaginant les bases d’une ville fictive située dans le Nord canadien. Alain Bublex est un curieux attiré également par la mécanique photographique, fasciné par la route et les déplacements. Il filme, invente des villes et des paysages, comme avec ses Plug-in cities : des jeux de constructions visuelles à partir du réel auquel l’artiste adjoint différents éléments. Bublex ne cesse de construire des villes et d’en défaire les usages. Tout commence chez lui par le déplacement, et l’appareil photo fait office de médium, pour rendre compte des visions fugaces et fragmentées du voyage.

Pour visionner des vidéos de l’artiste et certaines de ses installations